Primaire à gauche: Recomposition du PS, participation, Macron, Mélenchon... Les enjeux du duel Hamon-Valls

PRÉSIDENTIELLE Benoit Hamon et Manuel Valls s'affronteront au second tour de la primaire organisée par la Belle alliance populaire, le 29 janvier prochain...

L.C.

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Benoît Hamon et Manuel Valls s'affrontent pour le 2e tour de la primaire à gauche.
Benoît Hamon et Manuel Valls s'affrontent pour le 2e tour de la primaire à gauche. — AFP

« Frondeur » contre « légitimiste ». Arrivé en tête au premier tour de laprimaire organisée par la Belle alliance populaire, Benoit Hamon affrontera l’ancien Premier ministre Manuel Valls au second tour dimanche. L’entre-deux tours s’annonce tendu alors que les chiffres de la participation et le résultat du scrutin pèseront sur les chances de la gauche à l’élection présidentielle dans trois mois.

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Qui peut l’emporter au second tour ?

Avec un net avantage au premier tour (avec un score autour de 35 % selon les résultats partiels donnés par la Haute autorité de la primaire ce lundi matin [chiffres à prendre avec précaution*]), et le soutien du troisième homme de cette primaire, Arnaud Montebourg, ainsi que de Martine Aubry, Benoit Hamon est en position de force. Ces « soutiens au symbole fort » devraient lui permettre de « consolider sa dynamique », estime Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof.

A l’inverse, « ce serait une surprise que Manuel Valls inverse le résultat du premier tour. Il est dans un rôle difficile, devant assumer le bilan de François Hollande. » L’ancien Premier ministre, qui peine à endosser le rôle de rassembleur, a désormais « besoin de montrer qu’il a des soutiens, au-delà des ministres qui ont travaillé avec lui et des élus de son aile PS ». S’il peut compter sur le ralliement de Sylvia Pinel, Vincent Peillon, dont la candidature a peut-être coûté quelques points à Manuel Valls, devrait rester silencieux. Dans le camp Hamon, on prédisait dès dimanche soir un sursaut de mobilisation anti-Valls au second tour, avec des dizaines de centaines de milliers d’électeurs supplémentaires.

A quel genre de débat faut-il s’attendre ?

Dès l’annonce des résultats, Manuel Valls a résumé l’enjeu du second tour à un choix entre une « défaite assurée » avec Benoît Hamon et « la victoire possible », entre des « promesses irréalisables » et « la gauche crédible ». Face à ce discours très combatif, le camp Hamon évacue ces attaques. « Comme depuis le début de la campagne, on ne versera pas dans les chicayas, on continuera à expliquer notre projet », affirmait Mathieu Hanotin dimanche soir.

Manuel Valls « va parler chiffres au débat, et questionner l’impact du revenu universel sur les finances publiques », estime Bruno Cautrès. Il pourrait aussi mettre en avant sa stature d’ancien Premier ministre en axant le débat sur la sécurité et la laïcité et continuant de contester la « présidentialité » de son rival.

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Un rassemblement est-il possible dimanche ?

Comme tous les candidats, Benoit Hamon et Manuel Valls se sont engagés à soutenir le vainqueur de cette primaire. Les divergences fortes entre les deux candidats laissent toutefois planer le doute sur l’issue du scrutin.

Les cadres du PS sont-ils prêts à soutenir Benoit Hamon s’il l’emporte ? « Ils seraient dans une situation inconfortable. Comment le PS pourra-t-il se mettre en ordre de bataille derrière lui après avoir prôné depuis des années la restauration des finances publiques en conformité avec les exigences de Bruxelles ? », s’interroge Bruno Cautrès. Comme Ségolène Royal en 2007, Benoit Hamon pourrait-il souffrir d’un manque de soutien de son parti ? « C’est toujours difficile pour un candidat qui incarne une facette différente de la dominante de son parti, mais le PS aura à cœur de présenter un front uni aux électeurs », souligne Bruno Cautrès.

Une victoire de Hamon peut-elle avantager Macron et nuire à Mélenchon ?

« Les deux finalistes ne sont d’accord sur rien, ni l’un ni l’autre ne parviendra à rassembler », a tweeté le député Richard Ferrand, un des plus proches soutiens d’Emmanuel Macron. Dans le camp du candidat d’En Marche, on se frotte les mains après ce premier tour défavorable à Manuel Valls, en espérant voir affluer des électeurs socialistes opposés à la ligne frondeuse.

« Si dans le mois à venir Benoît Hamon reste crédité d’intentions de vote à un chiffre au premier tour de la présidentielle, il pourrait y avoir une hémorragie de voix vers Macron », estime Bruno Cautrès. Or la participation à cette primaire, inférieure à celle de la droite et à celle du PS en 2011, ne produira pas « d’effet catapulte vers la présidentielle ».

Quant à Jean-Luc Mélenchon, « la victoire de Hamon n’est pas le meilleur scénario pour lui, celle peut freiner sa progression dans l’électorat. Une victoire de Valls lui aurait permis de récupérer les voix de l’aile gauche du PS. » Les partisans de la France insoumise pointaient ce lundi les ratés de la primaire et se montraient offensifs à l'égard de Benoît Hamon. Le leader du mouvement a prédit la désertion des électeurs socialistes vers lui-même et Emmanuel Macron.