Listes électorales: Le boom des inscriptions en ligne peut-il peser sur l’élection présidentielle?

INTERNET En 2016, les inscriptions en ligne sur les listes électorales ont bondi de 180% par rapport à  2011...

Coralie Lemke

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L'inscription en ligne était possible dans 5772 communes.
L'inscription en ligne était possible dans 5772 communes. — C. LEMKE/20 MINUTES

Le chiffre est frappant. Fin 2016, les inscriptions en ligne sur les listes électorales ont bondi de 180 % par rapport à décembre 2011 : au cours de l’année, 659.011 personnes ont fait leur démarche sur le site service-public.fr contre 235.000 pour l’année 2011, selon la Direction de l’information légale et administrative (DILA).

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L’année passée, plus d’un Français sur deux avait accès au service en ligne. « En 2011, 2.649 communes proposaient l’inscription sur internet, ce qui recouvre 36 % de la population française. En 2016, elles étaient 5.772 soit 54 % de la population », explique Véronique Lehideux, directrice adjointe de la DILA.

Un élément important pour comprendre cette hausse selon Jean-Yves Dormagen, spécialiste de l’abstention. « L’offre de services qui s’est étendue dans le pays explique une partie de la progression. Il faut aussi se dire que les jeunes de plus de 18 ans, qui sont nés avec Internet, ont largement utilisé ce moyen. »

« Les jeunes ont eu tendance à faire la démarche jusque tard dans la soirée, juste avant la date limite. Il est possible qu’ils représentent une bonne partie de ces 660.000 inscrits, confirme Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et spécialisé dans la participation politique. Mais il faut rester prudent quant à l’analyse de ces résultats. » Jean-Yves Dormagen rappelle, lui, qu’il faudra compléter ces données avec les chiffres des inscriptions en mairie lorsqu’ils seront publiés en mars, pour confirmer l’ampleur de cette ruée sur les listes électorales.

Impliqués mais défiants

Au-delà des facilités technologiques, cette envolée des inscriptions en ligne confirme toutefois que l’intérêt pour la politique ne diminue pas. « La demande d’expression publique est grande. Et ce, malgré une large insatisfaction vis-à-vis des acteurs de la vie politique », souligne Bruno Cautrès.

Pour lui, la volonté de s’exprimer et une grande défiance face à la politique ne sont pas incompatibles. « On appelle ça une citoyenneté critique. C’est-à-dire que les Français ne sont pas satisfaits mais ils tiennent à le faire savoir. »

« La vitalité démocratique perdure »

D’autant que la présidentielle reste un scrutin incontournable aux yeux de Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. « La vitalité démocratique perdure. Même si la participation diminue aux scrutins intermédiaires, comme aux régionales, les Français ne veulent pas rater l’élection à venir », explique le spécialiste.

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Selon ses calculs, les 660.000 nouveaux inscrits pourraient peser dans la balance électorale. « Cela représente environ 1,5 % du corps électoral de 2012. 1,5 point, c’est l’écart qui séparait Nicolas Sarkozy (27,1 %) et François Hollande (28,6 %) au premier tour de la présidentielle 2012. »

Impossible toutefois de dire pour l’instant si les nouveaux inscrits voteront plutôt à gauche ou à droite. « Spontanément, je pense à une mobilisation silencieuse que personne n’aurait vu venir et qui se rassemblerait contre le Front National », spécule Bruno Cautrès. « Mais il est encore trop tôt pour savoir si cette intuition est juste. »