Fillon change de stratégie et pourrait s’exprimer ce lundi dans un média

POLEMIQUE Dans les rangs des Républicains, le soutien au candidat Fillon commence à faiblir...

A.B. avec AFP

— 

François Fillon, le 28 janvier 2017, dans son QG à Paris.
François Fillon, le 28 janvier 2017, dans son QG à Paris. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

François Fillon veut tenter de reprendre la main dans la tempête née de soupçons d’emplois fictifs, alors qu’une partie de la droite cherche un éventuel plan B et que le centriste François Bayrou réclame son retrait.

Après un week-end où Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ont fait assaut de meetings et où Benoît Hamon a lancé sa candidature, le candidat de la droite se prépare à s’expliquer longuement lundi dans un média, selon plusieurs sources.

« Fillon ne renoncera pas »

« Fillon ne renoncera pas » mais « va changer de stratégie, être plus offensif dans sa défense », a assuré un de ses proches. « Je n’exclus pas qu’il reconnaisse ses erreurs », a glissé le même. L’état-major du candidat se réunira à 18 heures au siège de campagne, Porte de Versailles, pour finaliser sa nouvelle stratégie.

L’élu des Alpes-Maritimes Éric Ciotti a souhaité que François Fillon « apaise les doutes » et appelé à l’unité chez Les Réupblicains face à « une crise terrible » faisant poindre la « peur » de « perdre » la présidentielle chez les électeurs.

L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, soutien d’Alain Juppé pour la primaire, a aussi appelé à l’unité. Il s’est refusé, pour l’instant, à envisager un plan B : « C’est (François Fillon) qui a la légitimité, c’est lui éventuellement qui peut la transmettre ».

« La vraie force de Fillon, c’est qu’il n’y apas de plan B. Sauf un plan Bérézina. Il a gagné sur une ligne idéologique claire : transformation économique radicale et conservatisme sociétal », plaide un de ses soutiens. Pour un ancien ministre filloniste, qui ne voit pas non plus « un autre scénario de substitution s’imposer », François Fillon « reste un très bon candidat » et « peut s’en tirer, sauf nouvelle surprise ».

« Une atteinte à la décence »

Les précédentes « surprises » étaient venues du Canard enchaîné et de ses révélations d’emplois présumés fictifs comme assistants parlementaires de l’épouse de François Fillon et de deux de ses enfants. Le parquet national financier a ouvert une enquête. Le candidat, son épouse, plusieurs membres de son entourage ont été entendus.

Dimanche, François Bayrou, qui soutenait Alain Juppé pour la primaire et serait prêt à « l’aider » s’il revenait dans le jeu, a considéré que « les Français pensent, et je pense comme eux », que François Fillon « n’a pas d’autre solution » qu’un retrait. Il a vu dans cette affaire « une atteinte à la décence », en contradiction avec un programme demandant « des sacrifices ».

François Fillon, peut-être rasséréné par un sondage du JDD selon lequel 64 % des Républicains sont pour le maintien de sa candidature contre 68 % de l’ensemble des Français ne le souhaitant pas, tenterait, lui, de prendre de court les députés LR, avant leur réunion mardi à l’Assemblée.

« Les élus tiennent, mais pas le terrain »

Certains sont très remontés après un week-end dans leur circonscription où ils ont parfois dû affronter la colère de leurs électeurs. « Les élus tiennent, mais pas le terrain. Notre parti ne peut plus faire campagne », selon un cadre LR.

« Dans ma commune, j’ai fait arrêter la distribution des tracts » tirés à 4 millions d’exemplaires proclamant « stop à la chasse à l’homme », car « ça se passait très mal pour nos militants sur le terrain », assurait un député-maire francilien. A ses yeux, « bien sûr qu’il y a un plan B. C’est Alain Juppé. Il faut que Fillon "débranche". Sinon, c’est la cata. Il nous emmène dans la falaise ».

« Les retours de terrain sont très mauvais. L’image de probité de François Fillon est ternie. Il a abusé du système, le coup de ses enfants ne passe pas », considérait un autre élu. « Juppé pourrait remplacer Fillon mais il faudrait qu’il muscle son programme sur le régalien », ajoutait le même.

Dans le Doubs, la députée-maire filloniste de Morteau, Annie Genevard, a retenu d'« une longue séance sur l’affaire » du comité départemental « de la colère, de la déception, de la crainte mais seuls deux ou trois sur la soixantaine de participants ont demandé un plan B et le départ de François Fillon ».