Un Manuel Valls aux multiples facettes présente son programme de campagne

PRIMAIRE SOCIALISTE L’ex-Premier ministre a assumé le bilan du quinquennat tout en avançant plusieurs idées totalement opposées à son action à Matignon et au Manuel Valls de la primaire 2011…

Olivier Philippe-Viela

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Manuel Valls présente son programme le 3 janvier 2017 à la Maison de la Chimie, à Paris.
Manuel Valls présente son programme le 3 janvier 2017 à la Maison de la Chimie, à Paris. — Francois Mori/AP/SIPA

Difficile de discerner quel Manuel Valls s’est présenté devant la presse ce mardi à la Maison de la Chimie, cette salle du 7e arrondissement parisien où François Fillon fêtait, il y a un mois, sa victoire à la primaire de droite.

D’une phrase à l’autre, alors qu’il annonçait les grandes lignes de son programme présidentiel, à trois semaines du premier tour de la primaire PS, l’ancien Premier ministre à coup sur coup rappelé son action à Matignon, assuré avoir « changé », défendu le bilan du quinquennat Hollande ou encore rejeté les propositions du Manuel Valls candidat à la primaire PS en 2011. 20 Minutes a essayé d’identifier les différents visages du Valls candidat.

L’ancien Premier ministre et fier de l’être

Manuel Valls le 3 janvier 2017 à la Maison de la Chimie, à Paris.
Manuel Valls le 3 janvier 2017 à la Maison de la Chimie, à Paris. - ALAIN JOCARD / AFP

« J’assume pleinement ce qui a été engagé depuis 2012. » La sentence est claire, Valls candidat n’a aucun problème avec la politique menée par François Hollande. L’inverse eut été étonnant, mais l’ancien locataire de Matignon n’a pas cherché à se défiler.

Au contraire, il a appuyé sur plusieurs thèmes qu’il défendait déjà en tant que Premier ministre : la laïcité (en proposant une charte adossée à la Constitution), la mise en place d’un Islam de France, la volonté de faire de la France « une nation d’entrepreneurs » dans la lignée de son positionnement libéral au sein du PS, et la mise en place d’un « revenu décent », variation autour du revenu universel proche du « patrimoine universel » proposé par… François Hollande avant son renoncement.

L’homme « de gauche » qui ne se souvient pas de tout ce qu’a dit Manuel Valls depuis 2011

Manuel Valls le 3 janvier 2017 à la Maison de la Chimie, à Paris.
Manuel Valls le 3 janvier 2017 à la Maison de la Chimie, à Paris. - Francois Mori/AP/SIPA

De gauche, il l’est. En tout cas, Manuel Valls l’a répété à plusieurs reprises, en réponse à certains journalistes qui ont soupçonné le candidat Valls de « gauchisation ». « Je comprends que cela inquiète Le Figaro », a-t-il plaisanté, pour mieux dérouler un ensemble de propositions et d’affirmations qui tranchent radicalement avec l’action du prédécesseur de Bernard Cazeneuve à Matignon. Au programme, entre autres idées du candidat Valls (à ne pas confondre avec son homonyme Premier ministre de 2014 à 2016) :

  • La défiscalisation des heures supplémentaires, mesure sarkozyste abrogée par François Hollande en septembre 2012 ;
  • La tenue d’une « conférence de refondation de l’Europe » en partenariat avec l’Allemagne, car l’UE est face « à une profonde crise de sens » qui oblige à « changer de logiciel » (toute ressemblance avec la promesse de François Hollande, un mois avant son élection, de renégocier le Pacte budgétaire européen serait fortuite) ;
  • Une « renaissance démocratique », où « le recours à l’article 49-3 de la Constitution ne se justifiera plus, hormis dans le cas des textes budgétaires », et grâce à laquelle Manuel Valls entend « renforcer le pouvoir du Parlement », après avoir fait usage à six reprises du fameux alinéa en trois ans de présence à Matignon.

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Certaines mauvaises langues lui ont également rappelé les idées portées par un autre responsable politique appelé Manuel Valls lors de la primaire PS de 2011. Celui qui avait récolté 5,63 % des suffrages déclarait alors vouloir « déverrouiller les 35 heures » et « supprimer l’ISF ». Et maintenant ? « Vous avez vraiment le regard sur le rétroviseur ! Je vous le dis, je ne vais pas participer à ce petit jeu. En six ans, vous avez changé. Eh bien moi aussi. »

« D’une certaine manière, je suis profondément libéré »

C’est dit, et c’était une manière de réaffirmer l’une de ses stratégies de communication évidentes, ce jeu du chat et de la souris qu’il a mis en place avec les journalistes, accusés d’avoir déjà désigné un vainqueur avant l’heure alors que « rien n’est jamais écrit » (répété cinq fois).

Mais entre l’image de l’ex-Premier ministre qui assure que « ce quinquennat n’a jamais mené une politique d’austérité », celle du membre du PS qui se veut au cœur idéologique de la gauche, celui du politique seul contre tous les médias, Manuel Valls a cultivé une dernière facette ce mardi, sans doute la moins visible ces derniers temps, celle du candidat qui « veut convaincre et prendre plaisir dans cette campagne, ce plaisir que je veux retrouver car, d’une certaine manière, je suis profondément libéré. » Valls, « l’homme libre » donc. Sachant que d’autres, à l’instar d’Emmanuel Macron, se sont déjà positionnés sur le créneau.