Primaire à gauche: Manuel Valls tente de préserver le rassemblement, pas ses militants

REPORTAGE A la Maison de l'Amérique latine, l'ancien Premier ministre a reconnu sa défaite...

Thibaut Le Gal

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Manuel Valls le 29 janvier 2017, après la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche
Manuel Valls le 29 janvier 2017, après la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche — Eric FEFERBERG / AFP

Il n’y a pas eu de couperet, pas d’annonce brutale. La défaite de Manuel Valls au second tour de la primaire PS s’est répandue de manière diffuse dans l’esprit de ses soutiens. En début de soirée, les rares militants réunis à la Maison de l’Amérique latine n’ont déjà pas le sourire aux lèvres. Tous savent que rattraper Benoît Hamon, en tête dimanche dernier et soutenu par Arnaud Montebourg, relève de l’exploit. « Il y a eu une hausse de la participation, on ne sait jamais », souffle l’un d’eux.

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Un sondage belge, puis l’AFP, puis les résultats officiels

Dans les couloirs, difficile de trouver davantage d’enthousiasme. Aucun soutien de poids ne sort le museau. Il y a bien Jean-Marie Le Guen, qui passe par là, mais le secrétaire d’Etat refuse, sec, de répondre aux journalistes. Déjà, la soupe à la grimace. Un premier sondage belge sorti d’urnes tombe rapidement. Dans la salle, les militants apprennent au compte-gouttes les premières tendances. Ahmed, 32 ans, les yeux sur son téléphone. « C’est difficile pour un Premier ministre sortant… Il y a un mouvement général en Europe et dans le monde qui jette le bébé avec l’eau du bain. Valls a été pris là-dedans ».

D’autres refusent de réagir : les résultats ne sont pas officiels, il reste un espoir. Sans vraiment trop y croire, au fond. Vers 20h30, drôle de silence. L’AFP annonce une « large victoire » de Benoît Hamon. Puis Thomas Clay, président de la Haute autorité de la primaire, donne les résultats officiels. Les petits groupes se forment près des téléphones pour écouter. 58,65 % pour Hamon, 41,35 % pour Valls. Une claque pour l’ancien Premier ministre. « C’est un score raisonnable après cette campagne difficile. La dynamique était clairement du côté de Benoît Hamon, qui s’est lancé depuis plusieurs mois », tente Thibaud, 23 ans.

« Les germes de la décomposition politique sont bien là », s’inquiète Valls

Voilà justement le candidat qui arrive, sous les applaudissements. « Benoît Hamon l’a emporté nettement, et je tiens chaleureusement à le féliciter », lance-t-il, beau joueur. Il ajoute, ému : « Benoît Hamon est désormais le candidat de notre famille politique et il lui appartient de mener à bien la belle mission du rassemblement ». Après avoir vanté, une fois encore, le bilan du quinquennat, Manuel Valls met en garde : « Je ne vous cache pas mon inquiétude, les germes de la décomposition politique sont bien là ».

L’ancien élu d’Evry sait bien que le PS est sous la menace d’une implosion. L’aile réformatrice du parti pourrait être tentée par Emmanuel Macron. Manuel Valls, lui, annonce prendre le « recul nécessaire ». Mais ses militants ? « En l’état actuel des choses, et vu son programme, je ne peux pas soutenir Benoît Hamon. Son projet économique avec son revenu universel, c’est de la démagogie », s’agace Pierre, 18 ans. Ahmed va plus loin. « Hamon ne sera jamais mon candidat. Il est sur une ligne dangereuse pour la République en ce qui concerne la laïcité. Ce soir, je suis orphelin ». Le nom de Macron n’est, ce soir, évoqué que du bout des lèvres. La question peut attendre demain.