Primaire à gauche: «J'ai préféré aller au Panthéon me recueillir sur la tombe de Jean Jaurès»

VOUS TEMOIGNEZ. La primaire de la gauche n'a pas soulevé les foules. Nos internautes, électrices ou électeurs de gauche, proches du PS, nous expliquent pourquoi ils ne sont pas allés voter...

Tristan Lescot

— 

Le premier tour de la primaire à gauche le 22 janvier 2017
Le premier tour de la primaire à gauche le 22 janvier 2017 — LODI Franck/SIPA

Les socialistes n’avaient pas besoin de ça. La polémique sur les chiffres de la participation à la primaire de gauche vient enrayer un peu plus un processus bien mal engagé. Si Jean-Christophe Cambadélis estime avoir « réussi cette primaire », on compte en 2017 plus d’un million de votants en moins qu’en 2011. Le quinquennat compliqué de François Hollande, les guerres intestines entre députés légitimistes et frondeurs, la personnalité clivante de Manuel Valls ont épuisé un électorat dont une bonne part attendait autre chose de ce mandat. Nos internautes, pourtant électrices ou électeurs de gauche et même proches du Parti Socialiste nous ont expliqué pourquoi ils n’ont pas participé au scrutin du dimanche 22 janvier.

>> A lire aussi : Primaire de la gauche : Les gros bugs et petites embrouilles de ce premier tour

Parcours du combattant

Pour Pascal, le problème fut purement logistique : « quand on appelle le numéro mis à disposition sur le site des primaires, ils maintiennent que le bureau c’est bien celui-là alors qu’il est fermé… » Nina a connu la même confusion, l’adresse où elle était supposée voter n’était en fait… pas la bonne.

Martine insiste sur les difficultés à se déplacer jusqu’à l’isoloir. Dans son département, les Hauts-de-Seine, il y avait 270 bureaux à disposition pour la primaire à droite. Pour celle de « la Belle Alliance Populaire » ? « Seulement 140 bureaux de vote ouverts ! » Quid alors des personnes n’ayant pas de moyen de locomotion ? Dans certaines zones rurales ou périurbaines, glisser un bulletin dans l’urne s’est transformé en parcours du combattant. Compliqué pour Aurore dont « le bureau de vote était trop éloigné ». Comme d’autres, elle a préféré renoncer.

Un peuple de gauche désorienté

Philippe qui se sent « proche de Valls » ne veut pas de l’autre gauche, celle de Hamon ou Montebourg. Histoire de ne pas perdre ses illusions en même temps que les élections, il s’est déjà rallié à Macron et lance cette sentence définitive : « La gauche ne se réduit pas au socialisme. Dans des tas de pays, il y a des partis libéraux qui sont de gauche, au pouvoir ou dans l’opposition. »

Nico lui, est amer. Il utilise le mot de « trahison ». Lui qui a « toujours voté PS », a refusé de glisser un bulletin dans l’urne dimanche dernier. Il a totalement « perdu confiance dans le parti ». Le coup de grâce ? La loi Travail. Le plus insupportable ? Devoir payer pour voter.

« Jaurès serait vraiment déçu des gens soi-disant de gauche »

Pourtant, si à droite, la participation à la primaire était fixée à 2 euros, elle n’est que d’un seul euro pour ce scrutin-ci. Comme si dans l’imaginaire de gauche, la droite était indéfectiblement liée à l’argent et le camp adverse encore attaché à des valeurs sociales et à une certaine forme de pureté morale.

Mais ce petit euro peut être l’euro de trop. Christophe trouve ça « inadmissible ». Ouvrier de métier, il n’a pas voté à ce premier tour et n’ira pas plus au second (il avait pourtant donné sa voix à Martine Aubry en 2011… aux deux tours). Il trouve le projet de Benoît Hamon « inapplicable et irréalisable » mais étrille encore plus méchamment Manuel Valls qu’il estime coresponsable avec Emmanuel Macron de la dérive libérale de ce quinquennat. L’utilisation à répétition du 49.3 a fini de crucifier le tout.

Alors il a planifié un autre programme pour la journée de dimanche : « J’ai préféré aller au Panthéon me recueillir sur la tombe de Jean Jaurès (créateur du PS) (…) Il serait vraiment déçu des gens soi-disant de gauche ». Photo à l’appui, comme pour revenir aux sources du socialisme…

La tombe de Jean Jaurès au Panthéon
La tombe de Jean Jaurès au Panthéon - Christophe Chiron