VIDEO. CNN rappelle à Marine Le Pen ses propos polémiques sur les immigrants (et elle fait semblant de ne pas comprendre)

DESINTOX La présidente du Front national s'est fait prendre à son propre piège...

A.B.

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Marine Le Pen, ici à Paris le 1er février 2017.
Marine Le Pen, ici à Paris le 1er février 2017. — J.E.E/SIPA

Parfois, quand on est un homme ou une femme politique, on dit des trucs que l’on préfère oublier ou que l’on finit par oublier. Mais le problème c’est qu’Internet a plutôt bonne mémoire et qu’on peut vite se retrouver pris en flagrant délit de petits (ou gros) arrangements avec la vérité. Et ce n’est pas Marine Le Pen, passée à la moulinette du vidéo-checking d’une journaliste de CNN, qui dira le contraire.

Interrogée par la journaliste britannique Christiane Amanpour sur des déclarations chocs datant de 2012 sur l’immigration illégale, la présidente du FN a haussé le ton et invoqué une mauvaise traduction de ses paroles. Mais la journaliste a ensuite diffusé la séquence vidéo dans laquelle Marine Le Pen parle de clandestins qui « changent le papier peint », « volent votre portefeuille » et « brutalisent votre femme ». Ambiance.

« C’est une plaisanterie j’espère »

Tout avait pourtant bien commencé pourMarine Le Pen, interviewée à Paris par la journaliste britannique, qui avait fait le déplacement. Les choses se sont gâtées en cours d’entretien lorsque Christiane Amanpour a interrogé la présidente du Front national sur des propos tenus en 2012 sur les étrangers clandestins. « Vous avez dit en 2012 lors d’une interview – et vous le savez d’ailleurs puisque vos propos ont été cités à de nombreuses reprises — : "Vous accepteriez que 12 clandestins viennent s’installer dans votre appartement ? Et que de surcroît ils changent le papier peint, et que pour certains d’entre eux, ils volent votre portefeuille et brutalisent votre femme ?" Vous avez dit ça en interview ».

Au bout de quelques secondes, le temps que la traduction lui parvienne dans l’oreillette, Marine Le Pen adresse un regard interloqué à son interlocutrice et lui rétorque « C’est une plaisanterie j’espère ». « Non », lui répond en français la journaliste, qui lui demande si elle nie avoir tenu ces propos. Visiblement gênée aux entournures, Marine Le Pen fait répéter le tout à Christiane Amanpour, invoquant « une traduction mauvaise ». « Mes propos ont été dénaturés », se justifie ensuite la candidate frontiste, expliquant que « notre pays nous appartient, nous en sommes les propriétaires. Par conséquent nous avons la liberté de décider qui entre. Et j’avais fait un parallèle avec un domicile personnel, en disant que vous n’accepteriez pas que quelqu’un que vous n’avez pas invité vienne, s’installe, décide de la couleur de la tapisserie. (…) Et vous le supporteriez d’autant moins si en plus il commettait un certain nombre d’actes illégaux », poursuit-elle, précisant qu’elle ne « parlai [t] pas des immigrés clandestins ».

La preuve en images

De retour sur son plateau, Christiane Amanpour précise avoir revérifié la version avancée par Marine Le Pen, avant de diffuser l’extrait d’une interview donnée par la présidente du FN à une chaîne australienne SBS cinq ans plus tôt. Alors interrogée sur l’impact qu’aurait son éventuelle arrivée au pouvoir sur la réputation de tolérance de la France, la réponse de Marine Le Pen avait été nettement moins édulcorée qu’elle l’avait prétendu. Et la vidéo parle d’elle-même.

A l’image, Marine Le Pen répond : « Moi je suis tolérante, vous l’êtes vous-même », avant de dire au mot près la tirade précédemment répétée par la journaliste qui l’interrogeait, en terminant son intervention par : « Nous sommes accueillants, mais nous décidons avec qui nous voulons être accueillants », clame Marine Le Pen, index levé. De quoi démentir en quelques secondes son argumentaire dénonçant une mauvaise traduction de ses propos.

Pour l’heure, Marine Le Pen, qui par ailleurs fait l’objet d’une saisie sur sa rémunération pour uneaffaire d’emplois fictifs au Parlement européen, n’a pas réagi à cette séance de désintox.