«Vérité», «médias», «debout»: Quand François Fillon copie Sarkozy, Bayrou et Rousseau

POLITIQUE Les mots de la « Lettre aux Français » de François Fillon rappellent quelques illustres précédents…

Anne-Laëtitia Béraud
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François Fillon, candidat Les Républicains à la présidentielle, le 7 février 2017 à Troyes
François Fillon, candidat Les Républicains à la présidentielle, le 7 février 2017 à Troyes — Witt/SIPA

Grande opération de communication pour François Fillon, empêtré dans le scandale de présumés emplois fictifs. Après avoir présenté des excuses lundi lors d’une conférence de presse, le candidat a adressé aux Français une tribune sous forme de lettre, publiée ce mercredi par Ouest-France. Celle-ci débute ainsi : « Au terme d’une campagne médiatique et politique d’une violence inouïe, j’ai choisi de m’adresser directement à vous pour vous dire ma vérité. C’est vrai, pendant quelques jours, la fureur des forces qui se sont déchaînées contre moi m’a laissé abasourdi. Pourtant, j’ai décidé de ne rien céder aux intimidations et aux pressions. J’ai choisi de me tenir debout face aux Français, face à leur jugement », écrit François Fillon. Explication de texte en trois points…

« J’ai choisi de (…) vous dire ma vérité »

Dire [s]a vérité est un classique des personnalités politiques proclamant leur vérité subjective dans nombre d’ouvrages. Parmi eux, figurent Ma part de vérité de François Mitterrand (1969) ou encore La Vérité d’une femme de Ségolène Royal (1996)…

En 2012, alors que l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy fait des appels du pied vers François Bayrou, suggérant qu’il pourrait hériter du poste de Premier ministre en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, le candidat centriste rétorque sur LCP, le 18 avril : « L’idée que je pourrais me prêter à ce genre de manœuvre est une idée de gens qui ignorent absolument quel est mon parcours politique et, au fond, je vais employer un grand mot, ma vérité personnelle.» Une déclaration qui visait à clouer le bec aux détracteurs.

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« Une campagne médiatique et politique d’une violence inouïe »

La critique des médias est ancienne… Dans sesMémoires d’espoir, le général de Gaulle critique déjà « la coalition hostile des stylographes ». Plus récemment, François Bayrou s’illustre aussi par son hostilité aux médias. Pour ses vœux en 2007, le centriste lance un message aux supposées « grandes puissances » médiatiques, leur lançant : « Vous n’êtes pas les patrons de la France. Il est clair que vous avez envie que le deuxième tour oppose Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal (…). Mais nous, Français, sommes un peuple de citoyens. Nous ne céderons pas à votre matraquage », déclare le candidat du Modem.

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Une liberté qu’invoque également François Fillon dans sa tribune ce mercredi, quand il écrit : « C’est à vous de décider et à vous seuls. Faites-le en conscience et faites-le avec exigence. Exigez ce droit que personne ne saurait vous confisquer. » Autre grand pourfendeur des médias, le candidat Nicolas Sarkozy s’émeut en 2012 du « terrorisme du système médiatique » et des « coups tordus » des médias qui lui auraient intenté un «procès stalinien » car le candidat déclare vouloir parler aux électeurs du Front national.

« J’ai décidé de ne rien céder aux intimidations et aux pressions »

Ne rien céder est une maxime pour de nombreux politiques qui défendent leur action ou leur bilan. Alors que les manifestations se répètent, François Hollande martèle sur Europe 1 en mai 2016 qu’il ne cédera pas sur la réforme du droit du travail. « Je ne céderai pas », affirme alors le chef de l’Etat alors que la contestation gronde dans la rue et à l’Assemblée nationale. Cette même phrase est affectionnée par Nicolas Sarkozy, qui l’utilise le 10 novembre 2014 en meeting à Caen en réagissant à l’affaire Fillon-Jouyet. Le candidat à la présidence de l’UMP affirme alors : « Je ne polémiquerai avec aucun membre de ma famille politique, conformément à mon engagement constant. Je ne céderai à aucune provocation et j’ai choisi, dans l’intérêt de notre pays, d’ignorer cette marée de boue qu’on voudrait répandre. »

Bonus : « J’ai choisi de me tenir debout face aux Français, face à leur jugement »

L’équipe de communication de François Fillon aurait-elle lu Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau ? La défense de François Fillon ressemble aux premières lignes de cet ouvrage pseudo-autobiographique : « Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : "Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus (…). Qu’un seul te dise, s’il l’ose : Je fus meilleur que cet homme-là." » Une exigence que François Fillon adresse à ses « concurrents » : « Que ceux qui donnent des leçons de démocratie se plient au même exercice de transparence ! » écrit-il.