Primaire à gauche: Comment Benoît Hamon a créé la (fausse) surprise

POLITIQUE L'ancien ministre de l'Education nationale est arrivé dimanche en tête au premier tour...

T.L.G.

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Benoît Hamon fête sa première place le 22 janvier
Benoît Hamon fête sa première place le 22 janvier — bertrand GUAY / AFP

Il est arrivé premier dimanche soir, mais ce n’était plus vraiment une surprise. Benoît Hamon a devancé Manuel Valls de plus de 5 points (36,35 % contre 31,11 %) lors du premier tour de la primaire organisée par le PS dimanche soir. Il y a quelques mois pourtant, peu de monde imaginait le député des Yvelines virer en tête au soir du 22 janvier. Comment « petit Benoît » a-t-il réussi ce pari ? Son équipe fait le point.

Comme Fillon, il a d’abord parlé à son camp

Dans son équipe, ça fait plusieurs semaines qu’on diffuse l’idée que Benoît Hamon sera le « Fillon de la primaire de gauche ». Le candidat a compris, comme l’ancien Premier ministre, que pour remporter une primaire, il faut d’abord s’adresser à son camp. Et propose des mesures clairement marquées à gauche : réduction du temps de travail, légalisation du cannabis, visa humanitaire pour les réfugiés, 49-3 citoyen, etc.

« La primaire est une rencontre entre un homme et des aspirations d’électeurs de gauche (ou de droite). Benoît a réussi à capter ses intentions par un travail approfondi », confirme Régis Juanico, son porte-parole. « Face à ce que représente Fillon, une droite totale, il fallait une gauche claire, qui s’assume également ». Mathieu Hanotin, son directeur de campagne, ajoute : « On a gagné notre pari, que l’élection se jouerait sur les jeunes urbains et avec des idées de gauche, comme pour Corbyn ou Sanders [qui ont tous les deux perdus] ».

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Des débats réussis

Comme François Fillon, Benoît Hamon a également réussi ses passages télévisés. « Il avait un déficit de notoriété. Mais les gens l’ont découvert. Ils ont vu que c’était un candidat qui bossait ses dossiers. L’émission de France 2 le 8 décembre, par exemple, a fait décoller notre campagne », assure Régis Juanico.

Il a su incarner la fronde (mieux que Montebourg)

Arnaud Montebourg et Benoît Hamon
Arnaud Montebourg et Benoît Hamon - bertrand GUAY / AFP

Les électeurs avaient pourtant un autre choix pour incarner la fronde au second tour de la primaire. « Si Arnaud Montebourg n’a pas progressé par rapport à 2011, c’est peut-être parce qu’il a reproduit sa dernière campagne, avec les mêmes thèmes de patriotisme économique et de made in France », précise Régis Juanico. « A l’inverse, Benoît Hamon a su incarner la nouveauté. Il n’était pas là en 2011 et ses idées sortent des sentiers battus, sont tournées vers l’avenir ». Le candidat s’est également montré moins critique avec le bilan du quinquennat et avec Manuel Valls, qu’ils avaient tous les deux pousser vers Matignon en 2014.

Le revenu universel s’est imposé

Depuis le lancement de la campagne, Benoît Hamon a su imposer ses thématiques. « On ne s’attendait pas au fait que le débat tourne autour de nos idées. Les autres candidats ont, d’une certaine manière, fait la publicité de nos propositions », s’étonne Régis Juanico. Le revenu universel a cristallisé les débats. Chaque candidat a dû se prononcer (pour ou contre ?) sur la mesure. « Je pense qu’on est entré en résonance avec les préoccupations de beaucoup de Français, sur le revenu universel, qui pose la question du partage du travail, mais aussi sur les questions des pesticides, des perturbateurs endocriniens, ou le burn-out qui n’étaient pas dans les débats auparavant ».