Primaire de la gauche: À trois semaines du premier tour, où sont les sondages?

ELECTION Alors qu’ils étaient publiés en rafale en amont de la primaire de la droite, les sondages sont absents à trois semaines de l’élection interne de la gauche dite modérée…

Olivier Philippe-Viela

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Illustration de l'affiche "La belle alliance populaire", le 13 avril 2016 à Paris.
Illustration de l'affiche "La belle alliance populaire", le 13 avril 2016 à Paris. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Sous le feu des critiques en 2016, les sondeurs auraient-ils choisi comme résolution pour 2017 de limiter leurs enquêtes d’opinion à l’approche des scrutins décisifs ? Alors que le premier tour de la primaire du PS et de ses partis satellites se tient dans trois semaines, le 22 janvier, aucun sondage testant les sept candidats sur la ligne de départ n’a encore été diffusé. Certains l’avaient été début décembre, avant le dépôt officiel de la liste des concurrents à l’investiture socialiste mi-décembre. Ces enquêtes prenaient par exemple en compte la candidature de Gérard Filoche, mais pas celle de Vincent Peillon, qui s’est déclaré tardivement. Depuis, c’est silence radio chez les sondeurs, et la trêve des confiseurs n’explique pas tout.

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« Absolument rien à faire des sondages »

« S’il n’y a pas eu de sondages, ce n’est pas parce qu’on n’a pas voulu, simplement qu’il n’y a pas eu de commande », explique Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique chez Harris Interactive. « Il n’y a pas vraiment de demande de la part des médias », confirme Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’Opinion Way. Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique à l’Ifop, accuse de son côté la période des fêtes : « On est contraint par un calendrier très serré. Les listes officielles des candidats n’ont été annoncées qu’à la veille des vacances. Il y aura incomparablement moins de sondages que pour la primaire de la droite, car la période de campagne véritable et utile va se dérouler entre aujourd’hui et le 22 janvier. »

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La fenêtre de tir est bien plus courte que pour la primaire à droite, mais médias et équipes de campagne, ceux qui passent commande pour les enquêtes d’opinion, n’ont pas sollicité les instituts. Vingt jours avant le scrutin, certains comme Vincent Peillon assument de partir dans l’inconnu : « On n’en a absolument rien à faire des sondages. Pour le coup, c’est une question qui ne nous intéresse pas du tout », assure son entourage. « Ils ont des moyens assez limités, pas sûr qu’ils en commandent », souffle de son côté Jean-Daniel Lévy.

« On a tous vu les plantages ces derniers temps »

« Aucune chance qu’on en demande ni même que l’on prenne pour argent comptant ceux qui tomberont », promet l’équipe Peillon, qui préfère justifier ce rejet des sondages en avançant les critiques qu’ils ont subies après le Brexit, après l’élection de Donald Trump ou encore après la désignation de François Fillon comme candidat de la droite. « On a tous vu les plantages ces derniers temps », ajoute Christophe Pierrel, l’ancien chef de cabinet adjoint de François Hollande devenu porte-parole de Vincent Peillon.

La primaire PS est peut-être plus piégeuse encore, car le nombre de votants devrait être moindre que pour le scrutin de la droite, le calendrier est bien plus serré (ce qui laisse moins de temps pour interroger un panel suffisant) et certains des candidats sont très peu connus. « Les lignes bougent beaucoup plus vite dans une primaire, le corps électoral est plus restreint et les mouvements d’autant plus brutaux que la majorité des électeurs appartient à la même famille politique que les candidats », prévient Jérôme Fourquet. « Les lignes ne se cristalliseront que dans les tout derniers jours », avance Bruno Jeanbart.

« Pas un pronostic, mais une photographie de l’instant »

Vingt-six enquêtes d’opinion avaient été publiées avant la primaire de la droite, rien qu’entre août et novembre 2016 (Libération les a tous comptabilisés depuis juin 2014 ici). Mais, en 2017, tous pourris les sondages ? « Nous avons toujours tort : quand nos enquêtes sont semblables au résultat final, on nous accuse de l’avoir influencé ; quand elles sont trop loin, alors on nous accuse d’être déconnectés », s’amuse Jean-Daniel Lévy, alors que son homologue de l’Ifop Jérôme Fourquet tient à défendre le procédé, qui n’est « pas un pronostic, mais une photographie de l’instant », rappelle-t-il.

Et si la photo intéresse toujours quelqu’un, il ne faudra pas attendre trop longtemps pour tirer des plans sur la comète à partir d’une enquête d’opinion : le passage de Manuel Valls jeudi 5 janvier sur France 2 sera l’occasion pour Harris Interactive de dégainer le premier sondage spécial primaire PS de l’année 2017. L’institut avait aussi été le dernier de l’année 2016, lors du passage de Benoît Hamon dans la même émission le 8 décembre.