Primaire à gauche: Hamon-Montebourg, on vous fait vivre le match des meetings

REPORTAGE DUPLEX Les candidats à la primaire à gauche Arnaud Montebourg et Benoît Hamon ont tous les deux tenu meeting ce mercredi soir à Paris. Retour sur ce match...

Anne-Laëtitia Béraud et Thibaut Le Gal

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Arnaud Montebourg et Benoît Hamon
Arnaud Montebourg et Benoît Hamon — bertrand GUAY / AFP

Ils sont les deux frères ennemis de la primaire à gauche. Arnaud Montebourg et Benoît Hamon se livraient un duel à distance mercredi soir. Les deux hommes souhaitent incarner la gauche du PS à quatre jours du premier tour. Le premier rassemblait ses soutiens au gymnase Jean-Jaurès dans le 19e arrondissement. A quelques kilomètres de là, Benoît Hamon faisait de même à l’institut du Judo dans le 15e arrondissement. 20 Minutes s’est rendu aux deux meetings et vous livre le match des meetings.

Ambiance, la bataille des chiffres

Montebourg : Des drapeaux, français, quelques ballons orange, et des pancartes marinières s’agitent au gymnase Jean-Jaurès en attendant le candidat. Pour faire monter la température, Arnaud Montebourg peut compter sur des chauffeurs de salle de talent. Le comique Guy Bedos et Gérard Filoche, récent soutien, qui harangue la foule et dénonce la loi Travail. Côté chiffre, l’entourage de l’ancien ministre évoque « 2.000 places assises réservées, mais il y a du monde, on va en faire entrer davantage ».

Hamon : A l’Institut du judo, on gonfle les muscles. « Il y a 2.500 places assises entre les chaises et les gradins. Et l’on sera jusqu’à 4.000 si des personnes restent debout. Chez Montebourg, ils tiennent à 2.000 max », glisse-t-on dans l’organisation. Pour l’ambiance, un DJ fait attendre le champion, avant que les soutiens chauffent la salle. Parmi eux, la maire Bondy (Seine-Saint-Denis) Sylvine Thomassin soulève l’enthousiasme en reprenant du Victor Hugo. Quelques dizaines de militants reçoivent des drapeaux colorés et s’en servent frénétiquement quand leur champion lance une punchline.

Une différence de style

Montebourg : Combatif. Le candidat rejoint la scène carrée au centre du gymnase sous les vivats des militants. Au micro, le candidat s’attaque d’emblée au « mur des puissants » « C’est celui-là qu’il va falloir attaquer, pour vaincre la fatalité ». Combatif, bien que gêné par une voix cassée, l’ancien ministre fustige le « renoncement devant les banques » et les « politiques d’austérité ». « Nous sommes restés les bras ballants face aux traités… Or nous avons toujours le pouvoir de dire "non", de reprendre en main notre destin. »

Hamon : Détente. Le candidat soigne son entrée, en descendant les gradins avant de remonter les rangs dans une joyeuse cohue et sous les applaudissements. Benoît Hamon monte à la tribune et débute : « Merci, je ne sais pas quoi vous dire… C’est hyper, et je sais qu’on dit pas hyper, mais c’est hyper impressionnant de vous voir si nombreux. » Et lance la première blague de la soirée, revenant sur l’opposition de l’Institut du Judo à sa venue ce mercredi soir : « Je remercie l’Institut du judo même s’ils étaient gênés. Apparement il y a des judokas de droite mais David Douillet me pardonnera ! » « A Japy, j’ai parlé 2h15, et comme on est ce soir plus nombreux je parlerai plus longtemps ! »

Militants : Pourquoi ils ont choisi leur champion (et pas l’autre) ?

Montebourg : Agnès, 55 ans, sympathisante et militante. « Je pense qu’il peut rassembler la gauche, à l’image de sa tribune dans Le Monde pour défendre la réindustrialisation que j’ai beaucoup aimé, et qui est signée avec Pierre Laurent, (le secrétaire national du PCF), et Eric Coquerel, (proche de Mélenchon). Pour Hamon, c’est encore trop tôt. Il manque de propositions concrètes et doit travailler encore son projet ». Tom, 21 ans, approuve. « Montebourg parle lui à ceux qui travaillent ou veulent travailler. Lui seul a la stature, un projet crédible, abouti, et surtout estimé. »

Hamon : « On a choisi Hamon plutôt que Montebourg car lui parle aux jeunes avec la proposition du revenu universel. Et puis il est plus jeune, plus moderniste. Et il connaît bien les jeunes car il a commencé au Mouvement des jeunes socialistes (MJS) », expliquent Franck, Florent et Marc, militants vingtenaires des Pyrénées-Atlantiques venus à Paris pour le meeting. « Hamon, c’est la jeunesse. Quand je vais à une de ses réunions publiques, j’augmente l’âge moyen de la salle ! », sourit l’ancien ministre de l’Ecologie Philippe Martin.

Passe d'armes sur le revenu universel

Montebourg : La proposition de Benoît Hamon avait crispé les deux camps. Arnaud Montebourg en a remis une couche à la tribune. « Mes propositions ne sont pas expérimentales. Ce sont des propositions chiffrées, c’est une politique construite. Nous allons remettre au travail la société française. Oui ! Je suis le candidat du travail ! Le candidat de la fiche de paie… Tous veulent travailler, tous veulent se réaliser par eux-mêmes. Et tous sans exception veulent obtenir la dignité du travail. »

Hamon : « On n’a jamais changé d’avis sur le revenu universel et il n’y a pas eu d’erreur de communication », assure Pascal Cherki, député de Paris après un imbroglio sur son montant. « C’est une histoire de pédagogie, on ne peut pas annoncer tous les détails d’une mesure à 20 points de PIB. C’est pour cela qu’on l’a annoncé en plusieurs étapes », précise l’élu.

L’anecdote bonus : 

Montebourg : Sachez que le discours de Frangy, dans lequel Arnaud Montebourg s’est déclaré candidat, a un prix. Il est d’ailleurs vendu à l’entrée du meeting, à la criée. « Demandez le discours pour seulement 3 euros. »

Hamon : En mode stand-up, micro serre-tête pour assurer sa liberté de mouvement, Benoît Hamon bouge beaucoup à la tribune, les mains en perpétuel mouvement. Et rit d’Emmanuel Macron en mimant ses bras grands ouverts. Un geste repris par des proches cette même soirée, ironisant sur une prétendue posture providentielle du candidat.