Primaire à gauche: Manuel Valls, une qualification au goût amer

REPORTAGE Chez les soutiens de Manuel Valls ce dimanche soir, ce n'était pas vraiment l'euphorie...

Thibaut Le Gal
— 
Manuel Valls le 22 décembre
Manuel Valls le 22 décembre — Eric FEFERBERG / AFP

Il y a des soirées électorales comme ça, où la qualification pour le second tour possède un goût amer. Les proches de Manuel Valls se réunissaient dimanche à la Maison de l’Amérique latine et espéraient fêter la victoire de leur champion au premier tour de la primaire à gauche.

>> A lire aussi : Manuel Valls qualifié mais en difficulté à l'issue du premier tour

Mais dès notre arrivée, les auspices ne semblent pas favorables : à l’intérieur de l’établissement, le bar est vide et les couloirs sont surtout remplis des journalistes. Rien n’indique une euphorie à venir. « Les militants arriveront plus tard. Ils tiennent encore les bureaux de vote », veut alors croire l’entourage du candidat.

Didier Guillaume, le directeur de campagne de Manuel Valls, vient alors donner les premiers éléments de langage. « L’idée n’était pas de faire de la soirée un événement avec beaucoup de monde. Chacun est chez soi ce soir. » Et d’ajouter, avant même les résultats officiels. « L’important ce soir n’est pas l’ordre d’arrivée mais la qualification pour le second tour. Demain matin, il y aura une nouvelle dynamique. Il faut prendre les étapes les unes après les autres. » Le ton de la soirée est donné.

Un ralliement espéré de Peillon qui ne vient pas

Vers 20h40, les résultats partiels confirment les craintes : Manuel Valls se place en seconde position derrière l’outsider Benoît Hamon. Dans l’assemblée, Elisa est désabusée. « Je suis déçue, je redoutais un peu que Benoît Hamon parvienne à mobiliser tous les gauchistes du PS. Lui et toute sa bande de frondeurs ont fait comme s’ils étaient dans l’opposition pendant plusieurs mois… Ce revenu universel, c’est pourtant stupide… »

>> A lire aussi : «Petit Benoît» Hamon a fait flancher Manuel Valls

Dans la foulée, les soutiens de Manuel Valls prennent deux coups sur la tête. D’abord, le ralliement (attendu) d’Arnaud Montebourg vers Benoît Hamon. Ensuite, l’absence de consigne (espérée) de Vincent Peillon, le quatrième homme. Dimanche prochain s’annonce déjà difficile.

« Rien n’est écrit », assure Valls

Il faut attendre la venue de Manuel Valls au pupitre pour redonner un peu de couleurs aux militants. L’ancien Premier ministre arrive pourtant la mine défaite, et comme surpris par les « Valls président ! » qui l’accompagne. « Pour le second tour, rien n’est écrit », lance-t-il, avant de pilonner son nouvel adversaire. « Un choix très clair se présente désormais à nous, et à vous. Le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, le choix entre des promesses irréalisables et infinançables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays. »

Le candidat avance ses arguments pour le duel à venir. A lui, la « gauche de responsabilité », « l’autorité de l’Etat », la défense de la laïcité. A Hamon, la « gauche spectatrice », bonne qu’à proclamer avec « confort dans l’opposition ».

Elisa reprend un peu de forces, mais déclare agacée… « Jamais je ne voterai pour Benoît Hamon… je préfère encore renier le Parti socialiste et voter Macron, sans état d’âme. » Voilà un homme qui, ce soir, doit avoir le sourire.