Primaire à gauche: Valls tire à vue contre Hamon, fracture ouverte au PS

DISSENSION Les deux candidats ont singulièrement haussé le ton, aggravant la fracture ouverte au PS entre l’aile gauche, incarnée par Benoît Hamon, et l’aile droite de Manuel Valls...

20 Minutes avec AFP

— 

Benoît Hamon et Manuel Valls.
Benoît Hamon et Manuel Valls. — JOEL SAGET / AFP

A la veille du débat télévisé de l’entre-deux-tours, la tension est encore montée d’un cran ce mardi entre les finalistes de la primaire élargie du PS, Manuel Valls lâchant ses coups contre Benoît Hamon, notamment sur la question de la laïcité.

Alors que l’incertitude autour du chiffre exact de participation au premier tour – toujours pas publié mardi soir — continue d’alimenter les soupçons, les deux candidats ont singulièrement haussé le ton, aggravant la fracture ouverte au PS entre l’aile gauche, incarnée par Benoît Hamon, et l’aile droite de Manuel Valls.

De nouvelles flèches

Crédité de 31,22 % dimanche et en ballottage défavorable face à Benoît Hamon (35,86 %), l’ex-Premier ministre s’est montré extrêmement offensif avant un duel télévisé qui s’annonce crispé. Lundi soir sur TF1, Manuel Valls a d’abord décoché de nouvelles flèches contre le revenu universel proposé par son adversaire, qui signifierait « la ruine de notre budget ».

Mais Manuel Valls compte surtout emmener son ancien ministre de l’Éducation sur le terrain de la laïcité, une thématique sur laquelle il juge Benoît Hamon « ambigu ». « Je défendrai aussi une vision de la laïcité que je veux incarner, la lutte contre le communautarisme », a ainsi assuré lundi Manuel Valls, insistant encore mardi matin sur les « risques d’accommodements » du député des Yvelines en la matière.

>> A lire aussi : Pour Malek Boutih, «Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste»

« Il ne peut pas y avoir le moindre compromis avec les communautarismes », a affirmé Manuel Valls sur franceinfo, avant d’embrayer sur un déplacement à la Maison des femmes de Saint-Denis.

L’ancien Premier ministre fait allusion à la polémique qu’avait déclenchée Benoît Hamon mi-décembre. Invité à commenter un reportage montrant l’absence de mixité dans certains cafés de banlieues, notamment à Sevran (Seine-Saint-Denis), l’élu de Trappes avait souligné qu'« historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes », paraissant ainsi relativiser le problème.

« Aucune tradition culturelle dans la République française ne peut admettre qu’on interdise à des femmes un lieu ou un espace public », a insisté Manuel Valls depuis Saint-Denis.

La riposte d’Hamon

Ces critiques ont déclenché l’ire de Benoît Hamon et ses soutiens. « On me fait le procès de quoi ? D’être élu de banlieue, d’être confronté à la réalité de ce communautarisme que je combats, autrement que par des mots », a-t-il dénoncé.

« Ce n’est pas moi qui ai une version dévoyée de la laïcité », a-t-il lancé à son adversaire. « C’est le Conseil d’État qui lui a rappelé ce qu’était la loi sur le burkini quand il s’est porté au secours des maires interdisant le burkini. »

>> A lire aussi : Comment Benoît Hamon a créé la (fausse) surprise

Alors que l’entourage de Manuel Valls a multiplié les attaques dans la même veine mardi, le directeur de campagne de Benoît Hamon, Mathieu Hanotin, a dénoncé dans une lettre adressée au premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis ce « climat nauséabond ».

« Je te demande donc d’intervenir auprès de la direction de la campagne de Manuel Valls afin que le débat retrouve la sérénité qu’il n’aurait jamais dû quitter », a exhorté Mathieu Hanotin.

« Farce triste »

Cette passe d’armes pose avec de plus en plus d’insistance la question du rassemblement du camp socialiste à l’issue du scrutin. « Moi, j’attends dimanche », a évacué sur franceinfo Manuel Valls comme on lui demandait s’il soutiendrait ou non Benoît Hamon si celui-ci remportait la primaire.

Ces dissensions donnent en tout cas du grain à moudre à la droite. « Cette primaire socialiste tourne à la farce, mais la farce triste », s’est ainsi délecté sur RTL Bruno Le Maire, conseiller pour l’international de François Fillon, en référence aussi à l’imbroglio sur la participation qui jette un voile de discrédit sur le scrutin.

« Qu’est-ce que c’est que cette polémique ? Il y a un candidat qui a contesté un bureau de vote ? Vous avez vu un problème dans un bureau de vote ? » s’est défendu mardi le président du comité d’organisation de la primaire, Christophe Borgel, disant espérer une participation « entre 1,7 million et 2 millions » de votants dimanche.

Malgré ces protestations, sept députés socialistes ont demandé mardi que la presse assiste aux « opérations de recollement et de centralisation des votes » du second tour de la primaire, par souci de « transparence totale ».