Primaire à gauche: «Si la Commission européenne n'est pas d'accord avec mon programme, ce sera "merci, au revoir"», affirme Benoît Hamon

INTERVIEW A trois jours du second tour de la primaire à droite, Benoît Hamon se confie à « 20 Minutes » sur la fin de la campagne mais aussi sur son programme présidentiel…

A.-L.Béraud et O. Philippe-Viela, vidéo M. Deloffre

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Le candidat à la primaire PS Benoît Hamon, le 15 décembre 2016 à son QG dans la tour Montparnasse à Paris
Le candidat à la primaire PS Benoît Hamon, le 15 décembre 2016 à son QG dans la tour Montparnasse à Paris — JOEL SAGET / AFP

Dernière ligne droite pour Benoît Hamon. A trois jours du dénouement de la primaire PS, le vainqueur du premier tour a reçu 20 Minutes ce jeudi pour évoquer cet âpre entre-deux tours, les attaques sur la laïcité, la République ou encore l’Union européenne. Sans oublier son concurrent, l’ancien Premier ministre Manuel Valls

Comment réagissez-vous aux accusations d’emploi fictif visant Pénélope Fillon ?

La conséquence à en tirer, c’est qu’il faut empêcher que l’on recrute un membre de sa famille. Il faut une frontière étanche entre un député et ses employés.

Pendant cet entre-deux tours, vous attendiez-vous aux attaques sur la laïcité du camp Valls ?

Je m’attendais à une offensive qui n’est pas illégitime sur le revenu universel, ou encore sur la laïcité car nous avons deux conceptions distinctes. Mais il y a eu des propos blessants. Je pense que ledébat d’hier [mercredi] a permis de rectifier la portée des propos des lieutenants de Manuel Valls. Si on avait dû s’arrêter à certains discours, on aurait basculé dans une campagne nauséabonde.

Le député PS Malek Boutih, soutien de Manuel Valls, dit à 20 Minutes que vous seriez « en résonance avec une frange islamo-gauchiste ». Qu’en est-il ?

C’est une volonté de faire mal, d’insulter. Il fait partie de ceux qui aujourd’hui ont une conception de la laïcité que je trouve fausse. Pour moi, la laïcité n’est pas un dogme, ce n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion. C’est l’art du vivre ensemble. On doit être implacable dans la lutte contre l’islam radical. Mais aussi accepter qu’au nom de la laïcité, une femme, quand elle décide librement de se voiler, soit protégée par la loi de [séparation entre l’Etat et l’Eglise de] 1905.

Député des Yvelines, élu de Trappes, vos détracteurs vous accusent d’accommodements avec l’islam radical…

Lesquels ? Il n’y en a pas. Ces accusations sont du poison pour mobiliser contre moi, car je serais ambigu. Il y a eu une maladresse à propos des cafés de Sevran quand j’ai dit que le sexisme n’est pas né avec l’arrivée des musulmans en France, car il y avait déjà des cafés exclusivement masculins. Cela a été pris comme une relativisation de ce que je condamne. Or je suis le seul à avoir proposé un corps de contrôle des discriminations, une sorte de police des discriminations comme il existe une police de la répression des fraudes. Mais quand vous voulez faire un procès d’intention à quelqu’un, vous n’avez pas besoin de preuves.

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Dans votre discours à Saint-Denis le 28 août 2016, vous évoquez des « accommodements raisonnables » avec l’islam en France sur le modèle canadien. De quoi parlez-vous ?

Dans les sorties scolaires, durant lesquelles les parents sont des auxiliaires de service public, il peut y avoir des mamans voilées. Voilà un accommodement qui pour certains apparaît comme une remise en cause de la laïcité, alors qu’en fait c’est la preuve d’une République capable d’assurer un service public d’éducation. Ce qui n’est pas acceptable, c’est qu’un patient à hôpital exige un interne masculin. Ces accommodements raisonnables, nous les pratiquons déjà. La loi de 1905 dit que rien ne m’empêche de croire du moment que je ne trouble pas l’ordre public. Rien ne m’empêche de ne pas croire. C’est l’art du vivre ensemble que la loi de 1905 permet, protège, et garantit.

Ces « accommodements » devraient-ils faire l’objet d’une loi ?

Je ne veux rien ajouter à la loi. On a tout. C’est incroyable : sous la pression des anciens adversaires de la loi de 1905, l’extrême droite, certains veulent la tordre pour en faire un glaive contre l’islam.

Sur quoi vous basez-vous quand vous dites que le « revenu universel est majoritaire dans l’opinion » ?

La vraie question est celle-là : est-ce que l’on est d’accord ou pas sur l’évolution du travail ? J’affirme qu’il y aura un impact puissant de la révolution numérique sur l’emploi. Aux responsables politiques de penser les protections : sont-elles suffisantes vis-à-vis de la maladie, du non-emploi, du travailleur non-salarié ? Non. C’est pourquoi je pense ces protections à travers le revenu universel et le partage du travail. Et même si mon pronostic venait à être infirmé et qu’il n’y avait pas de raréfaction du travail, le travail sera quand même transformé. A cause de l’automatisation, un emploi sur deux va changer et le métier ne sera plus le même. Donc oui, je veux penser la protection sociale de demain, et le revenu universel en sera le pilier.

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Que dites-vous à la Commission européenne qui est en contradiction avec votre programme sur l’emploi ?

L’Europe n’a aucune compétence sur les questions sociales. Elle se mêle de ce qui ne la regarde pas. Les recommandations de la Commission européenne en matière du droit du travail, c’est classement vertical [Il fait le geste de jeter un dossier à la poubelle]. Je n’ai absolument pas besoin qu’un technocrate bruxellois vienne m’expliquer comment on rénove le marché du travail. Je pense qu’il a été très mal réformé quand on a fait la loi El Khomri en fonction de ce que demandait Bruxelles. Après mon élection présidentielle, la Commission européenne, ce sera "merci, au revoir".

Si vous êtes vainqueur de la primaire PS, votre programme présidentiel sera-t-il à 100 % le même qu’aujourd’hui ?

Le cap sera intégralement maintenu. Mais je vais enrichir, améliorer ce qui peut l’être, comme j’ai pu le faire pendant cette campagne à propos du 49-3 citoyen. J’y ai ajouté des critères de représentativité du territoire et un seuil participation au référendum pour qu’il soit valable. Je ne suis pas dogmatique.

Comment rassembler la gauche quand des soutiens de François Hollande pensent à rallier Emmanuel Macron en cas de défaite de Manuel Valls ?

Je ne crois pas au scénario selon lequel les amis de François Hollande basculent chez Emmanuel Macron. Il me faudra faire des efforts quand il me reviendra de représenter toute cette famille. Nous nous connaissons bien avec Manuel Valls. Il prendra la place qu’il jugera être la bonne. Je ne lui demanderai pas d’aller défendre le contraire de ce qu’il pense. Ce serait ridicule d’en faire le porte-parole d’un revenu universel auquel il ne croit pas.

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Comment penser un « dialogue possible » avec Mélenchon et Macron quand tous les deux veulent la mort du PS ?

Emmanuel Macron, c’est le centre, pas la gauche. Avec Jean-Luc Mélenchon, je dis que le dialogue est possible, même si je le perçois difficile car il a envie d’aller jusqu’au bout. Se posera la question de savoir qui est le plus à même de rassembler la gauche. C’est une discussion que je souhaite avoir avec lui.

Comment votre programme marqué à gauche peut-il parler à l’ensemble d’une société française marquée par des peurs du terrorisme, de la crise migratoire, du déclassement ?

L’air du temps, c’est le destin des feuilles mortes. Vous auriez parié que l’on parle aux déjeuners du dimanche du revenu universel ? On ne parlait que d’identité et de burkini… On a réussi à imposer la question sociale dans le débat et je vais continuer. Je respecte l’intelligence de mes compatriotes et je ne parle pas aux peurs, je ne fais pas commerce électoral des angoisses. J’en tiens compte, je ne les méprise pas mais j’essaie de proposer un chemin qui mobilise des énergies positives et solidaires. Les énergies négatives, vous les trouvez du côté de François Fillon et de Marine Le Pen. Eux disent : "ça va être le chaos, c’était mieux avant". Moi je dis "cela peut être mieux demain", et c’est pourquoi je parle de "futur désirable".