Affaire Fillon: Contrat de travail, rémunération... Les nouvelles approximations du candidat LR

JUSTICE François Fillon a tenu une conférence de presse lundi pour s’expliquer sur les polémiques qui l’entourent…

O. P.-V.

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François Fillon à son arrivée lors de sa conférence de presse du 6 février 2017.
François Fillon à son arrivée lors de sa conférence de presse du 6 février 2017. — Christophe Ena/AP/SIPA

François Fillon s’est encore pris les pieds dans le tapis en menant sa contre-offensive médiatique lundi après-midi, lors d’une conférence de presse en forme d'« opération-confession ». 20 Minutes revient sur les principales explications du candidat LR à l’élection présidentielle.

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La rémunération de son épouse

Penelope Fillon « a donc occupé ce poste pendant quinze ans et ceci pour un montant moyen de rémunération mensuelle de 3.677 euros net, salaire parfaitement justifié pour une personne diplômée de droit et de lettres », a-t-il expliqué.

François Fillon ramène la somme perçue par son épouse en trente ans (831.440 euros brut) en tant que collaboratrice parlementaire à une moyenne mensuelle en net sur quinze ans (1986-1990, 1998-2007, 2012-2013). Cet angle de vue fait l’impasse sur trois points :

  1. La rémunération de Penelope Fillon a été très variable. Une moyenne ne permet pas de voir ces écarts, la femme de François Fillon ayant été payée jusqu’à 10.167 euros brut (plus que son patron et que l’enveloppe allouée) lorsqu’elle était employée par Marc Jouleau, suppléant de François Fillon dans la Sarthe.
  2. Ce « salaire parfaitement justifié » est pourtant bien supérieur au salaire moyen (2.600 euros brut) et médian (2.200 euros brut) d’un collaborateur parlementaire à l’Assemblée nationale.
  • Cette rémunération est donnée en brut, Fillon choisit le net. Mais la différence entre brut et net est aussi « à la charge » du contribuable, puisque les collaborateurs parlementaires sont payés par de l’argent public.

Les dates de l’emploi de Penelope Fillon

Sur ce plan, François Fillon s’est trompé pour la deuxième fois. Au lendemain des premières révélations du Canard enchaîné, le 25 janvier, l’ex-Premier ministre affirmait que son épouse travaillait avec lui depuis 1997, comme l’écrivait alors l’hebdomadaire. Une semaine après, nouvelles révélations : Penelope Fillon aurait commencé ce job en 1988. François Fillon a repris cette date dans sa conférence lundi (« Oui elle a commencé à être rémunérée en 88 »).

Sauf que c’était encore raté, puisqu’elle aurait démarré en 1986 aux dernières nouvelles. Cette fois, Le Canard enchaîné n’y est pour rien, ce sont les documents mis en ligne par l’équipe Fillon dans la soirée qui révèlent cette incohérence. « Dans ma réponse, je faisais confiance aux chiffres du Canard enchaîné, c’était les seuls dont je disposais », a-t-il éludé.

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La journaliste « choquée »

La désintox a été assurée quasiment en direct. François Fillon, questionné sur la phrase de son épouse diffusée dans Envoyé spécial (« Je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit », prononcée en 2007), a répété que les propos étaient hors contexte, que l’interview étant en anglais, la traduction pouvait être approximative, et que la journaliste britannique qui avait réalisé l’entretien était « choquée » par l’utilisation de son travail. Libération a contacté la journaliste, qui a démenti les propos de François Fillon. Dans la foulée, elle a publié une série de tweets non équivoques, en français et en anglais.

Dans la soirée, contre-attaque de François Fillon, qui a publié sur Twitter deux mails envoyés par la journaliste du Guardian.

Sans préciser que les mails en question ont été envoyés avant la diffusion de l’émission de France 2, et que les propos de Kim Willsher portaient sur l’utilisation de passages de cette interview de 2007 au Sunday Telegraph par Le Canard enchaîné et Marianne (qui n’avaient pas eu accès aux rushs dans lesquels on trouve la phrase polémique). La reporter britannique a du une nouvelle fois reprendre les affirmations de François Fillon.

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Le parquet national financier « sans doute pas compétent »

Le candidat LR a glissé durant son allocution que le Parquet national financier (PNF), chargé de l’enquête préliminaire, n’est « sans doute pas compétent » pour s’occuper de cette affaire, selon l’avocat de François Fillon, Antonin Lévy. Celui-ci estime que le PNF ne s’occupe que d’affaires « complexes », et que le cas Fillon « n’est pas une affaire complexe ». Son autre conseil Pierre Cornut-Gentille rejette la possibilité d’une mise en examen pour « détournements de fonds publics » car « le délit de détournement de fonds publics ne peut pas être reproché à un parlementaire ».

Le PNF a rapidement diffusé un communiqué lundi soir prouvant sa compétence pour ce type d’affaires, y compris sur la poursuite pour détournements de fonds publics : « La poursuite du délit de détournement de fonds publics relevant d’une compétence partagée avec le parquet de Paris, l’ouverture de l’enquête préliminaire a été précédée d’un échange avec ce dernier comme le prévoit la circulaire du 31 janvier 2014. » Et de conclure : « L’enquête se déroule dans le strict respect de l’article 11 du code de procédure pénale, avec la célérité et la sérénité appropriées. Il serait hasardeux de préjuger dès à présent de son issue. »

Les liens avec Marc Ladreit de Lacharrière occultés

Sur le coup, c’est l’absence d’explication qui jette un doute. François Fillon n’a rien dit sur l’emploi de son épouse à la Revue des deux mondes, ni sur la remise de la Légion d’honneur à son propriétaire Marc Ladreit de Lacharrière soulignée par Le Monde lundi. Il a néanmoins précisé que Fimalac, holding qui appartient au milliardaire, fait partie des clients de sa société 2F Conseil. Aucune question n’a été posée à ce sujet par les journalistes. Le chef d’abus de biens sociaux qui met en cause le couple Fillon porte pourtant sur ce volet de l’affaire.

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