On fait le point sur les casseroles politico-judiciaires de François Fillon

JUSTICE Si vous avez du mal à vous y retrouver dans les multiples affaires Fillon, on vous aide…

Olivier Philippe-Viela

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François Fillon à Paris le 31 janvier 2017.
François Fillon à Paris le 31 janvier 2017. — THOMAS SAMSON / AFP

Jacques Chirac avait prévenu, les petits tracas de la vie, « ça vole toujours en escadrille ». François Fillon, le candidat des Républicains à l’élection présidentielle, a vu fondre sur lui une demi-douzaine de polémiques en quelques jours, depuis les premières révélations du Canard enchaîné le 25 janvier. Pour s’y retrouver, 20 Minutes fait le point, en (gros) chiffres et en déclarations. Attention, c’est un peu long.

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À l’Assemblée nationale, l’embauche de son épouse Penelope

Somme en jeu : 831 440 euros brut

Il y a une semaine, Le Canard parlait de 500 000 euros pour huit ans de travail entre, a minima, 1998 et 2012. L’hebdomadaire a fait amende honorable pour avoir sous-estimé « gravement les capacités de Penelope », ironise-t-il dans son édition de ce mercredi. En fait, ce serait au moins 831 440 euros brut sur vingt-cinq ans. Penelope Fillon a été collaboratrice de son mari, député de la Sarthe puis de Paris, et de son suppléant :

  • De 1988 à 1990, pour un total de 82 750 euros ;
  • De 1998 à 2002, pour une somme exponentielle de 2 550 euros par mois la première année, 3 500 en 1999 et 2000, 3 900 en 2001, et enfin 4 600 euros mensuels en 2002 ;
  • De 2002 à 2007, au côté du suppléant Marc Jouleau, pour 6 900 euros jusqu’en 2006 non compris, 7 900 cette année-là, et 10 167 euros brut la dernière année, en 2007 (plus que son employeur et que les crédits accordés par l’Assemblée nationale…) ;
  • De juin 2012 à novembre 2013, d’abord pour 4 600, puis 5 050 euros par mois.

Penelope Fillon n’occupe plus ce poste depuis le 30 novembre 2013. Le 1er janvier 2014, un mois après, la loi sur la transparence de la vie publique promulguée après l’affaire Cahuzac (Fillon avait voté contre) entrait en vigueur et obligeait les parlementaires à signaler le nom et la rémunération de ses collaborateurs. Son épouse n’y apparaît donc pas.

Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics : si l’embauche d’un membre de sa famille est légale, le problème avec Penelope Fillon, c’est que pour l’instant personne ne l’a vue travailler, ni dans la Sarthe, ni à Paris, sauf François Fillon et quelques timides soutiens (dont les versions se contredisent).

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Au Sénat, l’embauche de ses enfants

Somme en jeu : 83 735 euros brut

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« Lorsque j’étais sénateur, il m’est arrivé de rémunérer pour des missions précises deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences », a expliqué sur TF1 François Fillon, membre de la chambre haute entre 2005 et 2007. Premier raté, ses enfants n’étaient pas avocats mais étudiants en fac de droit. Et Le Canard enchaîné révèle ce mercredi qu’ils étaient employés comme assistants parlementaires :

  • Du 1er octobre 2005 au 31 décembre 2006 pour son aînée, rémunérée 57 084 euros brut en quinze mois ;
  • Du 1er janvier 2007 au 17 juin 2007, pour le petit frère qui touche ainsi 26 651 euros brut en moins de six mois.

Chez le milliardaire Marc Ladreit de la Charrière, l’embauche de son épouse et d’une membre de l’équipe Fillon

Somme en jeu : 100 000 euros pour Penelope Fillon, inconnue pour Alexia Demirdjian

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Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, qui « aime tirer les ficelles », a été entendu par la justice lundi.

Ladreit de Lacharrière – fait grand-croix de la Légion d’honneur en 2011 par Nicolas Sarkozy – est un ami du Sarthois, « à qui il prête régulièrement son avion privé comme ce 21 mars 2013, lorsque le député de Paris part rencontrer Vladimir Poutine », rapporte Mediapart.

Penelope Fillon a été embauchée pour 5 000 euros brut par mois entre mai 2012 et décembre 2013 à la Revue des deux mondes, propriété du milliardaire depuis 1991 et publication double centenaire où ont écrit Charles Baudelaire et Honoré de Balzac (Bernard-Henri Lévy, père de l’avocat de François Fillon, y a désormais droit à des critiques laudatives). Michel Crépu, le directeur de publication, dit n’avoir « jamais eu affaire à elle, ni physiquement, ni au téléphone, ni même par mail ». La revue a été perquisitionnée samedi

Mais il y a bien eu deux notes de lecture rédigées par Penelope Fillon, sous le pseudonyme de « Pauline Camille », sorties par Marianne. Soit 3 500 signes au total en vingt mois de rémunération, pour un total d’environ 100 000 euros. Au passage, qui fait actuellement la une de la Revue des deux mondes de février-mars ?

Mais ce ne serait pas le seul coup de pouce de Marc Ladreit de Lacharrière envers son ami. Mediapart a affirmé samedi qu’Alexia Demirdjian, membre de l’équipe de la campagne numérique de François Fillon depuis mars 2015, aurait été embauchée, à la même date, en tant que chargée de mission au sein de la Fondation culture et diversité, antenne du groupe Fimalac, qui appartient à Marc Ladreit de Lacharrière. C’est Eléonore de Lacharrière, fille de, qui gère l’organisation, et qui a expliqué à Mediapart qu’elle était « notre salariée à mi-temps pour une mission globale » entre mars 2015 et le printemps 2016. Sauf qu’Alexia Demirdjian « n’a pas laissé de trace publique de son passage », souligne le site d’investigation. Pour la rémunération, là, on ne sait pas.

Une société de conseil opaque

Somme en jeu : 757 526 euros (au moins)

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Le Monde en parle comme de la possible « prochaine bombe à retardement pour le camp Fillon ». Juste après avoir quitté Matignon et treize jours avant de devenir député de Paris en juin 2012, l’ancien Premier ministre a créé sa société 2F Conseil, les députés étant « frappés par l’interdiction faite aux parlementaires de démarrer une activité de consultant une fois élu ». Ces informations-là étaient connues depuis un moment, mais les sommes touchées par François Fillon n’avaient pas été détaillées. Entre juin 2012 et décembre 2015, il a gagné 757 526 euros pour ses activités de conseil et ses conférences.

« Le compteur a continué de tourner en 2016 », ajoute le quotidien du soir, qui a eu accès à une partie des comptes détaillés. La quasi-totalité de cette somme a été versée sur le compte courant de Fillon au Crédit agricole de Sablé-sur-Sarthe (qui a une quinzaine de comptes dans cette banque, alors qu’il assurait n’en avoir qu’un avec son épouse, une « imprécision de langage » selon son entourage).

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Outre les sommes très importantes perçues, le doute qui entoure 2F Conseil porte sur l’identité de ses clients, que François Fillon refuse de dévoiler. Remontée contre son ancien patron, après que ce dernier a donné la circonscription qu’elle convoitait à Nathalie Kosciusko-Morizet en vue des législatives, Rachida Dati a lancé au porte-parole du candidat Thierry Solère qu’elle « était avec Fillon en Russie lorsqu’il a fait une conférence, il s’est fait payer par les Russes », a rapporté L’Express. François Fillon étant connu pour ses positions favorables à un rapprochement avec Vladimir Poutine, Bruno Retailleau a dû déminer les bruits de couloir chez Jean-Jacques Bourdin : « Je l’ai questionné parce qu’il y a quinze jours, le bruit courait que c’était même l’Etat russe, il m’a dit "écoute il n’y a pas une société russe, il n’y a pas un groupe russe, il n’y a pas l’Etat russe", les choses sont claires », a-t-il déclaré sur BFMTV et RMC. Le Monde précise dans son article que « 97 000 euros ont été encaissés par la société en 2012 et 2013, pour des prestations effectuées » à l’étranger, sans avoir pu identifier la nature des clients.

Un système de commissions occultes au Sénat

Somme en jeu : 21 000 euros

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Le Journal du dimanche et Mediapart ont affirmé le week-end passé qu’entre 2005 et 2007, quand il était sénateur UMP de la Sarthe, « François Fillon a perçu sept chèques à son nom », un par trimestre, pour « un montant total de l’ordre de 21 000 euros » issus de cette cagnotte. Selon le site d’investigation, l’ex-Premier ministre « s’est mis dans la poche une partie des crédits théoriquement réservés à la rémunération d’assistants, grâce à un système de commissions occultes ».

Une enquête sur des soupçons de détournement de fonds publics par des sénateurs de droite est en cours, certains étant mis en examen, comme Henri de Raincourt ou René Garrec. « Les sommes siphonnées entre 2005 et 2007 par l’actuel candidat LR à la présidentielle ne dépassent sans doute pas les 25 000 euros, mais des juges d’instruction ont d’ores et déjà estimé que le stratagème utilisé, partagé avec nombre de sénateurs UMP entre 2003 et 2014, pouvait relever d’une infraction pénale », écrit Mediapart.

Dans la Sarthe, une permanence au manoir ou à la mairie ?

Somme en jeu : 5 770 euros brut et exonérée d’impôts chaque mois le temps de ses mandats de député

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On répond tout de suite à la question : la permanence était à la mairie de Sablé-sur-Sarthe, comme l’a rapporté Libération dans un reportage sur place. Ce qui est normal, beaucoup d’élus locaux qui cumulent fonctions de maire et de député (comme François Fillon dans la Sarthe) s’évitant ainsi une dépense superflue sur leur réserve parlementaire en plaçant leur permanence parlementaire dans l’hôtel de ville. Mais l’avocat du candidat, Antonin Lévy, a maladroitement assuré que Penelope Fillon travaillait dans le manoir familial : « La permanence se situait à leur domicile. À votre avis, qui est au domicile ? Eh bien, c’est Penelope Fillon. »

Le sel de la déclaration, c’est qu’en voulant défendre son client, le conseil a mis en lumière une pratique des parlementaires méconnue, y compris des associations de vigilance citoyenne contactée par 20 Minutes. Le député René Dosière nous a assuré qu’il était « fréquent » qu’un député place sa permanence chez lui, alors que son indemnité (IRFM) de 5 770 euros (dont l’utilisation est intégralement à la discrétion de l’élu) doit lui servir notamment à louer une permanence. « Certains pourraient dans ce cas être tentés de placer leur permanence chez eux pour payer des charges importantes comme l’électricité avec l’argent public », explique Jean-Christophe Picard, président de l’association de lutte contre la corruption Anticor. Antonin Lévy a donc défendu son client sur un point où il n’avait pas besoin de l’être, et jeté la suspicion sur le reste des collègues parlementaires de François Fillon. Coup double.

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