VIDEO. Sylvia Pinel: «Le revenu universel, en temps de faible croissance, me paraît dangereux»

INTERVIEW «20 Minutes» a soumis les questions de ses internautes à la candidate du Parti radical de gauche…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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Sylvia Pinel présente son programme présidentiel le 5 janvier 2017 à Paris.
Sylvia Pinel présente son programme présidentiel le 5 janvier 2017 à Paris. — NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Dans la perspective de la présidentielle, 20 Minutes fait passer un grand entretien aux candidats de la primaire de la gauche. Et propose à ses lecteurs de poser leurs questions. Sylvia Pinel, la candidate du Parti radical de gauche, s’est prêtée à l’exercice.

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Protégée de Jean-Michel Baylet, Sylvia Pinel a été élue députée du Tarn-et-Garonne en 2007. Elle a été ministre déléguée au Commerce (2012-2014) puis ministre du Logement (2014-2016). Elle quitte le gouvernement en février 2016 pour devenir vice-présidente du conseil régional d’Occitanie, et succède à Jean-Michel Baylet à la tête du PRG.

Sylvia Pinel a dévoilé son programme le 5 janvier. Parmi ses mesures proposées, la légalisation « encadrée » du cannabis, l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes et « la liberté de pouvoir choisir le droit de mourir dans la dignité ». Les lecteurs de 20 Minutes lui ont soumis leurs questions.

Commedereines, 45 ans, Paris : Comment expliquez-vous votre volte-face quant à votre participation à la primaire ?

Nous avions décidé d’aller à la présidentielle avant l’annonce de François Hollande. À partir du moment où il a renoncé, la donne a radicalement changé pour nous. Nous avons consulté le parti et décidé de nous présenter via la primaire. Ce n’est donc pas une volte-face, plutôt un sens des responsabilités, avec la volonté de barrer la route à l’extrême-droite et à une droite dure, ultra-libérale et conservatrice.

Éphraïm : Vous avez fait partie des différents gouvernements Ayrault et Valls sous François Hollande. Soutenez-vous son bilan ? Si c’était à refaire, que changeriez-vous ?

J’ai été ministre quasiment quatre ans du président de la République. Le PRG est un parti loyal, fidèle, un partenaire sur lequel on peut compter. Je suis donc solidaire de ce bilan. Cela n’empêche qu’il y a des points sur lesquels j’ai des réserves : par exemple, la réforme territoriale, la suppression des aides aux apprentis en début de mandat, l’augmentation fiscale entre 2012 et 2014, le CICE… Il y a eu des erreurs et des maladresses, mais aujourd’hui, nous parlons surtout de l’avenir.

Yvan Massoulle, 63 ans, retraité, Alsace : Vous êtes opposée au revenu universel, pourquoi ?

Les radicaux de gauche l’évoquaient déjà il y a vingt ans. Si nous n’en parlons plus, c’est par nécessité de sérieux budgétaire. Un revenu universel en temps de faible croissance, quand on sait que cela coûte 450 milliards d’euros alors que le budget de l’Etat est de 380 milliards, cela me paraît dangereux pour nos dépenses publiques et la charge qu’on laisserait à nos enfants. Je propose plutôt la fusion des minimas sociaux : qu’il y ait un guichet unique pour regrouper les prestations sociales (APL, RSA, etc.), afin que chacun ait une meilleure visibilité de son revenu et une simplicité dans ces démarches.

Gilles de Laminne, 51 ans, ingénieur, Seine-et-Marne : Pourriez-vous détailler vos mesures pour combattre le chômage et la pauvreté en France ?

Je propose la suppression immédiate et totale des charges sur la branche famille de la Sécurité sociale payée par les employeurs pour leur donner de l’oxygène et leur permettre de recruter. Même chose pour la réforme fiscale de l’impôt sur les sociétés, avec un taux maximum de 20 % mais une assiette élargie, pour que nous puissions aller imposer les bénéfices et les activités mondiales des entreprises afin de lutter contre les paradis fiscaux. Et pour lutter contre la précarité des CDD des personnes les moins qualifiées, les moins diplômées, je propose un crédit d’impôt de 1,5 % dans la limite de deux SMIC pour les CDI.

Romain Chiaradia, 32 ans, Sartrouville : Quelles sont vos propositions en matière d’écologie ? Etes-vous pour la sortie du nucléaire et la réduction des consommations énergétiques ?

En tant qu’ancienne ministre du Logement, je veux renforcer les travaux de rénovation et d’économies d’énergies, en favorisant les matériaux innovants. C’est très important pour la facture des ménages, mais aussi pour l’activité économique car ces travaux ont un impact positif sur la création d’emplois. Mais contrairement à d’autres je n’oppose pas les énergies renouvelables à l’énergie nucléaire. Celle-ci est le gage de notre indépendance, de notre capacité à avoir une énergie bon marché. Il faut bien sûr veiller à la sûreté de nos équipements mais il ne faut pas non plus se priver de la recherche qui existe en la matière. Je suis pour une écologie de progrès, pas une écologie de blocage.

Scie, 69 ans, retraité : Je trouve inadmissible que les retraites soient gelées depuis 3 ans. Que comptez-vous faire si vous êtes élue ?

Je souhaite réformer en profondeur pour passer à un système de retraite par points, qui permet à la personne d’avoir une visibilité, avec des points de bonus pour la pénibilité, la maternité, le handicap. Les systèmes de retraites seraient harmonisés d’une part, et les personnes concernées auraient une certaine liberté pour leur départ à la retraite, car elles pourraient calculer leur droit plus facilement. L’idée est de garder le principe de répartition et de solidarité entre les générations, mais le détail des mesures devra être travaillé avec les partenaires sociaux.

Hubert, 55 ans, sans emploi, Paris 18e : Quelle serait votre politique migratoire ?

Il faut une réponse européenne réfléchie et coordonnée à la crise migratoire. La question du droit d’asile en Europe est au cœur de nos engagements. Il nous faut pouvoir accueillir avec dignité les réfugiés et que chaque pays membre de l’UE fasse des efforts. Ceux qui sont en train de fermer leurs frontières, je leur dis que ce n’est pas acceptable d’ériger des murs.

Bernard Kellermann, courtier en marchandises, Dijon : François Hollande avait dit que son quinquennat serait celui de la jeunesse. Quelle serait votre réforme centrale sur le sujet ?

Plusieurs choses. Je souhaite d’abord rendre l’école maternelle obligatoire dès 3 ans, car les apprentissages fondamentaux se jouent très jeune. Dans le champ économique, on voit bien que la jeunesse qui arrive sur le marché du travail doute de son insertion. Il faut répondre de manière très forte à cette question de l’emploi. Dernier point : la nécessité d’aller plus loin dans le programme Erasmus +. Encore trop peu d’apprentis en bénéficient. Il faut ouvrir cette jeunesse à la citoyenneté européenne.

Charlotte : Bonjour, vous vous engagez pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Quid de la GPA ?

Je suis favorable à ce que les enfants nés à l’étranger d’une gestation pour autrui puissent bénéficier d’un état civil, d’une filiation sur le sol français. Il est important d’avoir ce socle qui leur donnera une protection familiale. Mais je ne suis pas favorable à l’ouverture de la GPA en France. Je sais que les radicaux ont toujours eu des positions extrêmement avant-gardistes sur ces questions sociétales. Mais j’estime que l’on est face à un problème de marchandisation du corps de la femme, et au nom des valeurs que je porte, je ne peux pas envisager cela.

René Courbot, retraité, 72 ans : Envisagez-vous une réduction du nombre de parlementaires ?

Pourquoi ? L’heure n’est pas au bouleversement de nos institutions. Les Français attendent de l’efficacité et des réponses à leurs préoccupations quotidiennes. Ce n’est pas la question du nombre de députés et de sénateurs qui est en jeu, c’est celle de notre procédure parlementaire, qui est ancienne et qui ne fonctionne plus très bien. Elle est souvent longue et bloquante, et ne permet pas de voter des textes dans des délais suffisamment brefs. Il faut l’accélérer.