Affaire Penelope Fillon: Les arguments catastrophiques de la défense de Fillon, épisode 2

PENELOPEGATE Cette semaine a apporté son nouveau lot de déclarations ratées et hasardeuses visant à défendre François Fillon...

Marie Lombard

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Les soutiens de Fillon ont connu quelques ratés...
Les soutiens de Fillon ont connu quelques ratés... — PDN/SIPA

Une nouvelle semaine de polémique, une nouvelle salve de déclarations ratées destinées à sauverle soldat François. Depuis le coup d’envoi de l’affaire Penelope Fillon mardi 24 janvier, les ténors de droite et la garde rapprochée de François Fillon se sont mobilisés afin de convaincre les Français que les accusations d’emploi ficitif étaient infondées. Mais la défense a eu du mal à s’organiser, si on en juge par les arguments bancals qu’avancent ses soutiens. En voici donc une (deuxième) compilation, histoire de ne rien manquer.

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L’enquête sur Penelope Fillon nuit à la séparation des pouvoirs

La semaine a été chargée pour le camp Fillon. C’est François Goulard qui a tiré la première salve. Sur Facebook, le président LR du Conseil départemental du Morbihan a pris à partie la Constitution, pour dénoncer l’acharnement juridique dont est victime François Fillon. « Cette intrusion de la justice dans le domaine politique pose un véritable problème », déclare-t-il ainsi, se référant à l’enquête dont fait l’objet l’emploi de Penelope Fillon en tant qu’assistante parlementaire du Parlement. « L’effectivité du travail [des collaborateurs de l’assemblée nationale] doit-elle être soumise à l’appréciation des juges ? » ajoute-t-il, « Il est permis d’en douter, au regard de ce principe essentiel qu’est la séparation des pouvoirs ». Ainsi François Goulard semble oublier que la séparation des pouvoirs a pour objet le contrôle mutuel et non l’immunité des représentants.

« Ce sont des choses qui arrivent dans toutes les bonnes familles »

Quant au sénateur LR de la Meuse Gérard Longuet, il a attendu mardi pour avancer ses pions. Alors que le Canard enchaîné venait tout juste de révéler que Penelope Fillon avait en fin de compte touché environ 900 000 euros pour son travail parlementaire et que les enfants du candidat avaient touché 84 000 euros, il a tenté de relativiser la somme perçue par la femme du candidat LR. « On peut avoir de jeunes étudiants qui se retournent vers leurs pères en disant "toi qui peux tout, tu peux peut-être nous aider aussi à travailler", c’est des choses qui arrivent dans toutes les bonnes familles. » Il sera par la suite repris par la journaliste de BFMTV qui lui explique que ce n’est pas la légalité de l’embauche de Penelope Fillon qui est en cause, mais l’effectivité de ses activités professionnelles. Reste à savoir ce que Gérard Longuet considère comme une « bonne famille ». Le sénateur a également dérapé ce jeudi en déclarant à LCP que les crédits parlementaires dont a bénéficié Penelope Fillon n’étaient « pas des fonds publics », tout en expliquant par la suite qu’ils le sont bien. C’est à n’y plus rien comprendre…

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Assistante parlementaire ou assistante du Premier ministre ?

Dans la série des « je m’embourbe dans ma propre argumentation », Bernard Debré tient une place de choix. Interrogé mardi par LCP, le député LR de Paris a raconté une anecdote afin de prouver que Penelope Fillon a bien exercé les fonctions d’assistante parlementaire. Un jour, il a téléphoné à François Fillon alors que celui-ci était Premier ministre, et lui a demandé de venir le voir. N’étant pas disponible, l’actuel candidat LR lui a envoyé son assistante qui n’était autre que… Penelope Fillon. Mais alors ? Cette dernière était-elle assistante parlementaire ou assistante du Premier ministre ? D’autant que Bernard Debré a ensuite affirmé à RTL que cet épisode s’était déroulé en 2002-2003, époque où Penelope Fillon était attachée parlementaire du suppléant de François Fillon Marc Joulaud.

La transparence exigée des élus mènera à la dictature

Le cercle des soutiens de Fillon dans l’affaire Penelope ne comprend pas que des membres de sa campagne. Ainsi, Michèle Alliot-Marie, interrogée mardi sur ITélé, n’a pas hésité à comparer la transparence exigée des élus avec… une dictature soviétique. « Je pense qu’à partir du moment où quelqu’un a un travail à effectuer et qu’il l’effectue bien, on n’a pas besoin – et c’est même dangereux – de regarder qui il est exactement », affirme-t-elle ainsi sans hésitation. Selon MAM, la surveillance des élus qui embauchant des membres de leur famille est une dérive digne d’une dictature communiste : « J’ai connu un régime en Europe centrale dans lequel, à partir du moment où on était l’enfant de quelqu’un de diplômé, on n’avait pas le droit d’aller à l’université : c’était le régime de Ceausescu. »

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« Ces faits sont anciens », on redevient bons copains ?

Le porte-parole David Lisnard a pour sa part choisi de considérer que l’eau avait coulé sous les ponts. Interrogé sur l’affaire Penelope Fillon par BFMTV, il a soudain déclaré que « ces faits [étaient] anciens, que cela faisait quatre ans que lui-même [François Fillon] avait dit que les mentalités avaient évolué et qu’il fallait moderniser la vie publique ». Il ne prend pas en compte ici le fait qu’en matière de délit ce sont les prescriptions pénales qui importent. Or, selon le texte de réforme en cours, pour les délits dont est soupçonné le couple Fillon par l'enquête préliminaire (détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits), la prescription ne court qu’à partir du moment où « l’infraction a pu être constatée dans des conditions permettant l’exercice de l’action publique » et se prolonge pendant douze ans. La prescription des faits, s’ils sont avérés, dépendra donc de l’adoption du texte de réforme.