Affaire Penelope Fillon: Non, la journaliste anglaise n'a pas été «choquée» par «Envoyé spécial»

DESINTOX La journaliste, qui avait interviewé Penelope Fillon en 2007 pour le journal Sunday Telegraph, avait déjà démenti dimanche avoir critiqué Envoyé Spécial...

M.C.

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François Fillon en meeting à Charleville-Mezieres, le 2 février 2017.
François Fillon en meeting à Charleville-Mezieres, le 2 février 2017. — J.Witt/SIPA

Une nouvelle fissure dans l’argumentaire de François Fillon. Lors de sa conférence de presse de lundi, le candidat de la droite à la présidentielle a affirmé que la journaliste anglaise qui a réalisé l’interview de son épouse en 2007 avait contacté Penelope Fillon pour lui dire qu’elle était choquée de l’utilisation qui en avait été faite la semaine dernière par l’émission Envoyé spécial. Faux, rétorque Kim Willsher.

>> Revivre la conférence de presse de François Fillon en direct

L’ancienne correspondante du Telegraph, qui reconnaît avoir écrit à Penelope Fillon, a assuré lundi à l’Agence France Presse qu’elle s’était dite « désolée » des problèmes causés par cette interview, où l'épouse de l'actuel candidat déclare notamment n'avoir «jamais été l'assistante» de son mari, mais pas « choquée » par son utilisation. Qui dit vrai ? On fait le point.

La journaliste anglaise a bien dénoncé des éléments « publiés hors contexte »…

La journaliste, qui avait interviewé Penelope Fillon en 2007 pour le journal Sunday Telegraph, avait déjà démenti dimanche avoir critiqué Envoyé Spécial, après des propos d’Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, sur BFMTV [à partir de 5:15 dans la vidéo].

Pourquoi François Fillon a-t-il alors répété, lundi après-midi, que « la journaliste qui a accompli cette interview s’est manifestée personnellement auprès de mon épouse pour lui dire à quel point elle était choquée par l’utilisation qui avait été faite des morceaux de cette interview », publiant même deux courriels de Kim Willsher ?

…Mais Kim Willsher ne parlait pas d'« Envoyé spécial »

La clé du malentendu, ou de l’intox, se situe dans les dates. Dans le premier envoi, daté du lundi 30 janvier, - soit plusieurs jours avant la diffusion d’Envoyé spécial le soir du jeudi 2 février - Kim Willsher se dit effectivement « en colère » que certains « éléments » de l’interview de Penelope Fillon parue en 2007 dans le Sunday Telegraph aient été « publiés hors contexte ».

Dans le second, daté du 2 février, toujours avant la diffusion de l’émission, elle informe Penelope Fillon qu’elle n’a pas donné le film de cette interview à France 2 et précise ne « même pas l’avoir vu » elle-même. Elle souligne avoir indiqué à France 2 qu’elle s’en tenait pour sa part à ce qui avait été publié en 2007 et que cela ne devait pas être utilisé « hors contexte ».

La journaliste anglaise l’a répété sur Twitter : « Ces messages ont été envoyés (…) avant Envoyé Spécial », a-t-elle écrit, et faisait allusion selon elle à des reprises de certains passages de l’interview du Sunday Telegraph par le Canard Enchaîné et Marianne.

« Les mails de Kim Willsher datent tous d’avant la diffusion de Jeudi. Depuis qu’elle a vu notre reportage, elle nous soutient », confirme Elise Lucet, présentatrice d’Envoyé Spécial. Un journaliste de l’émission a même publié l’enregistrement de sa conversation avec Kim Willsher lundi, après la conférence de presse de François Fillon.

La rédaction d’Envoyé Spécial s’est insurgée des propos de François Fillon lors de sa conférence de presse. « On est surpris que François Fillon attribue des propos à la journaliste anglaise pour faire croire que nous avons mal fait notre travail », a déclaré le journaliste Tristan Waleckx, qui a coréalisé l’enquête. Le directeur de l’information de France Télévisions Michel Field a aussi affiché sur Twitter son soutien à l’équipe de l’émission de reportages.

Dans un article dans le Guardian, Kim Willsher a longuement raconté comment en 2007 elle avait interviewé Penelope Fillon pour le Sunday Telegraph, dont elle était alors correspondante. L’interview avait été filmée par un photographe pour le site du journal britannique et ce sont certaines de ces images, non diffusées à l’époque, qu'Envoyé Spécial a montrées la semaine dernière.