Opposition Le Pen-Philippot: «Depuis 2011, un détournement du FN historique par Philippot»

INTERVIEW Le politologue Thomas Guénolé revient sur la rupture entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

— 

Florian Philippot, vice-président du FN, et la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, le 1er mai 2013 à Paris
Florian Philippot, vice-président du FN, et la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, le 1er mai 2013 à Paris — LCHAM/SIPA

La rupture est consommée. La députée frontiste Marion Maréchal-Le Pens’en prend ce dimanche à Florian Philippot, vice-président du parti. Dans une interview au JDD, ce dernier est accusé de vouloir « définir la ligne » du FN « seul sur BFM TV ». Florian Philippot avait affirmé mardi que Marion Maréchal-Le Pen était « seule » et « isolée » au FN dans son vœu de revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement. Retour sur cette division publique avec le politologue Thomas Guénolé, enseignant à Sciences-Po Paris…

Comment interpréter les déclarations virulentes que s’échangent Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot ?

Ces déclarations vont crescendo, alors qu’elles n’étaient auparavant pas publiques. Ce qu’elles révèlent, ce sont deux lignes politiques distinctes. Florian Philippot promeut une ligne souverainiste-ouvriériste, quand Marion Maréchal-Le Pen s’inscrit dans la ligne de son grand-père Jean-Marie Le Pen. Le lepéniste, au discours identitariste, est fort dans le sud-est de la France, quand la ligne de Florian Philippot imprègne le nord-est du pays qui votait communiste.

Ces responsables s’opposent sur le fait d’être « majoritaire » au sein du FN. Qui l’est ?

Depuis 2011, Florian Philippot détourne le parti FN « historique » : c’est-à-dire qu’il a imposé en partie son programme souverainiste-ouvriériste au sein du parti, et à sa dirigeante Marine Le Pen. Le dernier exemple frappant est la critique du programme libéral de François Fillon, alors qu’historiquement le FN a été libéral. Par ailleurs, le vice-président du parti a placé ses soutiens parmi les nouvelles générations de frontistes qui ont aujourd’hui 20-25 ans. Ces derniers vont progressivement prendre le pouvoir s’ils n’en sont pas empêchés avant. Les cadres du parti, entrés au FN sous l’ère de Jean-Marie Le Pen, se sont pour la plupart convertis à la ligne Philippot sous peine de marginalisation. Cependant, le FN du sud reste un parti dans le parti, et pèse lourd. Même les soutiens de Marion Maréchal-Le Pen savent qu’aujourd’hui, la ligne de Florian Philippot est une réussite électorale. C’est pourquoi ils n’oseront pas aller contre cette ligne qui est actuellement gagnante.

>> A lire aussi: IVG, PMA, mariage pour tous: Qu'en pense vraiment Marine Le Pen?

Et Marine Le Pen dans cette division ?

Marine Le Pen est une opportuniste politique, c’est-à-dire qu’elle varie son discours politique si elle y trouve un intérêt électoral. Alors que Marion Maréchal-Le Pen que Florian Philippot sont des idéologues. Marine Le Pen adopte un discours « néo-lepéniste » car elle fait une synthèse permanente entre les lignes de Marion Maréchal-Le Pen et de Florian Philippot. Elle valorise le discours de sa nièce quand elle s’érige contre la viande hallal par exemple. Mais elle s’oppose à Marion Maréchal-Le Pen sur l’IVG, car elle sait que cela lui nuit dans son électorat.

Si la crise perdure, Marion Maréchal-Le Pen pourrait-elle faire une scission, comme Bruno Mégret au FN en 1998 ?

La jurisprudence Mégret montre à Marion Maréchal-Le Pen qu’elle pourrait s’écrouler très vite en faisant sécession.

Pourquoi cette opposition s’officialise aujourd’hui, alors que les lignes Philippot/Maréchal-Le Pen divergent depuis des années ?

A mon avis, ces tentatives d’affaiblissement mutuel apparaissent aujourd’hui, car Florian Philippot souhaite faire le ménage avant que les choses sérieuses de la campagne présidentielle de Marine Le Pen démarrent, en février. Et s’il obtient la marginalisation de Marion Maréchal-Le Pen, ce sera un triomphe de sa stratégie générale au sein du FN et un affermissement de sa ligne programmatique. Soit un détournement du FN historique.