VIDEO. Manuel Valls: «Je veux que la gauche reste crédible»

INTERVIEW « 20 Minutes » a soumis les questions de ses internautes au candidat de la primaire de la gauche…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud, Laure Cometti, Thibaut Le Gal, vidéo Thomas Lemoine

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Manuel Valls à son QG
Manuel Valls à son QG — ALAIN JOCARD / POOL / AFP

C’est au tour de Manuel Valls de répondre à vos questions. Dans la perspective de la présidentielle, 20 Minutes fait passer un grand entretien aux candidats de la primaire organisée par le PS. Lundi, l’ancien Premier ministre nous a reçus pendant plus d’une heure dans son QG parisien.

Manuel Valls estime être le seul à pouvoir faire gagner la gauche en 2017. « Je suis celui qui peut battre la droite et l’extrême droite, parce que j’ai un projet crédible. Je veux incarner une République forte, et une France juste ». Nous lui avons soumis une dizaine de questions de nos internautes.

Gaye, 20 ans, étudiant, Hauts-de-France : Admettez-vous avoir fait des erreurs en tant que Premier ministre, si oui, lesquelles ?

Il faut assumer ce qui a été engagé, être fier de ce qui a été réussi mais reconnaître aussi certaines erreurs. J’ai regretté la manière dont la première version de la loi Travail était sortie. En matière d’égalité des territoires, nous n’avons pas réussi à corriger suffisamment ce sentiment d’abandon, de déclassement, parfois même d’humiliation que des Français éprouvent dans les banlieues, les territoires ruraux, les villes moyennes.

Bilon, 42 ans, Aude : Pourquoi voulez-vous supprimer le 49-3 ?

Je ne regrette pas d’avoir engagé ma responsabilité sur la loi Macron et la loi Travail. Il fallait réformer notre pays. Mais aujourd’hui, je dois tirer les leçons de l’exercice du pouvoir. Le 49-3 peut amener à déresponsabiliser les parlementaires. Je veux le limiter aux textes budgétaires et la Sécurité sociale.

20 Minutes : Vous pensez que cette gauche frondeuse rentrera dans le rang si vous êtes élu ?

Il y a toujours eu des débats à gauche… La primaire doit permettre de les trancher, de créer un élan, au service des Français.

Chapel, retraité de 66 ans : Comptez-vous revaloriser les pensions des retraités ? Gendra, employée de 52 ans : Voulez-vous repousser l’âge du départ à la retraite ?

Je propose une augmentation jusqu’à 800 euros par an pour les petites retraites, pour ceux qui touchent le minimum contributif et qui ont eu une carrière complète. Sur l’âge de départ à la retraite, je m’oppose avec force à la proposition de François Fillon qui aboutirait de fait à ce que l’on parte à la retraite à 70 ans !

Florence, 46 ans, conseillère municipale dans le Rhône : Comment comptez-vous résoudre le problème du chômage ?

Depuis 2012, nous avons progressivement restauré la compétitivité de nos entreprises et nous commençons à voir les effets de cette politique : 240.000 emplois supplémentaires ont été créés en 18 mois. Le chômage baisse, cela reste modeste. Il faut donc continuer dans cette voie avec le CICE, le pacte (de responsabilité), le crédit impôt recherche, les investissements dans le numérique, dans les start-up avec les prêts à taux zéro, et dans la transition écologique. Je suis un pragmatique en matière d’économie.

Cateura, retraité, Grand Est: Pourquoi rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires alors que cette mesure ne baisse pas le chômage ?

Nous considérions à l’époque que cette mesure ne créait pas d’emploi et qu’elle pesait lourdement sur nos finances publiques au moment même où il fallait réduire notre dette. Mais j’ai écouté les Français et j’assume ce choix pour redonner du pouvoir d’achat. Je propose d’exonérer les heures supplémentaires de cotisations sociales et de ne pas les imposer. En revanche, je ne réduirai pas les cotisations patronales sur ces heures supplémentaires.

Borowiak, 64 ans, retraité : À qui est destiné le revenu décent que vous proposez ? Marcel, 58 ans, secteur tertiaire, Pays-de-la-Loire : Pourquoi n’êtes vous pas favorable au revenu universel ?

Je veux une société du travail qui crée plus d’emplois et qui valorise l’effort et la prise de risque. Le revenu universel que propose Benoît Hamon, c’est-à-dire donner à tout le monde la même somme, cela n’a pas de sens. Et en plus ce n’est pas tenable budgétairement : 350 milliards d’euros. Je propose pour ma part un revenu décent de 850 euros qui fusionne tous les minima sociaux existants. Il permet également aux jeunes de 18 à 25 ans, sous conditions de ressources, d’avoir un revenu d’autonomie. Cela coûte 8 milliards d’euros.

20 Minutes : Ne faut-il pas préparer les esprits à la raréfaction du travail ?

Moi, je ne crois pas à la thèse de la raréfaction du travail. Avec la transition numérique et écologique, il y aura de nouveaux métiers, de nouvelles opportunités. Si l’on coupe le lien avec le travail, on change la pensée philosophique de la gauche. Je veux que la gauche reste crédible. Si la gauche, c’est revenir à l’irréalisme, perdre la crédibilité de l’action gouvernementale, alors elle sera condamnée à être dans l’opposition et laissera les Français devant un choix terrible entre l’extrême droite et la droite dure. Je le refuse.

20 Minutes : Mehada, 45 ans, fonctionnaire, Grand Est et Marie 35 ans, Paris, demandent des précisions sur votre position concernant le voile ? Voulez-vous davantage légiférer ?

Des lois existent, il faut les respecter. Mais tout ne peut pas passer par l’interdit. Il faut engager une bataille culturelle et non religieuse pour l’émancipation des femmes et l’égalité femmes-hommes. Qu’est-ce que ça veut dire que les cheveux, le corps, les mains, le visage des femmes seraient impudiques ? Je distingue une tradition du pourtour méditerranéen et un voile brandi comme étendard politique. Il faut aider les associations, les organisations laïques, les femmes dans les quartiers. Il faut combattre cet islamisme politique et radical qui conteste la laïcité. Moi président, je veux incarner cette laïcité qui protège et émancipe.

Charles, Maine-et-Loire : Pourquoi se focaliser sur le « barrage » au Front national ? Pourquoi ne pas se questionner sur les vraies raisons de ce vote ?

Je mène le combat contre l’extrême droite car son projet de sortir la France de l’Union européenne, de la zone euro, ruinerait les ouvriers, les retraités, et elle ferait sortir la France de l’histoire. Je pense que l’on a été trop faible - pas moi- au cours des vingt dernières années en renonçant à incarner la laïcité. J’ai eu mal, il y a une quinzaine d’années, quand j’ai vu que l’extrême droite s’appropriait la Nation, la patrie, la laïcité. Des petits reculs constants nous ont fait perdre du terrain.

Je ne veux pas que l’extrême droite s’identifie à la République, car ce n’est pas son histoire. Il faut dénoncer l’extrême droite, mais il faut surtout des actes concrets : être fort sur les questions des travailleurs détachés et du travail illégal, lutter contre les déserts médicaux, renforcer les services publics dans les territoires ruraux, les villes moyennes et les banlieues.

P., 56 ans informaticien, Pays de la Loire : Emmanuel Macron est aussi un réformiste. Pourriez-vous vous allier ?

Il y a des points qui nous rapprochent. Mais on ne s’improvise pas candidat à la présidence de la République. Il faut avoir l’autorité, la force et l’expérience nécessaires. Il faut aussi avoir la légitimité. J’espère l’avoir à travers la primaire car je suis au cœur des progressistes. Contrairement à Emmanuel Macron, je ne pense pas que le libéralisme économique soit la réponse et je ne pense pas que la France soit une addition de communautés, comme dans les pays anglo-saxons. Evidement, les progressistes devront se parler mais la présidentielle n’est pas une négociation, c'est un rapport direct avec le peuple. Et face au risque d’élimination de la gauche, chacun devra assumer ses responsabilités.

Chave, 59 ans, ex-commercial, Gard : Que doit faire l’Europe face à Poutine, Xi Jinping et Trump ?

Les propos de Donald Trump qui visent à disloquer l’Europe sont insupportables. La seule réponse possible, c’est l’unité et la force, ce qui passe par une refondation de l’Europe, recentrée ses missions stratégiques : la sécurité, l’avenir, la défense de nos intérêts dans la mondialisation. Jusqu’à maintenant, l’Europe a été trop naïve, trop ouverte dans les accords commerciaux, dans la protection de l’acier, de notre agriculture, de nos secteurs stratégiques face aux Etats-Unis mais aussi face à la Chine.

Il faut de la réciprocité. Les grandes entreprises du numérique américaines qui se sont installées en Europe pour profiter de la défiscalisation, ça, c’est fini. Je propose de taxer lourdement les produits qui entrent sur notre marché intérieur au mépris de nos règles sociales et environnementales ! Si Donald Trump remet en cause les accords de Paris de la COP 21, il faudra instaurer une taxe carbone sur les produits américains.

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