VIDEO. Primaire à gauche: Les cinq différences entre Benoît Hamon et Manuel Valls

PRIMAIRE Benoît Hamon et Manuel Valls s’affrontent ce mercredi soir dans un ultime débat avant le second tour de la primaire, dimanche…

Cosme Buxin

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Benoît Hamon, ministre de l'Education, et Manuel Valls, Premier ministre, le 30 mai 2014
Benoît Hamon, ministre de l'Education, et Manuel Valls, Premier ministre, le 30 mai 2014 — Witt / Sipa

« Manuel/Benoît est un homme de gauche, un ami depuis tant d’années, et je soutiens sa candidature à l’élection présidentielle. » L’un des deux finalistes de la primaire de la Belle Alliance populaire, Benoît Hamon ou Manuel Valls, va devoir prononcer cette phrase dimanche soir prochain, après le deuxième tour. Autant dire que l’on peut s’attendre à une soupe à la grimace : car malgré quelques convergences entre les deux candidats (une au moins, ils sont tous les deux encartés au Parti socialiste), leurs programmes semblent s’opposer en tout. Retour sur leurs principaux points de divergence à l’occasion de leur ultime débat ce mercredi.

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Fin du travail contre France du travail

L’ancien Premier ministre de François Hollande se veut ferme : « Je ne crois pas à une fin du travail », a-t-il lancé dimanche soir. Un tacle visant très directement le député des Yvelines Benoît Hamon et son revenu universel. Certes, la campagne s’est concentrée sur cette proposition (en fait pas si différente, au début, du « revenu décent, issu de la fusion des minima sociaux existants » de Manuel Valls), mais les divergences entre les deux candidats sont plus vastes.

Chacun d’eux souhaite rapprocher les régimes sociaux des salariés et des travailleurs indépendants. Mais là où Benoît Hamon propose de renforcer la place des salariés dans l’entreprise et d’abroger la loi Travail, Manuel Valls veut continuer l’action de cette dernière et « renforcer la place des accords de branche et d’entreprise ». Au « droit inconditionnel au temps partiel » (c’est-à-dire qu’on ne baisse pas la durée légale du travail, mais qu’on encourage les entreprises à embaucher en temps partiel) du premier, le second répond par le « droit à la création d’entreprise, avec un accompagnement dédié et un prêt de l’Etat à taux zéro ». Au passage, le député des Yvelines n’oublie pas l’économie sociale et solidaire (son portefeuille lors des deux gouvernements de Jean-Marc Ayrault), et veut la soutenir « pour qu’elle atteigne 20 % du PIB en 2025, contre 10 % aujourd’hui ».

En bref : Valls reste droit dans ses bottes de Premier ministre, Hamon reste sur sa gauche.

Sixième République contre renaissance démocratique

La proposition de Manuel Valls de supprimer le 49.3 (puis de le « limiter aux lois budgétaires »), qu’il a utilisé six fois comme Premier ministre, a concentré la campagne sur cet alinéa contesté, masquant le reste des programmes des candidats. Pour Benoît Hamon, la messe est dite, il faut aller vers une Sixième République. Il propose, entre autres, un septennat unique pour le président de la République (dont le rôle serait « nouveau », comprendre « réduit »), un renforcement du Parlement et, surtout, une participation accrue des citoyens, en particuliers avec l’entrée d’un collège citoyen au Sénat.

Manuel Valls prône, lui, un statu quo réformiste, grâce à la réduction du nombre de parlementaires (mais avec « plus de moyens pour mieux exercer leurs fonctions essentielles de contrôle de l’exécutif et d’évaluation de la loi ») et de limitation des mandats successifs et de leur cumul. L’ex-Premier ministre accepte de « permettre au public de consulter les projets de loi avant transmission officielle au Parlement (hors volet budgétaire des textes financiers et textes soumis à une urgence extrême) », tandis que le député des Yvelines propose un « 49-3 citoyen », capable d'« imposer au Parlement d’examiner une proposition de loi proposée par les citoyens » ou de « suspendre l’application » d’une autre.

En bref : La rupture, c’est Hamon. La continuité, c’est Valls.

Police de proximité et menace terroriste

Sur la sécurité, les deux candidats sont d’accord sur plein de thèmes : 1 000 policiers et gendarmes supplémentaires par an, hausse du budget pour la sécurité intérieure et la défense… Mais Benoît Hamon va plus loin : « Je rétablirai une véritable police de proximité pour renouer la confiance avec la population », annonce-t-il dans son programme, à côté des promesses de mettre en place le récépissé lors des contrôles d’identité et de légaliser le cannabis.

Manuel Valls riposte avec 10 000 places de prison supplémentaires, la création de 1 000 postes de magistrats et 1 500 de greffiers en cinq ans, et une promesse floue de « réformer l’organisation de la justice pour rendre un meilleur service à tous les Français, où qu’ils se trouvent ».

Contre les menaces d’attentats, Hamon souhaite mieux coordonner les services de renseignement, tandis que Valls promet d'« agir sans relâche contre l’islamisme radical, (…) [de] continuer à expulser les prêcheurs de haine, à dissoudre les associations extrémistes (…), comme nous le faisons au travers des différents plans que le gouvernement a engagés depuis 2014. »

En bref : Hamon mise sur un rapprochement police/population, Valls sur un renforcement de la réponse pénale.

Laïcité (passe-) partout, laïcité nulle part

Manuel Valls ne transige pas avec la laïcité : « Face à la montée des communautarismes, des revendications intégristes, des actes antisémites, anti-musulmans et antichrétiens, face aux poisons des discriminations, du racisme, du sexisme et de l’homophobie », il propose d'« adosser une charte de la laïcité à la Constitution ». Une laïcité qui ne l’empêche pas de proposer d’organiser le culte musulman, en ouvrant « le Conseil français du culte musulman à la diversité de l’islam et aux nouvelles générations », mais aussi de « libérer le financement de l’islam de France des influences étrangères ». « Aucune femme ne peut être exclue d’un espace public », rajoutait-il encore dimanche soir. Rien de tout cela dans le programme de Benoît Hamon. De l’égalité homme/femme, oui, de la lutte contre les discriminations, oui, mais rien sur la laïcité, ou le voile, ou l’islam.

En bref : Valls met le paquet sur la laïcité, son refuge pour incarner la tradition de gauche.

Alternative à gauche contre gauche crédible

Bon, sur la PMA, au moins, on est (presque) d’accord. Sur les autres thèmes portés ces vingt dernières années par la gauche, le programme de Benoît Hamon ressort nettement : légalisation du cannabis, reconnaissance de la Palestine, augmentation du nombre de centres d’accueil du Planning familial, autorisation de l’euthanasie, interdiction des pesticides et des perturbateurs endocriniens, sortie du diesel et 50 % d’énergies renouvelables dès 2025. De son côté, Manuel Valls se retrouve un peu tout nu dans la veine progressiste, mais en adéquation avec son souci d’une « gauche crédible ». Tout juste propose-t-il de « généraliser la méthode du testing » pour lutter contre la discrimination dans les entreprises, tandis que son programme écologique en reste aux déclarations floues. Plus étonnamment, Benoît Hamon assure que « plus que jamais, il nous faut pérenniser notre dissuasion nucléaire afin de garantir notre souveraineté, notre autonomie de décision et notre liberté d’action ».

En bref : Hamon reprend toutes les promesses de la gauche. Valls se jure de ne plus faire de promesse intenable.