Emmanuel Macron, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon.
Emmanuel Macron, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon. — 20 MINUTES

INSPIRATION

Présidentielle: Pourquoi Mélenchon et Macron s'inspirent du perdant américain Bernie Sanders

Le rival malheureux de Hillary Clinton fait un gros retour de hype chez les politiques français…

Il a perdu l’investiture du parti démocrate, et pourtant. Bernie Sanders, vaincu par Hillary Clinton, est une source d’inspiration pour les politiques français. A première vue, difficile de comprendre pourquoi, puisque le sénateur démocrate du Vermont affiche un look passe-partout, et un âge avancé (75 ans) qui a tendance à plaider contre lui en termes de communication politique.

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Mais le candidat malheureux du camp démocrate avait réussi à capter un électorat envié par beaucoup de monde : les jeunes. Bernie Sanders se trouvait loin devant sa rivale ainsi que l’adversaire républicain Donald Trump chez les moins de 30 ans dans les résultats et les sondages. « Si on cherche un candidat qui a une bonne présence sur le Web et qui est populaire chez les jeunes, c’est évidemment de Bernie Sanders qu’il faut s’inspirer », confirme Alix Meyer, maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Bourgogne.

Un perdant oui, mais un perdant intéressant

Et ce, même si les suffrages n’ont pas forcément été au rendez-vous. Pour le politologue Arnaud Mercier, la « défaite de Sanders à l’investiture n’est pas un critère. Ce n’est pas parce qu’il a perdu dans un contexte politique différent qu’il a échoué à cause de sa stratégie. Bernie Sanders est une sorte d’ovni qui a réussi à incarner la modernité en attirant les jeunes alors qu’il a 70 ans passés ».

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Le sénateur démocrate s’est révélé comme un phénomène capable de résister aux puissants « Billary », notamment grâce à son soutien indéfectible sur la Toile. Omniprésent sur les réseaux sociaux, il était également soutenu par une communauté de geeks qui a créé le site I like Bernie but, qui entendait convaincre les sceptiques de voter pour lui. Ses fans avaient également créé  Feel the Bern.org, une interface regroupant toutes les positions de Sanders.

Feel the Bern en France aussi

L’équipe de Mélenchon s’inspire dans de très grandes largeurs du démocrate. Ainsi la chargée de communication du candidat, Sophia Chikirou, a-t-elle fait le voyage outre-Atlantique pour voir les méthodes de Sanders de plus près. En avril dernier, la conseillère confiait au Monde que « l’utilisation des mails et des contacts directs avec les sympathisants (via les réseaux sociaux ou le téléphone) est d’une efficacité redoutable. Une communication directe qui permet de mobiliser des millions d’activistes isolés pour un même objectif ».

Les sites de Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders.
Les sites de Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders. - 20 MINUTES

Le site du candidat, intitulé Mélenchon oui mais, est plus qu’inspiré de I like Bernie but, créé par les soutiens de Bernie Sanders : à l’exception des photos, on pourrait les confondre tant ils se ressemblent. Mélenchon n’en fait d’ailleurs pas mystère : « Je m’inspire, à ma manière, de la méthode qui a été celle de Bernie Sanders. J’ai loué la même plateforme Internet que lui. Si bien que maintenant tout le monde peut se joindre à moi pour travailler sur le programme et agir », a-t-il indiqué il y a plusieurs mois sur TF1. Il a ainsi lancé une sorte de campagne participative qui incitait ses sympathisants à lui envoyer leurs propositions via sa plateforme Internet afin de les intégrer dans son programme, « L’Avenir en commun ».

Les civic tech, l’outil des sans-parti

De son côté, Emmanuel Macron a choisi d’aller à la rencontre des Français. Ses « marcheurs » se sont entretenus avec 25.000 personnes de tous horizons pour élaborer un programme. Comme Mélenchon, Macron semble s’être inspiré de Sanders sur Internet. Des similitudes entre son site, Vision Macron et Feel the bern.org ont été relevées, et des images du clip de campagne du candidat démocrate apparaissent dans le spot de l’ex-ministre. Dans les deux cas, les candidats « se réclament d’une grande proximité avec le peuple par rapport à ceux qui se réclament des grands partis. Il est logique qu’ils jouent la carte de la démocratie participative ou de la rencontre avec le peuple », estime Arnaud Mercier.

Et tout aussi logique qu’ils soient très présents sur les civic tech : Mélenchon espère avec sa chaîne YouTube pouvoir accéder directement à ses sympathisants sans passer par la case média. Sanders, comme Mélenchon et Macron, s’est positionné comme un candidat antisystème. Pour les deux Français qui se lancent dans la course à l’Elysée en dehors de tout parti, la comparaison peut paraître naturelle.

Les civic tech ne sont pour autant pas nouvelles. Alix Meyer trouve d’ailleurs étonnant « que ces candidats français imitent quelqu’un qui s’est servi de méthodes utilisées dès 2004 par Howard Dean et qui ont ensuite été reprises par Obama en 2008 ». Pour Arnaud Mercier, Sanders a pourtant réussi un tour de force supplémentaire par rapport à ses prédécesseurs démocrates en « s’imposant comme l’héritier de mouvements spontanés et populaires comme Occupy Wall Street. C’est l’idée que la démocratie de la base s’organise pour porter un candidat ». Une idée qui plaît beaucoup aux sans-parti Mélenchon et Macron.