VIDEO. Benoît Hamon: «Le but du revenu universel est d’accompagner le partage du temps de travail»

INTERVIEW « 20 Minutes » a soumis les questions de ses internautes au candidat de la primaire de la gauche…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Benoît Hamon, candidat à la primaire PS et de ses alliés, le 17 décembre 2016 à Paris.
Benoît Hamon, candidat à la primaire PS et de ses alliés, le 17 décembre 2016 à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

Dans la perspective de la présidentielle, 20 Minutes fait passer un grand entretien aux candidats de la primaire de la gauche. Et propose à ses lecteurs de poser leurs questions. Premier à réaliser l’exercice : l’ancien ministre Benoît Hamon. Dès 19 ans, il a milité à la section de Brest du Parti socialiste. Ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation, puis de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sous François Hollande, il a quitté le gouvernement en même temps qu’Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti, en août 2014. Benoît Hamon a été député européen de 2004 à 2009. 20 Minutes et ses lecteurs passent son projet au crible.

Simon H., Français vivant à l’étranger : Pourquoi soutenir votre candidature plutôt qu’une autre dans cette primaire ?

Dans la classe politique française, il y a une certaine paresse à refuser de se projeter sur le long terme, alors que la question essentielle est : « quel sera le visage de notre pays quand nos enfants seront adultes ? ». C’est pourquoi je me présente avec des propositions sur le travail, la protection sociale, le modèle de développement ou la manière d’exercer le pouvoir et de vivre la démocratie.

Nicolas Mic, 29 ans, juriste : Si vous remportez la primaire, allez-vous négocier un rapprochement avec d’autres candidats pour battre la droite et le FN ?

Le 30 janvier au matin, je prendrai contact avec chacun d’entre eux pour engager une discussion sur le premier tour de la présidentielle, et voir si des rassemblements sont possibles. Sans quoi je redoute que l’on n’assiste, au second tour, à un duel Le Pen-Fillon.

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Marie, 45 ans, salariée, région parisienne : Pouvez-vous détailler votre projet de revenu universel ?

En raison de la raréfaction probable du travail liée à la révolution numérique, il va falloir penser le partage du travail et intégrer le fait que nous aurons des carrières hachées. Ce revenu universel vise à donner l’autonomie que vous n’avez pas aujourd’hui. Son objectif est qu’à terme, il vienne compléter votre salaire, votre indemnité chômage pour partie, votre retraite, votre éventuelle allocation aux adultes handicapés. Il est construit par étapes : la première est la revalorisation du RSA socle qui est à 535 euros. Dès mon élection, je proposerai de le revaloriser de 10 %, à 630 euros, avant d’aller vers un montant cible de 750 euros. Comme on ne peut pas mettre en place ce revenu universel du jour au lendemain, je propose tout d’abord de verser ce revenu aux 18-25 ans afin de faciliter leur insertion sur le marché du travail. Et qu’il soit ensuite généralisé, à l’échéance du quinquennat, à toute la population majeure.

Le hir, 50 ans, cuisinier, Finistère nord : Quel serait votre choix concernant la durée du travail ?

Je souhaite que les 35 heures restent la durée légale. Je suis cependant favorable à ce que les entreprises puissent passer à 32 heures ou aux quatre jours par semaine si elles le souhaitent. Le but du revenu universel est d’accompagner le partage du temps de travail. Il permettra de passer à temps partiel, notamment quand on a un travail difficile.

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Khalid, 30 ans, ingénieur, Toulouse : Que faites-vous contre la discrimination à l’embauche ?

Je propose un corps administratif de contrôle, sur le modèle de Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, pour s’assurer que les services publics et les entreprises ne pratiquent pas de discriminations. Celui-ci serait placé auprès du Premier ministre ou conjointement auprès du Défenseur des droits et du parquet.

Yves Atlan, en retraite au 1er avril, Drôme : Augmenterez-vous les petites retraites à hauteur du Smic ?

Je souhaite revaloriser les pensions au minimum vieillesse pour qu’elles se rapprochent du Smic. Mais cela ne peut être fait du jour au lendemain. Je rappelle que le revenu universel viendrait en complément des retraites.

Armand Hullaert : Que proposez-vous à propos de l’âge de départ à la retraite ?

Je suis favorable à ce que l’on ne touche plus à l’âge légal de départ à la retraite. La grande réforme à faire désormais, c’est que l’âge de la retraite soit indexé véritablement sur la pénibilité du travail. Il faut aussi changer le financement des retraites. Je souhaite que les cotisations sociales patronales soient désormais assises sur la valeur ajoutée des entreprises, c’est-à-dire sur la richesse créée, et pas simplement sur le nombre de salariés dont elles disposent.

Mina, 53 ans, enseignante, Nîmes : Comptez-vous continuer la réforme du collège ?

Une évaluation de cette réforme est nécessaire pour savoir s’il faut l’accommoder sur certains points qui n’atteindraient pas l’objectif de lutte contre les inégalités sociales et scolaires.

Julie Abbo, 28 ans, consultante : Comment comptez-vous remanier la carte scolaire ?

La carte scolaire vise à organiser la mixité sociale qui aujourd’hui reste imparfaite dans l’Education nationale. C’est la conséquence, en partie, de l’existence d’un important secteur privé qui échappe aux objectifs de cette mixité. La question est de savoir si l’on peut ouvrir une discussion avec le secteur privé à propos des conditions de mise en œuvre de cette mixité sociale. Car l’école privée et l’école publique ont un devoir conjoint de service d’éducation pour organiser cette mixité.

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Arnaud 32 ans, militaire, Brest : Le budget de la Défense sera-t-il stabilisé, diminué ou augmenté si vous êtes élu ?

Nous assumons seuls la charge financière de la protection de l’Europe et de ses intérêts contre une menace qui frappe indifféremment en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni. J’exigerai de la Commission européenne que les dépenses françaises d’investissement militaire sortent du calcul des déficits car la France réalise un effort qui n’a rien à voir à ce que peut l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne par exemple.

Anna Hadera : Dans quel délai comptez-vous mettre en œuvre la légalisation du cannabis ?

La mise en œuvre des points de distribution contrôlés du cannabis peut être réalisée durant la première moitié du quinquennat. On peut s’inspirer ici d’exemples au Portugal et dans le Colorado.

Ludovic Antonio, 36 ans, Paris : Souhaitez-vous le renouvellement des parlementaires grâce à une vraie limitation des mandats ?

Je suis favorable à une limitation à trois mandats dans le temps [successifs] maximum. Et à limiter les mandats exécutifs entre eux. C’est à discuter dans le cadre d’une nouvelle Constitution qui sera débattue dans le cadre d’une conférence associant le Parlement et des assemblées de citoyens tirés au sort dans les régions pour bâtir la constitution de la VIe République.

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