Primaire à gauche: A Montreuil, Hamon prépare (déjà) le rassemblement pour la présidentielle

REPORTAGE A trois jours du second tour de la primaire organisée par la Belle alliance populaire, Benoît Hamon était en meeting à Montreuil ce jeudi, en Seine-Saint-Denis...

Laure Cometti

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Benoît Hamon en meeting à Montreuil le 26 janvier 2017.
Benoît Hamon en meeting à Montreuil le 26 janvier 2017. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

« Seul on va peut-être plus vite, mais ensemble on va plus loin ». Benoît Hamon visait en effet plus loin que le second tour de la primaire de la Belle alliance populaire lors de son meeting à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, ce jeudi. Dans cette circonscription, il a obtenu 54 % des suffrages au second tour, contre 18 % pour  Manuel Valls, l’homme à battre au second tour dimanche. Le décor était idéal pour préparer le rassemblement en vue de la présidentielle, avec l’appui d’élus socialistes, de soutiens d’Arnaud Montebourg et d’élus écologistes présents à ce meeting.

Petites retrouvailles entre amis

A trois jours du second tour, l’objectif du favori est déjà de préparer le rassemblement alors que l’entre-deux-tours a accentué les divergences entre Benoît Hamon et Manuel Valls. Rien n’a été laissé au hasard. Au premier rang, aux côtés des proches de Benoît Hamon, le lieutenant d’Arnaud Montebourg François Kalfon, côtoie Gérard Filoche, recalé de la primaire et qui a rejoint la campagne de l’ancien ministre du redressement productif, Marie-Noëlle Lienemann, et l’élu Europe-Ecologie-Les-Verts Mounir Satouri. Plusieurs ex-peillonistes revendiqués sont aussi venus soutenir le député des Yvelines, comme Thomas Ong, secrétaire générale de la section PS de Bondy.

Dommage pour le message d’union, le nom d’Arnaud Montebourg est légèrement hué au début du meeting. Un moment vite oublié dès l’arrivée de Benoît Hamon, qui a salué avec insistance le troisième homme de cette primaire et réitéré son appel du pied à Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, mais pas à Emmanuel Macron. Le risque de ralliement des électeurs socialistes pro-Valls au candidat d’En Marche est pourtant réel. « On survivrait sans eux », veut croire Thomas Ong. Mais ce soir, c’est la possibilité d’un rassemblement après le second tour qui est mise en avant.

Montrer les muscles

Le décor a été soigné. Deux rangées de jeunes ont été soigneusement installées de part et d’autre du pupitre. Côté soutiens médiatiques, le camp Hamon peut compter sur celui de Paul Magnette (via une vidéo), le chef du gouvernement wallon devenu l’égérie du mouvement anti-CETA, et de la comédienne et réalisatrice Valérie Donzelli qui monte sur scène avant l’arrivée du candidat.

Côté chiffres, les organisateurs revendiquent 3.500 personnes parmi le public, et bien que quelques-unes des 3.000 chaises soient vides, la salle du palais des Congrès Paris-Est est bien remplie et chauffée à blanc lorsque Benoît Hamon arrive enfin, vers 21h30. C’est largement plus que les 500 participants du meeting que Manuel Valls organise simultanément à Alfortville.

>> Lire notre reportage : Manuel Valls combatif mais encore une fois chahuté en meeting

Hamon, la confiance tranquille

C’est un candidat détendu, souriant, sans lunettes (« j’ai réussi à perdre deux paires en 24 heures »), et donc sans discours, en « improvisation », qui a assuré le show pendant une bonne heure. A un militant qui lui crie « Je t’aime », il réplique du tac au tac : « Moi aussi ».

Retardé par son passage au JT de 20 heures, il commence par présenter ses excuses, et ne se prive pas de préciser qu’il partageait l’affiche du journal avec « un invité surprise…. François Fillon », en souriant. Une affiche qu’il souhaiterait être celle du second tour de la présidentielle ?

Benoît Hamon enchaîne rapidement sur les accusations de complaisance avec l’islam radical qui ont marqué cet entre-deux-tours. Pour le candidat, elles viennent de la droite et de l’extrême droite. « Ils m’ont rebaptisé d’un très joli prénom, Bilal. Je suis fier qu’ils m’appellent Bilal et serais fier aussi qu’ils m’appellent, Elie, David », s’enflamme le candidat devant une salle déchaînée qui scande « Bilal, Bilal, Bilal ! »

Valls, « un candidat qui clive la gauche »

Après quelques minutes consacrées à évoquer son projet social, son engagement pour l’environnement et le fameux revenu universel, Benoît Hamon décoche ses premiers coups à Manuel Valls. « Je trouve frappant de voir combien les solutions qu’il propose sont attachées à un monde ancien, un ordre ancien », affirme celui qui veut construire « un futur désirable » et se défend de proposer « des utopies ». Et d’enfoncer le clou, moquant ceux qui croient que son adversaire a de meilleures chances que lui de l’emporter à la présidentielle : « comme si la ligne (politique) qui nous a fait perdre toutes les élections intermédiaires depuis 2012 pouvait nous faire gagner ».

Son discours s’achève en une apothéose. « Dimanche, le choix est simple, entre un candidat qui peut rassembler gauche, et un qui la clive, entre un candidat qui peut discuter avec le reste de la gauche et un candidat qui ne peut pas », crie Benoît Hamon, avant de s’offrir un dernier bain de foule et de quitter la salle sous les vivats. Démonstration de force réussie.