Primaire de la gauche: Pourquoi le front Jadot-Hamon-Mélenchon ne se fera jamais

POLITIQUE Le vainqueur de la primaire socialiste a tendu la main à ses camarades dimanche...

Thibaut Le Gal

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Jadot, Hamon, Mélenchon
Jadot, Hamon, Mélenchon — Francois Mori/AP/SIPA Jean Michel Nossant/SIPA Tristan Reynaud/SIPA Tristan Reynaud/SIPA

C’est l’histoire d’une main tendue, et même de deux, qui ne trouvent pas (encore) preneur. Après sa large victoire à la primaire socialiste, Benoît Hamon a adressé des mots doux à ses adversaires de gauche, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. « S’il existe des différences, les idées en partage sont si nombreuses. Jamais les forces de progrès ne perdent à se parler, à construire ensemble », a-t-il lancé.

« Dès lundi je proposerai donc à tous les candidats à cette primaire, mais aussi à tous ceux qui se reconnaissent dans la gauche et l’écologie politique, en particulier Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, de ne penser qu’à l’intérêt des Français au-delà de nos personnes », a ajouté le candidat.

Une alliance de toute la gauche « au-delà des personnes » ? Hum, hum. Les deux intéressés avaient déjà balayé la primaire. Ont-ils changé d’avis ?

  • Jean-Luc Mélenchon s’est certes satisfait de la victoire du frondeur dimanche soir, y voyant l'« hégémonie culturelle » de son programme.
  • Yannick Jadot a lui tenu à saluer une dynamique pour « rassembler bien au-delà de la primaire écologiste ou de la primaire socialiste ».

Le camp Mélenchon tranche la main tendue

Le problème, pour Benoît Hamon, c’est que les deux hommes ne se sont pas arrêtés là. Et que personne n’entend se désister pour 2017. « C’est à nous qui avons porté ce choix tant d’années d’être à la hauteur pour le rendre victorieux. La campagne des "insoumis" et ma candidature sont là pour cela », écrit Jean-Luc Mélenchon sur Facebook. L’un de ses lieutenants, Eric Coquerel, nous en dit plus.

« Hamon a picoré dans notre programme. Sa victoire valide donc la campagne que l’on mène depuis des mois. Mais Hamon reste encore au milieu du gué. Sur l’Europe, par exemple, il reprend l’attitude sociale-démocrate classique qui entend changer les choses sans dire comment faire, et sans avoir le courage de rompre si on ne trouve pas de solution ».

Avant de trancher définitivement la main tendue : « Cette main tendue est en réalité une demande de ralliement. Quelques phrases prononcées effaceraient le bilan socialiste depuis cinq ans ? J’ai l’impression qu’il a fait dimanche son discours de victoire et son Bourget. On a vu comment ça avait fini… Les Français ne veulent pas d’une synthèse de Valls à Mélenchon, mais d’une vraie rupture. » Et d’ajouter, malicieusement : « Mais s’il se sent tellement proche de nous, il peut toujours nous rejoindre. »

Le grand écart Macron-Mélenchon

Yannick Jadot a, lui, proposé au candidat socialiste « la grande aventure » sur BFMTV. Bon, il y a bien une condition, difficilement tenable pour lui : jeter par dessus bord une partie de Solférino. « Il ne peut pas se remettre avec ceux qui ont gâché le quinquennat… Qu’il offre des garanties sur le fait qu’il ne va pas être l’otage du PS. »

Mathieu Hanotin, directeur de campagne de Hamon, hausse les épaules. « Notre appel au rassemblement s’adresse avant tout aux citoyens. Des candidats uniques de la gauche, à part en 1965, je n’en ai pas connus. La question n’est pas tant celle du nombre de candidats que du périmètre et de la dynamique politiques ». Benoît Hamon va devoir s’exercer au grand écart, pour parler aux électeurs de Mélenchon… et à ceux tentés par Emmanuel Macron.