Primaire à gauche: Mais où sont les programmes des candidats?

PRÉSIDENTIELLE Certains candidats attendront début janvier pour dévoiler leur programme, soit moins de trois semaines avant le premier tour de la primaire...

Laure Cometti

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Les candidats à la primaire organisée en janvier 2017 par le PS: Manuel Valls, François de Rugy, Benoît Hamon, Sylvia Pinel, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Bennahmias.
Les candidats à la primaire organisée en janvier 2017 par le PS: Manuel Valls, François de Rugy, Benoît Hamon, Sylvia Pinel, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Bennahmias. — JOEL SAGET / AFP // PHILIPPE LOPEZ / AFP

A un mois du premier tour, la primaire organisée par le PS entre dans une dernière ligne droite un peu atypique. Les sept candidats en lice sont en effet contraints à une trêve forcée pendant les fêtes de fin d’année. Tous vont en profiter pour peaufiner leur projet et leur calendrier de campagne. Trois candidats n’ont pas encore dévoilé leurs propositions et ne comptent pas le faire avant la rentrée de janvier, soit à peine trois semaines avant le scrutin et une semaine avant le premier débat télévisé.

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Valls, Peillon et Pinel dévoileront leur programme début janvier

Il y a ceux qui ont mis en ligne leurs propositions, comme Jean-Luc Bennahmias (dans une rubrique sobrement intitulée « Programme » sur son site), Benoît Hamon ( ici), Arnaud Montebourg ( ici) et François de Rugy (dans un document de 73 pages, dix chapitres et 66 propositions). Mais pour connaître les projets de Vincent Peillon, Manuel Valls et Sylvia Pinel, il faudra attendre la première semaine de janvier.

Pour l’heure, les sites manuelsvalls.fr et vp-2017.fr ne comportent aucune proposition. Vincent Peillon a néanmoins mis en ligne sa « lettre aux Français » ainsi qu’une compilation de ses déclarations dans les médias. Sur le site de Manuel Valls, on retrouve uniquement des formules extraites du discours de candidature prononcé à Evry. Quant à Sylvia Pinel, elle n’a tout simplement pas de site dédié. Son programme sera publié sur le site du Parti radical de gauche, qui sera « personnalisé » pour l’occasion, nous explique son entourage.

Explication n°1 : un départ tardif 

Les trois candidats se sont lancés en dernier dans la primaire - le 5 décembre pour Manuel Valls, le 11 pour Vincent Peillon et le 14 pour Sylvia Pinel - alors que Benoît Hamon a annoncé sa candidature il y a quatre mois, le 16 août, quelques jours après Jean-Luc Bennahmias, mais avant Arnaud Montebourg (le 21 août) et François de Rugy (le 22 octobre).

« On a commencé plus tard, on s’est mis à travailler il y a dix jours », reconnaît Marc Mancel, secrétaire général de la campagne de Vincent Peillon, qui a annoncé sa candidature le 11 décembre dernier. Les vacances seront donc bien remplies, mais pas d’inquiétude pour autant : « Il a déjà écrit plusieurs programmes, il a les idées claires. On est en train d’affiner le projet, de finir la rédaction. Tout le monde va travailler ». Présenter un programme après les autres candidats peut-il être un handicap ? « A partir du moment où le projet sera présenté, on aura six jours pour l’expliquer avant le premier débat, ça suffit », affirme-t-il.

Explication n°2 : la trêve de Noël

« On ne va pas présenter le projet pendant que les gens mangent des marrons », lance Philippe Doucet, porte-parole de Manuel Valls. Il vaut mieux « se reposer » pendant les fêtes car en janvier, « on fera campagne pendant 29 jours non-stop ». « Tout va être dévoilé le 3, 4 janvier ». Tout ? « Ce ne sera pas un programme, mais des éléments d’un projet, des lignes de force, qui sont quasi finalisées. Ça avance super bien », affirme le député.

Guillaume Lacroix, vice-président du Parti radical de gauche (PRG), reconnaît que la campagne sera « très courte ». Sylvia Pinel a beau s’être lancée tard dans la course, « elle avait déjà lancé sa campagne indépendante le 26 novembre » souligne-t-il. « Donc l’équipe était constituée, l’organisation était déjà en route. Le programme du PRG existe déjà ». Les vacances de Noël seront consacrées à « peaufiner le projet de la candidate et organiser les déplacements de janvier ».

Une campagne faite dans l’urgence ?

En dépit de l’assurance affichée par les candidats « tardifs », « c’est problématique de présenter ses idées à moins de trois semaines du scrutin », estime Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. « Les candidats semblent faire l’hypothèse qu’en quelques jours ils pourront marquer l’opinion avec quelques propositions fortes ». Une mission qui n’est pas impossible, mais qui est toutefois « très difficile, surtout dans un laps de temps si court », selon le chercheur, « puisqu’ils font partie de la même famille politique et que le vainqueur aura la mission de rassembler la gauche ». Peut-être est-ce parce qu’ils sont conscients de cette urgence que Vincent Peillon et Arnaud Montebourg ont répondu ce jeudi à une pétition « Pour la sécurité sociale », se posant comme le défenseur de ce système face à François Fillon.

Partir tôt en campagne peut en revanche être un atout, estime le politologue. Cela a réussi à François Fillon lors de la primaire de la droite et à François Hollande lors de celle du PS en 2011. « Les électeurs apprécient qu’un candidat s’est préparé ». Ils pourront en juger dans deux semaines lorsque les programmes de tous les candidats seront connus.