Rassemblement, piques, engagements... Cinq informations à retenir de l'investiture de Benoît Hamon

POLITIQUE Ce dimanche, Benoît Hamon a été officiellement investi par le Parti socialiste à la Mutualité...

Oihana Gabriel

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Benoît Hamon lors de son discours d'investiture à la Mutualité, dimanche 5 février 2017.
Benoît Hamon lors de son discours d'investiture à la Mutualité, dimanche 5 février 2017. — AFP

Il aura cité Pierre Rabhi, Barack Obama, Albert Camus… Une semaine après avoir remporté la primaire de la gauche, Benoît Hamon a été officiellement investi par le Parti socialiste lors d’une grand-messe à la Mutualité de Paris ce dimanche midi devant 2 000 personnes. Le point sur ses hommages, promesses, boutades…

Rassembler au PS et au-delà

C’est tout le challenge de Benoît Hamon, et il en est bien conscient… Pourtant, cela s’annonce compliqué dès son investiture. Manuel Valls était en vacances, ni Benard Cazeneuve ni Ségolène Royal n’ont pris la peine de se déplacer… La photo montre un parti divisé. Seuls Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, anciens adversaires de Benoît Hamon, sont venus à la Mutualité assister à l’investiture de ce dernier. Mais les femmes socialistes sont venues à la rescousse. Anne Hidalgo, qui a ouvert l’investiture, Christiane Taubira, qui l’a close, Najat Vallaud-Belkacem, Aurélie Filippetti étaient au rendez-vous.

Et le candidat a choisi d’ignorer l’absence de certains. « C’est pour moi extrêmement important que les représentants de tous les candidats à la primaire soient là », s’est félicité Benoît Hamon. « Je ne conçois pas demain qu’un rassemblement ne soit qu’un accord d’appareil. »

Le candidat a souligné sa « responsabilité de rassembler notre famille politique, au-delà de toute la gauche » et de les « porter vers la victoire en mai prochain. » Mais rassembler au-delà du PS s’annonce également ardu. Jean-Luc Mélenchon l’invite à se détourner des gens que l’un et l’autre « ont combattus pendant des années ». « Le rassemblement, ça ne commence pas par exiger des têtes, rétorque le candidat pendant son discours. Oui, il y a des dissensions entre nous, il y en a toujours eu. Peu m’importe qui vous êtes, ministre, élu, citoyen, ce qui m’importe c’est l’horizon que nous voulons dessiner. Il se fera dans la clarté et la transparence ce rassemblement. Dites-moi où vous voulez aller. »

La question du bilan

« A ce qu'il paraît, je suis très attendu sur le bilan, s’amuse le candidat. Mais l’essentiel est pour moi de regarder vers l’avenir. » Benoît Hamon est tout de même revenu sur son rendez-vous avec François Hollande jeudi dernier. Il a d’ailleurs rendu hommage au Président. « Regardons ce que la droite veut défaire et nous saurons ce que nous avons fait de bien. »

Et l’ancien ministre de l’Education de saluer les avancées dans l’éducation, l’opposition du gouvernement au traité de libre-échange transatlantique (Tafta), la lutte contre les inégalités hommes-femmes. Mais, en bon équilibriste, il se fait aussi critique. « Ce bilan a laissé aussi des personnes mécontentes. Qu’il ne faut pas mépriser au moment où nous voulons rassembler. Et transformer cette colère pour construire quelque chose qui nous tourne vers l’avenir. Ce bilan, de toute façon, ne peut pas être l’axe sur lequel nous ferons campagne. »

L’écologie et le social en priorité

Tout au long de son discours, en rendant hommage à ses filles, en parlant de la souffrance des jeunes au travail, en soulignant que « la question du futur de nos enfants » sera au cœur de sa campagne, il s’adresse très clairement aux jeunes. Et, ce qui fera sans doute plaisir à Yannick Jadot, candidat des Verts, il débute son discours par des engagements en faveur de l’écologie.

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« Nous ne pouvons plus dissocier la question sociale et écologique », scande-t-il. « Avoir les yeux rivés sur le PIB nous détourne de l’essentiel », rappelle le candidat, en saluant l’intervention de la sociologue Dominique Méda. « Cette transition écologique, je l’engagerai radicalement », promet-il. Avec des mesures claires : sortie du diesel en 2025, diminution du nucléaire, investissements dans la transition écologique. Et le candidat d’évoquer les « scandales sanitaires liés à un manque de courage ». « Les perturbateurs endocriniens, ce n’est pas mon truc, c’est un peu le truc de tout le monde », ironise le candidat. Il rappelle que François Fillon veut remettre en question le principe de précaution fondamental dans ce dossier sanitaire.

Comment révolutionner le travail ?

Deuxième axe de son discours : la révolution du travail.Avec sa proposition phare et polémique : le revenu universel d’existence. « Je veux réfléchir en fonction de ce qu'il se passe et non de ce qui fut. (…) Arrêtons de penser que tout le monde est content de son travail. Notre responsabilité est de penser le partage du travail. De façon à ce que personne ne soit moins protégé que nous-mêmes. » Dans un premier temps, le candidat veut « augmenter à 600 euros et automatiser le RSA ». Puis ce revenu universel concernerait les 18-25 ans. Répondant aux accusations de promesse irréalisable, il revient à nouveau sur la création de la Sécurité sociale : « Nous allons rêver si fort que cela deviendra possible. »

Et quelques piques à ses adversaires

Discrètement, le candidat s’est tout de même lâché à quelques reprises sur ses adversaires. Redonner du rêve, oui, faire croire en un homme providentiel, non. « Je ne suis pas l’homme providentiel, pas de chance ! » ironise le candidat. « Je crois dans l’intelligence collective à proposer des solutions. Je rejette ce costume car il n’est pas bon ou utile. Il repose sur une imposture. » Une pique pour Emmanuel Macron ? Quant à François Fillon, embourbé dans une succession d’affaires, Benoît Hamon s’est dit prêt à débattre avec lui « s’il reste encore quelque temps »… Quant à ceux qui montrent une fascination certaine pour la Russie et son homme fort, Vladimir Poutine, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon pour ne pas les citer, il critique ce « surplus de testostérone » et rétorque : « Ce n’est pas mon modèle. »