Primaire à gauche: Sylvia Pinel, seule candidate, est-elle la «femme alibi» de la primaire?

PRÉSIDENTIELLE Sylvia Pinel, présidente du Parti radicale de gauche, va finalement participer à la primaire organisée par le Parti socialiste...

Laure Cometti

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Sylvia Pinel, présidente du Parti radical de gauche, le 25 juin 2016 à l'Elysée
Sylvia Pinel, présidente du Parti radical de gauche, le 25 juin 2016 à l'Elysée — Yann Bohac/SIPA

L’honneur est sauf, in extremis. Le Parti radical de gauche (PRG) a décidé ce mercredi de participer à la primaire de la Belle alliance populaire (BAP), le scrutin comptera donc compter une femme, une seule, sur les huit candidats déclarés. De quoi sauver les apparences, alors que la parité aura été plutôt mise à mal dans les primaires, à droite comme à gauche.

Le PRG a fait volte-face

C’est peut-être grâce à François Hollande que la primaire socialiste comptera une femme candidate. Après le discours dans lequel le chef de l’Etat a renoncé à briguer un second mandat, Sylvia Pinel, qui s’était lancée dans la présidentielle en zappant la case primaire, a estimé qu’elle pouvait revenir sur cette décision. Investie le 26 novembre dernier par le Parti radical de gauche, elle avait jusqu’alors martelé que cette primaire était une « anomalie ». Le PRG avait d’ailleurs suspendu sa participation à la BAP en juillet dernier, pour dénoncer la décision d’organiser une primaire.

Cinq mois plus tard, le PRG a donc fait volte-face. Au sein des organisateurs de la primaire, on semble prêt à passer l’éponge sur les hésitations du PRG, au nom de sa présence initiale lors de l’appel fondateur de la BAP. C’est « une bonne chose », estime Rachid Temal, co-organisateur. « Si le PRG veut revenir, c’est cohérent ».

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« Ils veulent une femme »

Certains candidats s’agacent de ce revirement, après que trois candidats ont été recalés le 8 décembre dernier (Pierre Larrouturou de Nouvelle Donne, Bastien Faudot du MRC et Sébastien Nadot du MdP). « Les organisateurs de la primaire ne veulent pas de Gérard Filoche. Par contre, ils veulent une femme », peste-t-on dans l’entourage du syndicaliste qui dit avoir rencontré des difficultés à rassembler les parrainages requis.

Depuis le retrait de Marie-Noëlle Lienemann, officialisé le 9 décembre dernier, la primaire de la gauche était en effet 100 % masculine, ce qui avait suscité des critiques de la part d’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au Numérique, ou de Cécile Duflot, candidate malheureuse de la primaire écologistes.

« Très bien, voilà une femme », réagit Marie-Noëlle Lienemann auprès de 20 Minutes la sénatrice après l’annonce de la participation de Sylvia Pinel. Avant de nuancer : « Les femmes ne sont pas là pour témoigner ».

« Une touche de modernité »

« Aujourd’hui, la parité en politique existe surtout au niveau des collectivités locales. Plus on monte les échelons, moins il y a de femmes », rappelle Maud Navarre, sociologue et chercheure associée à l’université de Dijon. Selon la spécialiste des femmes en politique, la rareté des candidates aux primaires – des « élections très personnifiées où le charisme et le leadership comptent beaucoup, des qualités perçues comme masculines » - ne fait que refléter cette réalité.

La participation de Sylvia Pinel est-elle une bonne nouvelle pour la primaire de la gauche ? « En termes d’image de cette compétition, c’est bien. Si on avait eu que des hommes, c’était moins satisfaisant », réagit un soutien de Benoît Hamon interrogé par 20 Minutes.

La présence d’une candidate pourrait effectivement avoir un impact sur la perception de cette primaire. « Certains partis préfèrent subir des sanctions financières plutôt que d’avoir une vraie parité, mais il y a de plus en plus d’efforts de faits car c’est problématique aux yeux du grand public », note Maud Navarre. « C’est sans doute pour cela que NKM a été repêchée, et c’est probablement la même manœuvre qui s’opère à gauche ». Un exemple de « femme alibi », comme le dit la sociologue : « Sylvia Pinel apporte une touche de modernité, car elle est une femme et elle est jeune ». De quoi contraster avec un « paysage politique masculin et grisonnant ».

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« La droite a tout fait pour en chercher une, elle a fait 2.6 % »

Une parité de façade pour la primaire de la gauche ? Au sein du parti socialiste (PS), on se défend en citant la primaire organisée par Les Républicains, et plus précisément Nathalie Kosciusko-Morizet, en mal de parrainages, qui a pu bénéficier d’une mobilisation de ses rivaux pour obtenir les signatures requises. « La droite a tout fait pour en chercher une, elle a fait 2.6 %… S’il y a une femme, tant mieux. Mais je m’en fous un peu. Etre moderne, ce n’est pas pousser coûte que coûte une femme à être candidate. Pourquoi pas un homo ou une lesbienne ? », évacue un soutien d’un des candidats, qui conclut : « L’important, c’est d’être moderne sur le fond des choses, de savoir ce que chacun propose pour le pays ».

« Si c’est pour faire 2,5 %, comme la seule femme candidate de la primaire à droite, ça n’a aucun intérêt », abonde Marie-Noëlle Lienemann. « C’est mieux qu’il y ait une femme parmi les candidats, mais ce n’est pas déterminant. Ce qui compte, c’est qui sera là à la fin, or à l’évidence, je ne crois pas que ce sera une femme qui représentera la gauche à la présidentielle », estime-t-elle.