Primaire de la gauche: «Que personne ne soit sans emploi ou sans activité», propose Jean-Luc Bennahmias

INTERVIEW « 20 Minutes » a soumis ses questions et celles de ses internautes au candidat de la primaire de la gauche…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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 Jean-Luc Bennahmias, le 11 octobre 2016.
Jean-Luc Bennahmias, le 11 octobre 2016. — JOEL SAGET/AFP

Dans la perspective de la présidentielle, 20 Minutes fait passer un grand entretien aux candidats de la primaire PS et de ses alliés. Et propose aux lecteurs de poser leurs questions. Après Benoît Hamon, c’est au tour de  Jean-Luc Bennahmias, 62 ans, président du Front démocrate et coprésident de l’Union des démocrates et écologistes (UDE) de se plier à l’exercice. L’homme a été journaliste puis professeur de communication avant de s’impliquer en politique. Membre des Verts pendant 35 ans, dont cinq ans en tant que secrétaire national, il quitte le parti écolo en 2007 pour fonder le MoDem avec François Bayrou, avant la rupture en 2014. Jean-Luc Bennahmias a été député européen (2004-2014) et conseiller régional en Paca (2004-2009).

20 Minutes : Quel est le sens de votre candidature ?

Je défends le projet d’un arc politique progressiste face aux conservateurs autour de François Fillon et face à l’extrême droite autour de Marine Le Pen. Je pense que cette majorité progressiste va de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon à Nathalie Kosciusko-Morizet en passant par François Bayrou, Emmanuel Macron, les écologistes, et évidement les candidats à la primaire à gauche. Je souhaite que nous discutions collectivement d’un contrat social et environnemental à proposer aux citoyens, car le président élu aura besoin d’une majorité solide pour agir sinon il sera immédiatement minoritaire. Pour construire cet arc progressiste, je me réfère au Conseil national de la Résistance, qui rassemblait des personnes très différentes qui ont réussi à se mettre d’accord pour reconstruire le pays après-guerre.

Bill, lecteur de 20 Minutes : Vous êtes passé par les Verts, puis le MoDem. Existe-t-il un centre gauche ?

Si l’on suit les sondages, 17 à 20 % des gens se situent au centre gauche. La question est aujourd’hui de savoir comment on recompose une vraie formation démocrate, sociale, écolo-compatible. D’ailleurs, si je suis élu président, ma première action sera la proportionnelle. Personne ne sera majoritaire à lui tout seul [au Parlement], et cela aboutira à des compositions d'« union nationale républicaine » pour qu’il y ait une gestion majoritaire du pays.

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François de Rugy dit être le « seul candidat écologiste » à cette primaire. Approuvez-vous ?

Je suis un historique de l’écologie politique. J’ai adhéré aux Amis de la Terre en 1972, puis j’ai été 35 ans chez les Verts avant de cofonder le Modem. Que François de Rugy revendique cela, on ne va pas se battre là-dessus, mais je trouve que cela manque de crédibilité. Mon programme parle d’écologie mais il est plus large que cela. Il s’adresse à tout l’électorat de l’arc progressiste écolo-compatible que je défends.

Aurélien Babinot : Que proposez-vous pour le chômage des jeunes ?

La priorité est que personne ne soit sans emploi ou sans activité. D’où mon idée du revenu universel qui sera mis en place progressivement pendant la mandature de façon à verser à chaque citoyen une somme mensuelle de l’ordre de 700 euros. Je propose par ailleurs un service civique aux 18-25 ans plus ou moins obligatoire, qu’il faudra négocier avec les organisations de jeunesse. Le but est d’aider des structures qui en ont besoin, sans prendre d’emplois, et redonner du lien social. Les jeunes auront le choix d’aller à l’armée ou dans les secteurs culturels, sportifs, caritatifs pendant 6 mois-1 an. Je les mettrai ensemble pendant 15 jours au début et à la fin de cette expérience pour qu’ils se mélangent. Ils disposeront d’un revenu de service civique, complémentaire au revenu universel.

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Pascal 14 : Allez-vous abroger la catastrophique réforme du collège, et plus généralement revenir sur la loi de Refondation de l’École initiée par Vincent Peillon ?

Non, je ne me reviendrai pas sur la réforme du collège, ni sur la loi Peillon même si je veux l’aménager. Dans les quartiers en difficulté, le collège pose problème. Je pense qu’il faut deux professeurs par classe – dont un pour assurer la sécurité et l’autorité – afin de sauver des gamins de l’échec scolaire.

momo4 : Qu’avez-vous retenu de la COP 21 ?

La COP 21 a été une réussite tellement inattendue, avec la signature de plus de 100 pays. La loi de transition énergétique française où l’on baisse le nucléaire de 75 % à 50 % est à mon avis au moins aussi historique que la COP 21. C’est la première fois que les lobbys nucléaires ont perdu du poids. Au moins une dizaine de réacteurs nucléaires vont fermer, et il va falloir mettre le nécessaire sur la production d’énergie renouvelable.

Justement, que proposez-vous pour l’environnement ?

Mettre la loi transition énergétique en œuvre, c’est-à-dire accélérer la production des énergies renouvelables, de l’hydrolien à la géothermie en passant par la filière bois et le solaire photovoltaïque et thermique… Deuxième mesure : obligation, comme en Suisse et en Autriche, de transporter les marchandises en transit international en France par ferroutage ou transport combiné.

Egaan Griffin : Changer l’UE n’est pas possible. Pourquoi donc s’y accrocher ?

Je comprends que les gens ne croient plus l’Europe. On les a fait voter en 2005, ils ont répondu « non » et on leur a dit d’aller se faire voir. Mais comment penser que la France, face à des mastodontes comme la Chine ou les Etats-Unis, n’a pas besoin d’une Union européenne costaude ? Impensable. Je propose de revoir les traités et renouveler l’Union européenne avec 8, 10, 12 ou 15 pays du Sud et du Nord. Et on fait des accords de coopération renforcée avec le reste des pays, comme on a pu le faire avec la Suisse, la Norvège et maintenant la Grande-Bretagne. Il faut redonner de la crédibilité à l’Europe, avec une refondation sociale, fiscale et environnementale.

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François : Si le candidat élu lors de la primaire est idéologiquement trop éloigné de vous, soutiendrez-vous Bayrou, voire Macron, à la présidentielle ?

J’ai signé dans le document de participation à la primaire que je soutiendrai le vainqueur de cette élection. Je m’y tiendrai. Il n’empêche que si Bayrou ou Macron disent des choses intéressantes, je m’exprimerai à ce propos.

Que retenez-vous de François Hollande ?

Je retiens le fait historique de la COP 21, ou encore son attitude extrêmement responsable par rapport au terrorisme. Je vois aussi qu’il n’a pas su parler aux Français, notamment sur l’Europe. Et dès le début, on a vu une non-préparation de l’arrivée au pouvoir, un côté amateur. C’est incroyable, car cette arrivée au pouvoir était prévue. A la fin du quinquennat de Hollande, est-ce que le pays est en bon état ? Pas assez. Est-ce que c’est un pays en perdition ? Sûrement pas.

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