Primaire à gauche: Pourquoi ils vont voter Valls

VOUS TÉMOIGNEZ. Décrié par une partie de la gauche, Manuel Valls séduit pourtant encore chez les socialistes. Nos internautes qui voteront pour lui dimanche prochain expliquent...

Tristan Lescot

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Manuel Valls en campagne pour la primaire à gauche
Manuel Valls en campagne pour la primaire à gauche — MATHIEU PATTIER/SIPA

Projet de déchéance de nationalité pour les binationaux, loi Travail, état d’urgence depuis les attentats du 13 novembre 2015, accents libéraux… Le bilan de Manuel Valls, Premier ministre aura créé des remous au Parti Socialiste. En conflit avec une partie de sa majorité n’appréciant pas les tenants libéraux et sécuritaires de sa politique, Valls aura d’ailleurs théorisé le concept des « deux gauches irréconciliables ». Suite au renoncement de Hollande à la présidentielle, il s’est lancé dans une campagne éclair à la primaire à gauche. Souhaitant d’abord provoquer le consensus pour rassembler son camp (au prix de revirements spectaculaires comme sur le 49.3), il est revenu à une dialectique plus agressive pendant cet entre-deux tours suite à son score relativement décevant dimanche dernier.

Chahuté pendant ses meetings, enfariné lors d’un déplacement à Strasbourg, le summum fut atteint quand un jeune proche de l'extrême droite l’a giflé en Bretagne.Personnage clivant et souvent décrié, Manuel Valls a tout de même réuni plus de 30 % sur son nom. Nos internautes qui le soutiennent, s’expliquent sur leur choix.

« Une alternative réelle de battre le programme Zola de Fillon »

Jérôme, la quarantaine et cadre, se positionne au centre-gauche, le projet de Valls le séduit par son sérieux et son réalisme : « laïcité stricte, générosité pour les jeunes, réalisme budgétaire, autorité, plan d’investissement européen, fiscalité maîtrisée sur la classe moyenne supérieure, socialisme du travail. » À son sens, il représente « une alternative réelle et potentiellement victorieuse de battre le programme Zola de Fillon ». Et ne lui parlez surtout pas de Mélenchon car il met « les deux fascismes de droite et de gauche » dans le même sac.

Manuel Valls insiste beaucoup sur sa stature d’homme d’État et sur le besoin de se retrouver avec un homme fort sur la scène internationale. C’est un argument qui fait mouche. Axou l'affirme sans complexe : « Cet homme a les épaules et le courage face à des hommes comme Trump ou Poutine ». Même analyse pour Aurélien. Il a apprécié les mots très durs de l’ex-Premier Ministre contre Trump : « Il a parlé de la menace Trump, de l’unification de l’Europe contre cette grande menace (..) Il a entièrement raison ».

Le successeur naturel de Hollande

D’autres le considèrent comme le successeur « naturel » de Hollande et lui sont reconnaissants de défendre le bilan du quinquennat. C’est le cas de Syl Vie dont la famille est de gauche depuis « 30/50 ans ». De Rosine qui pense que si quelques erreurs ont été commises pendant ce mandat, Valls, par son expérience, ne les reproduira pas et sauvera « les droits acquis pour les classes ouvrières ». Syl Vie et Rosine ne peuvent s’empêcher de le comparer avec Hamon, favori au scrutin de dimanche prochain. « Projet utopique » pour Syl Vie et pas crédible pour Rosine.

Sujet sur lequel Valls et ses soutiens tapent fort sur Hamon: la laïcité. La campagne âpre sur ce thème a laissé des traces. Sa supposée proximité avec une frange « islamo-gauchiste » de l’électorat selon le député PS Malek Boutih a fini par s'imprimer dans la tête de certains votants. Olindina est directe : « Valls est le seul qui défende la laïcité et qui voit le danger. Hamon est dans le déni du danger de l’islam ».

« Le plus objectif, et le meilleur guerrier face à la droite »

Le pragmatisme reste l’atout majeur chez le « candidat de l’autorité ». La seule chance pour la gauche, comme il le proclame lui-même, de battre la droite et l’extrême droite à la présidentielle ? Stephan veut le croire : « le plus objectif, et le meilleur guerrier face à la droite », Enrique aussi : « Je voterai Valls car je n’ai pas envie d’avoir Fillon et surtout Le Pen au 2e tour de la présidentielle ».

Pourtant, on n’efface pas aussi facilement 5 ans de dissensions et de brouille au sein de la gauche socialiste. Si JL votera pour lui dimanche prochain, il ne croit pas en sa victoire et en tire une conclusion définitive : « ce sera la dernière fois que je voterai socialiste vu que Valls ne sera pas élu… » Le rassemblement, ce n’est pas pour maintenant.