Semaine décisive: François Fillon va-t-il jeter l'éponge ou résister?

POLEMIQUE François Fillon a prévu une contre-attaque plus musclée aux révélations des médias…

Delphine Bancaud

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François Fillon à Charleville-Mézières, le 2 février 2017. François NASCIMBENI
François Fillon à Charleville-Mézières, le 2 février 2017. François NASCIMBENI — AFP

Tiendra-t-il ou tirera-t-il sa révérence ? La semaine qui se profile risque d’être encore très difficile pour François Fillon, impliqué dans une polémique sur des emplois fictifs présumés de son épouse et de deux de ses enfants. Reste à savoir si ces prochains jours scelleront le destin politique de l’ancien Premier ministre. Pour l’heure, son entourage est dans l’expectative. « François Fillon est un sanglier solitaire. Il est capable de charger tout à coup, mais capable aussi de tout lâcher pour s’en aller ruminer au fond de la forêt (…) Aujourd’hui que le sanglier est blessé à mort, tout est possible », a confié l’un de ses proches au JDD. 20 Minutes passe en revue les deux scénarios possibles de la semaine.

Les signes qui montrent qu’il pourrait renoncer…

Pour plusieurs observateurs du monde politique, l’hypothèse la plus probable est une annonce prochaine du renoncement de François Fillon à briguer l’élection présidentielle. Une décision qui pourrait lui être dictée par plusieurs raisons. Tout d’abord par l’accumulation des révélations médiatiques à son encontre, qui peuvent finir par l’achever. Rien que ce samedi, Mediapart a publié les copies de chèques, qui témoigneraient d’un « vaste système de détournement de fonds publics » dont aurait bénéficié François Fillon à l’époque où il siégeait au Sénat. Jeudi, la publication d’une vidéo où l’on voyait Penelope Fillon déclarer n’avoir « jamais été l’assistante » ni s'« occuper de la communication » de son mari, en avait déjà remis une couche. Et Le Canard enchaîné qui a diffusé des informations sur le couple Fillon à deux reprises, pourrait encore réitérer dans son prochain numéro.

Secondo, même si le discours officiel chez Les Républicains est de soutenir François Fillon, de plus en plus de voix à droite se prononcent pour un retrait de l’ancien Premier ministre de la course élyséenne. C’est le cas de Bruno Gilles, président des Républicains des Bouches-du-Rhône, qui a fait une déclaration dans ce sens samedi, succédant ainsi au sarkozyste Georges Fenech, le premier à dégainer mercredi. Ce dernier avait été suivi par le juppéiste Philippe Gosselin, par le sénateur sarkozyste Alain Houpert, par le président du conseil départemental de Corrèze, Pascal Coste et par Henri Guaino, député LR des Yvelines. Idem pour le député LR de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui a déclaré dimanche à 20 Minutes que François Fillon devrait « adouber une autre personne ». Quant à Gérard Larcher, président du Sénat, il a démenti sur Twitter une information de L’Obs selon laquelle il se chargerait vite de « débrancher » le candidat en grande difficulté…

Et la réunion de François Fillon mardi à l’Assemblée avec les députés LR pourrait être très houleuse. Certains sont très remontés après un week-end dans leur circonscription, où ils ont parfois dû affronter la colère de leurs électeurs. « Les élus tiennent, mais pas le terrain. Notre parti ne peut plus faire campagne », se plaignait un cadre LR à l’AFP samedi. « Il faut que Fillon "débranche" Sinon, c’est là cata. Il nous emmène dans la falaise. S’il va à la présidentielle, c’est foutu pour la droite », assurait un autre député-maire de la région parisienne à l’AFP. Et en dehors du parti, la charge est encore plus lourde. Le président du Modem, François Bayrou, a estimé dimanche que François Fillon n’avait « pas d’autre solution » que de se retirer de la course à la présidentielle. Idem pour Jean-Luc Mélenchon.

Par ailleurs, un sondage* paru ce week-end semble être un mauvais présage pour l’ancien Premier ministre. Alors qu’il caracolait dans les enquêtes d’opinion après son triomphe à la primaire de la droite, François Fillon serait éliminé si l’élection avait lieu aujourd’hui, selon un sondage BVA-Salesforce diffusé samedi. Et comme les candidats à l’Elysée doivent avoir déposé les parrainages le 17 mars, le camp LR a conscience que le temps presse pour garder ses chances dans la course à l’Elysée.

Et les signes qui soulignent son intention de résister

« Le moteur le plus fort chez lui, c’est l’humiliation. Si tu l’humilies, tu tends le ressort au maximum, tu lui donnes une grande force », dit de François Fillon, un parlementaire LR au JDD. Plusieurs soutiens de l’ancien Premier ministre affirment d’ailleurs qu’il va « changer de stratégie et être plus offensif pour sa défense » cette semaine. Une démarche déjà entamée vendredi où François Fillon a posté sur Facebook un message vidéo dans lequel il cherche à rassurer le cœur de son électorat : « Je resterai inébranlable », « je tiendrai bon », a-t-il déclaré.

L’ancien Premier ministre veut gagner du temps. Il a d’ailleurs demandé mercredi à ses troupes de « tenir 15 jours », en attendant que l’enquête du parquet national financier vienne à son terme et que l’affaire soit éventuellement classée sans suite. Selon son entourage, il pourrait aussi s’exprimer rapidement à la télévision pour s’expliquer en détail sur les faits, sans pour autant plaider coupable.

Et même s’il a conscience d’avoir déçu les Français, François Fillon veut se persuader qu’il garde la confiance de son cœur d’électorat. D’ailleurs, selon un sondage** de l’Ifop pour le JDD paru dimanche, 64 % des sympathisants des Républicains sont pour le maintien de sa candidature. Il a d’ailleurs confirmé sur Twitter qu’il donnerait un meeting à Poitiers le 9 février prochain.

Il compte d’ailleurs sur la mobilisation de ses troupes sur le terrain. Un tract titré « Stop à la chasse à l’homme », qui dénonce « une machination » a été diffusé largement ce week-end. Et une pétition lancée vendredi par Frigide Barjot : « Fillon, tiens bon ! » a été déjà signé par 16 000 personnes. Cela suffira-t-il à le sauver ?

*Sondage BVA-Salesforce réalisé en ligne du 1er au 2 février auprès de 955 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

** Le sondage de l'Ifop a été mené auprès d'un échantillon de 1007 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas, et réalisé par téléphone du 3 au 4 février 2017.