Trois débats en une semaine, la primaire de la gauche risque-t-elle la surchauffe?

POLITIQUE Les candidats de la primaire organisée par le PS s'affronteront trois fois en sept jours...

Thibaut Le Gal

— 

Les anciens ministres Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, photographiés le 15 décembre 2016, à Paris, font partie des candidats retenus pour la primaire à gauche.
Les anciens ministres Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, photographiés le 15 décembre 2016, à Paris, font partie des candidats retenus pour la primaire à gauche. — AFP

Semaine décisive pour la primaire organisée par le PS. Les candidats s’affronteront lors de trois débats télévisés successifs. Jeudi soir, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Sylvia Pinel, François de Rugy, Vincent Peillon et Jean-Luc Bennahmias seront sur TF1, LCI, Public Sénat et RTL (co-organisé par L’Obs). Trois jours plus tard, rebelote sur BFMTV, RMC et iTELE à 18h. A peine le temps de souffler, et revoilà les sept en direct sur France 2 et Europe 1 le jeudi suivant.

Pour la primaire de la droite, François Fillon et ses concurrents s’étaient aussi affrontés à trois reprises avant le premier tour. Mais ces joutes télévisuelles s’étaient étalées sur plus d’un mois (13 octobre, 3 novembre, 17 novembre). Avec trois débats en sept petits jours, la primaire de la Belle alliance populaire ne risque-t-elle pas la surchauffe ?

« Un calendrier élaboré pour Hollande »

« C’est un inconvénient. On risque en effet une surmédiatisation », reconnaît Patrick Bloche, directeur de campagne de Vincent Peillon. « Mais nous n’avons pas le choix sur le calendrier. Celui-ci avait été élaboré pour permettre à François Hollande de briguer un second mandat… », rappelle le député de Paris. « Il faut donc faire avec. On ne se pose pas trop la question du calendrier en réalité. Le temps de campagne est tellement court. L’objectif sera de marquer des points à chaque émission ».

Dans le camp Montebourg, on fustige depuis des semaines ce calendrier taillé scrupuleusement pour le chef de l’Etat. Le Parti socialiste a finalement joué la montre pour pas grand chose : la campagne sera riquiqui et sans président.

« Je pense que deux débats auraient suffi »

Après le renoncement, il a donc fallu trouver des dates pour les débats. « Tout a été fait un peu rapidement », constate Hervé Béroud, directeur général de BFMTV. « Les organisateurs ont globalement décidé de se caler sur ce qui avait été fait par la droite. Ils ont fixé les dates dans ce calendrier très serré. Le deuxième débat nous convenait, et de toute manière, il y avait assez peu de temps pour chipoter… »

« La campagne est plus courte, donc forcément les débats sont rapprochés. A titre personnel, je pense que deux débats auraient suffi, mais d’autres équipes de candidats ont souhaité qu’il y en ait trois… », déplore Olivier Dussopt, porte-parole de Manuel Valls.

Dans l’équipe Hamon, on joue l’apaisement. « Bien sûr, on aurait préféré trois débats sur trois semaines… mais on ne va pas discuter sempiternellement des questions de calendrier, qui est le même pour tous », avance Mathieu Hanotin, directeur de campagne du candidat.

« Trois débats en une semaine, c’est inédit »

Le calendrier express permettra-t-il de marquer l’opinion ? « Trois débats en une semaine, c’est inédit. Lors des précédents exercices, il y a toujours eu au moins une semaine d’écart entre chaque confrontation », assure Pierre Lefébure, docteur en sciences politiques et chercheur au Laboratoire Communication et politique du CNRS. « Il y a un risque de saturer l’audience car un débat produit ses effets dans les jours qui suivent l’émission ». Le moment choisi par les équipes pour faire le service après-vente dans les médias. « Ce laps de temps est essentiel pour synthétiser un débat, permettre aux citoyens de se focaliser sur quelques points importants. La fenêtre de tir sera ici très étroite », constate le maître de conférences à l’université Paris 13.

Mathieu Hanotin balaie cette hypothèse. « Nous n’avons pas de machine pour sonder l’opinion, savoir si les électeurs seront lassés au bout d’une semaine. Ces questions intéressent le prisme journalistique… Sur le terrain, la dynamique est présente. Et je pense qu’il y a assez de sujets de fonds dans la société pour ne pas parler de la même chose pendant ces trois débats ».

>> Quel candidat de la primaire à gauche correspond le mieux à vos idées ? Testez notre boussole ici dans sa version optimisée ou ci-dessous.