Primaire à gauche: Elle sert à quoi cette candidature Vincent Peillon?

POLITIQUE L'ancien ministre de l'Education a surpris tout le monde avec sa candidature à la primaire...

Thibaut Le Gal
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Le site de campagne de Vincent Peillon ressemble à une coquille vide.
Le site de campagne de Vincent Peillon ressemble à une coquille vide. — http://www.vp2017.fr/

Il est ressorti d’outre-tombe pour être président de la République. Vincent Peillon a surpris tout le monde (et peut-être lui-même ?) en déclarant sa candidature à la primaire organisée par le Parti socialiste.

Vincent Peillon candidat ? L’ancien ministre de l’Education, qui s’était retiré de la scène politique hexagonale depuis son éviction et assurait en avril ne plus vouloir briguer de mandat électif ? L’homme qui se consacrait depuis plus de deux ans à l’écriture de polars et à ses cours à l’université de Neuchâtel ? Oui, oui, précisément cet homme-là. C’est le renoncement de François Hollande qui aurait tout changé. 20 Minutes tente d’y voir plus clair.

Un projet, quel projet ?

« J’ai mon identité politique, mon projet », a assuré l’ancien prof de philo dimanche soir sur France 2. Aujourd’hui, le site de l’intéressé [vp2017.fr] ressemble pourtant à une coquille vide : aucune mesure n’est indiquée.

Le site de campagne de Vincent Peillon ressemble à une coquille vide.
Le site de campagne de Vincent Peillon ressemble à une coquille vide. - http://www.vp2017.fr/

« La primaire n’a pas encore commencé. Les propositions arriveront dans les prochaines semaines. A Vincent Peillon de décider de la temporalité de la campagne », assure Marc Mancel, proche du candidat. « Il a pris ses responsabilités après le renoncement du président. Cette décision n’a pas été prise sur un coup de tête. C’est un choix réfléchi, pris dans un esprit de rassemblement, car il estimait que la gauche sociale-démocrate n’était pas représentée à la primaire ».

Lorsqu’il apprend la nouvelle, Pascal Terrasse, député et ami de longue date de l’ancien ministre, n’en revient pas.

« Cela faisait plusieurs années qu’il ne prenait plus part à rien. On ne le voyait plus au PS, on le voyait plus nulle part. Il avait tourné la page, je recevais ses livres… Quand Patrick Mennucci m’a annoncé sa candidature, j’ai cru à un canular »

Une candidature poussée par d’autres ?

La surprise est telle que certains s’interrogent. Le retour de Vincent Peillon serait-il motivé par des desseins plus obscurs ? Les noms de Julien Dray, Pierre Moscovici, Anne Hidalgo ou Martine Aubry sont cités dans les médias. « J’ai écouté la déclaration de candidature de Peillon et je ne sais toujours pas pourquoi il a quitté sa réserve… », réagit Luc Carvounas, sénateur proche de Manuel Valls. « Les manipulations tactiques préparées dans les officines du PS ne nous intéressent pas. J’espère que les gens dont on parle ne se mettent pas à ce niveau-là ».

Pascal Terrasse, toujours pas engagé dans cette primaire, est plus explicite : « Est-ce qu’on est allé le chercher ? Je pense que oui. Je pense qu’Anne Hidalgo et son équipe ont joué un rôle dans sa candidature. Son premier adjoint [Bruno Julliard] a travaillé avec lui à l’Education. Le cœur du PS, qu’on retrouve chez Aubry ou Hidalgo, veut réussir le même coup qu’avec Fillon ».

Le député est cependant persuadé que cette candidature n’est pas une coquille vide. « Peillon a tellement grenouillé au sein du PS qu’il possède des tas de cellules dormantes, qui pourront être réactivées rapidement pour faire campagne ». Le candidat n’a d’ailleurs pas mis longtemps à récolter les parrainages pour se présenter.

Une candidature anti-Valls ?

Loi travail, déchéance de nationalité, burkini, Europe… Depuis son entrée dans la course, il n’est pas un jour sans que Vincent Peillon torpille Manuel Valls. « J’ai vu ces attaques. Après trois ans en Suisse, il pense que le débat à gauche a trop porté sur l’identitaire, soit », peste Luc Carvounas. « Les Français sont un peuple très politique. S’il n’y a que des attaques ad hominem et pas d’idées derrière, ils vont vite se rendre compte que tout ça sonne creux », poursuit le sénateur.

« C’est une partie de ping-pong ! Plus il tape sur Valls et plus il prend des voix à Montebourg et à Hamon chez ceux qui à gauche se dirigeaient vers ces deux candidats par dépit », sourit Pascal Terrasse. « Vincent Peillon est un candidat sérieux. Si une partie de la hollandie décidait de le soutenir, il affaiblirait également Manuel Valls, et pourrait alors créer la surprise ».