Kouchner: un chef de la diplomatie doit savoir "avaler son chapeau"

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Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a expliqué jeudi qu'un ministre des Affaires étrangères devait savoir "avaler son chapeau" quand la normalisation des relations avec certains pays, comme la Libye, était en jeu, même si ce n'était "pas toujours facile".
Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a expliqué jeudi qu'un ministre des Affaires étrangères devait savoir "avaler son chapeau" quand la normalisation des relations avec certains pays, comme la Libye, était en jeu, même si ce n'était "pas toujours facile". — Pierre-Philippe Marcou AFP

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a expliqué jeudi qu'un ministre des Affaires étrangères devait savoir "avaler son chapeau" quand la normalisation des relations avec certains pays, comme la Libye, était en jeu, même si ce n'était "pas toujours facile".

"De temps en temps, il faut avaler son chapeau dans ce métier", a déclaré le ministre lors d'une audition devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les conditions de libération en juillet dernier des infirmières et du médecin bulgares détenus en Libye. "Mais c'est comme ça, il faut que les relations se normalisent parce que c'est un atout", a-t-il poursuivi.

Les états d'âme de l'ex French doctor

Kouchner, ex-médecin très impliqué dans l'action humanitaire, n'a pas caché que traiter avec certains régimes n'allait pas sans états d'âme. "Est-ce que c'est facile à accepter? Pas tellement. Mais alors, il faut démissionner, n'est-ce pas?", s'est demandé l'ancien French doctor.

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"Parce qu'il y a beaucoup d'autres pays dans le monde avec lesquels nous entretenons des relations bizarres et nécessaires pour notre pays. Il y a bien d'autres pays producteurs de pétrole avec lesquels nous sommes dans des relations extrêmement difficiles", a-t-il plaidé.

Avec la Libye, grâce à la libération des personnels soignants bulgares, "nous avons repris le cheminement routinier des relations entre Etats, même si le souvenir de ce qui s'est passé" avec ce pays "ne m'est pas sorti de la mémoire", a dit le ministre. "Et pour bien d'autres raisons, et bien d'autres pays, il faut de temps en temps prendre sur soi, bien entendu ce n'est pas toujours facile", a-t-il assuré.

«Passé terroriste de la Libye»

Le ministre a justifié le rapprochement entre Paris et Tripoli, tout en soulignant que cela "ne signifie pas l'oubli d'une longue histoire tourmentée" entre les deux pays, notamment leur opposition au Tchad ou l'attentat contre un DC-10 d'UTA (170 morts le 19 septembre 1989 au dessus du désert du Ténéré). "Nous n'oublions pas le passé terroriste de la Libye", a-t-il ajouté.

Il a toutefois mis en exergue l'engagement de Tripoli de renoncer aux armes de destruction massive et au terrorisme, pour souligner que "la France ne pouvait pas ignorer cette évolution fondamentale de la Libye".

Interrogé pour savoir si la libération des Bulgares, pour laquelle le président Nicolas Sarkozy s'est personnellement impliqué, avait fait l'objet de "conditions cachées", il a répondu: "je me suis posé la question moi-même, et je ne le crois pas du tout". Ce dossier était "le dossier du président de la République", a-t-il également reconnu, tout en démentant en avoir été écarté. "J'ai été associé depuis le début" et "en permanence", a-t-il assuré.

Le colonel Kadhafi doit arriver en France, probablement le 10 décembre, a précisé Bernard Kouchner, pour une visite officielle, la première depuis 34 ans, signe d'une normalisation des rapports entre Paris et Tripoli.