PenelopeGate: «La communication de François Fillon est totalement carbonisée»

PRESIDENTIELLE Après les révélations du «Canard enchaîné» sur l’emploi d’assistante parlementaire de son épouse, François Fillon aura beaucoup de mal à défendre la baisse des dépenses publiques…

O. P.-V.

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Penelope et François Fillon, le 19 mai 2007.
Penelope et François Fillon, le 19 mai 2007. — WITT/SIPA

Quel candidat a écrit dans son programme de campagne que « nous assistons à une dérive de la dépense publique, qui non seulement n’a réglé aucun de nos problèmes mais bien au contraire a eu pour effet de les aggraver » ?

Bingo, François Fillon, représentant des Républicains lors du prochain scrutin présidentiel, empêtré depuis mardi soir dans un possible scandale de détournement de fonds publics, révélé par Le Canard enchaîné : son épouse Penelope a été rémunérée près de 500.000 euros brut entre 1997 et 2012 en tant qu’assistante parlementaire. Or, personne n’a vu à l’Assemblée nationale ( sauf Benoit Apparu et Thierry Solère, porte-paroles de Fillon) celle qui affirmait depuis toujours ne pas participer à la vie professionnelle de son conjoint.

Emploi fictif ou pas, la justice décidera, mais l’affaire est déjà un boulet politique pour François Fillon : comment justifier une baisse massive des dépenses publiques, comme le préconise le candidat LR, quand on rémunère avec l’argent de l’Etat son épouse 4.600 euros par mois (7.900 quand elle était collaboratrice de son suppléant Marc Joulaud) pour « corriger [ses] discours », comme il l’a dit sur TF1 ?

« Il est doublement touché de plein fouet, explique le politologue du Cevipof Bruno Cautrès. Le cœur de son projet consiste à serrer les dépenses publiques, et la posture choisie pendant la primaire était celle de la rigueur et de l’exemplarité face à Sarkozy, qu’il a cloué au pilori auprès de l’électorat de droite. »

« Cette affaire fait s’écrouler le mur porteur de sa candidature »

La fameuse phrase sur le général de Gaulle qu’on n’imaginerait pas mis en examen, adressé à l’ancien président par son ancien Premier ministre, est ressortie de toute part depuis mardi ( même Manuel Valls en rigole). De même que ces propositions en matière de réduction des frais de l’Etat, dont il s’était fait « le champion », selon Le Figaro :

  • Relever l’âge légal de la retraite à 65 ans ;
  • Réduire de 500.000 le nombre de fonctionnaires par le non-remplacement de départs à la retraite et la hausse du temps de travail de 35 à 39h ;
  • Le rétablissement d’un jour de carence dans la fonction publique ;
  • Réduction de la part des dépenses publiques de 57 % du PIB à 50 % ;
  • 90 milliards d’économies, 20 pour les collectivités locales, 30 pour l’Etat et 40 pour la Sécurité sociale.

« C’est la fin du discours de lutte contre l’Etat qui gaspille. Un vrai vertueux aurait dit : moi je n’embauche pas un membre de ma famille, même si c’est légal. Toute sa rhétorique est désormais en porte-à-faux, la communication sur son programme est totalement carbonisée. Ce que sa compagne a touché représente 250 mois de salaire d’une aide-soignante en fin de carrière. Cette affaire fait s’écrouler le mur porteur de sa candidature, il va être difficile pour lui de trouver d’autres cartouches », ajoute Bruno Cautrès.

Son parti pourrait-il être tenté de trouver carrément un autre candidat ? Contactés par 20 Minutes, les porte-paroles de François Fillon font l’autruche depuis les premières tentatives alambiquées d’extinction de la polémique.

Mais Alain Juppé a exclu « clairement et définitivement » la possibilité d’être ce recours, et la solution Nicolas Sarkozy semble tout aussi improbable, explique le politologue de Sciences Po : « Il refuserait si on lui proposait. C’est trop court maintenant, il ne reste que trois mois de campagne, les Républicains se présenteront avec François Fillon candidat. C’est le Titanic qui doit éviter de taper trop fort dans l’iceberg. » D’autant que Fillon a conditionné un retrait de sa candidature à une possible mise en examen, peu probable d’ici l’élection présidentielle, comme nous vous l’expliquons ici.