Primaire de la gauche: Vincent Peillon et Manuel Valls présentent leur programme (mais pas ensemble)

DUEL A DISTANCE Les deux ex-membres du gouvernement ont dévoilé leurs propositions…

C. Ape. avec AFP

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Manuel Valls et Vincent Peillon, à l'époque où ils étaient encore membres du gouvernement, le 19 août 2013
Manuel Valls et Vincent Peillon, à l'époque où ils étaient encore membres du gouvernement, le 19 août 2013 — BERTRAND GUAY / AFP

L’un était dans le XIIe arrondissement, l’autre dans le VIIe, pour ce premier combat à distance. Ce mardi, Vincent Peillon et Manuel Valls, candidats à la primaire de la gauche, ont abattu leurs cartes avec des stratégies parallèles. Le premier avait déjà prévenu : plutôt qu’un « programme », ce seraient des « propositions » pour « illustrer des priorités » afin de donner du « sens » et de la « cohérence d’ensemble ». Le second présentait « les grandes orientations de son projet ».

Un programme aux accents européens pour Peillon

Vincent Peillon a dégainé le premier en dévoilant un programme « inscrit dans l’histoire du socialisme et de la gauche », plaidant notamment pour un « new deal européen ».

Candidat surprise après le renoncement de François Hollande le 1er décembre, il a détaillé un projet d’une trentaine de pages brassant nombre de thématiques (institutions, travail, santé, éducation, sécurité…) et qu’il portera durant les trois semaines de campagne avant le premier tour, le 22 janvier.

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L’ancien ministre de l’Education, député européen depuis 2014, souhaite ainsi « relancer le moteur franco-allemand » et « construire ensemble un new deal européen. » Il s’agirait notamment d’élaborer « un budget de la zone euro capable de soutenir l’activité et l’emploi » ; de lancer « un plan d’investissement » de 1 000 milliards d’euros « pour la transition énergétique, le numérique, les télécommunications, la recherche, l’innovation, la formation, la jeunesse » ; de parvenir à « l’harmonisation fiscale » ; et de construire « un pilier social » comprenant « l’adoption d’une directive-cadre sur le travail décent, l’adaptation des normes sociales ».

Dans cette perspective, Vincent Peillon souhaite « acter une pause dans le processus d’élargissement » de l’Union européenne afin qu’elle puisse « se concentrer sur elle-même ». « Si nous ne pouvons pas avancer à 27, nous avancerons avec ceux qui le souhaitent et en priorité au sein de la zone euro », ajoute également le député européen.

Après le bilan du quinquennat, des idées nouvelles pour Valls ?

Manuel Valls a répliqué, quelques minutes plus tard. Doté d’un nouveau slogan (« Une République forte, une France juste »), le programme multithématique de 50 pages présenté par l’ex-Premier ministre à la maison de la Chimie, à Paris, comporte un important volet de réformes au niveau des 27 membres de l’Union européenne.

Jugeant des écarts déloyaux au sein de l’UE, Manuel Valls propose notamment d’instaurer un salaire minimum européen variable suivant les pays (60 % du salaire médian) ou d’encadrer dans un « corridor », avec un minimum et un maximum, les impôts sur les sociétés des Etats membres. Les multinationales du numérique comme Google ou Amazon seraient, elles, taxées là où leur chiffre d’affaires est réalisé.

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« Refonder le projet européen »

L’ex-locataire de Matignon, qui veut une grande conférence pour « refonder » le projet européen, propose d’avancer avec les Etats volontaires faute d’accord à 27. S’il parvient à l’Elysée, il compte fermer définitivement la porte à l’entrée de la Turquie dans l’UE, qu’elle « ne doit pas et ne pourra pas intégrer ».

Manuel Valls fait également plusieurs autres promesses dont un service civique obligatoire de six mois, la division par deux en cinq ans de l’écart salarial hommes-femmes, un prêt à taux zéro pour les entrepreneurs ou encore une revalorisation de 10 % des minimas retraite.

En matière de discipline budgétaire, s’il entend respecter la règle européenne des 3 % de déficit public maximum, Manuel Valls n’a pas l’intention de revenir à l’équilibre budgétaire à la fin du prochain quinquennat, jugeant « inopportun » de vouloir réduire le déficit « à marche forcée ». « Je veux que la France, que les Français reprennent pleinement leur destin en main ! », a lancé Manuel Valls.