Une primaire PS «pas open bar», enfin ça dépend pour qui

ELECTIONS Trois candidats ont été exclus de la primaire socialiste...

Thibaut Le Gal

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Jean-Christophe Cambadélis
Jean-Christophe Cambadélis — SIPA

C’est l’histoire d’une « Belle alliance populaire »… qui tourne au vinaigre. Voilà quelques mois, le Parti socialiste décide d’organiser une primaire élargie pour « désigner un candidat unique de la gauche et des écologistes pour l’élection présidentielle de 2017 ». D’emblée Jean-Luc Mélenchon dit « non ». Il est suivi par Emmanuel Macron et le candidat écolo Yannick Jadot.

La primaire a du plomb dans l’aile ? Pas du tout : les candidatures se multiplient. A tel point que mercredi, le Cnop (comité national d’organisation de la primaire) décident d’exclure trois candidats : Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Sébastien Nadot (MdP) et Bastien Faudot (MRC). La raison invoquée ? « Tout le monde veut en être. Mais la primaire de la gauche ça n’est pas open bar. Il faut mettre un peu d’ordre si nous voulons que Macron et Mélenchon puissent participer », se justifie Jean-Christophe Cambadélis.

« C’est une primaire à la gueule du client »

Le Premier secrétaire produit un étrange argumentaire. On a donc tenté d’y voir plus clair avec Rachid Temal, co-organisateur de la primaire. « Dès le départ, le PS, l’UDE, le Front démocrate ou le PRG ont voulu organiser cette primaire. Il est donc normal que les acteurs de la Belle alliance populaire acceptent ou non les candidats qu’ils souhaitent ». Il poursuit :

« Comme la primaire prend de l’ampleur, le MRC, le Mdp et Nouvelle Donne veulent avoir une tribune. L’enjeu n’est pas de permettre à monsieur Duchmol de passer à la télé ».

Le Parti socialiste invoque un « intérêt un peu tardif » des « Duchmol »… mais continue dans le même temps de tendre la main à Macron et Mélenchon, qui martèlent depuis des mois leur opposition au scrutin. Paradoxal, non ?

« C’est un autre débat. Depuis janvier, nous plaidons pour une primaire de Macron à Mélenchon. Nous sommes cohérents : notre volonté est de rassembler face au bloc de droite et d’extrême droite », répond Rachid Temal. « La participation des candidats exclus ne changera pas le paysage de la gauche, avec tout le respect que je leur dois ».

Un « habillage juridique à géométrie variable »

Les exclus, eux, enragent. Bastien Faudot, qui n’a récolté que « 232 parrainages » sur les 500 pour la présidentielle, dénonce un « habillage juridique à géométrie variable. « Jean-Christophe Cambadélis ne peut pas dire qu’il ne veut pas de nous car nous ne sommes pas membre de la BAP et appeler en même temps Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron à participer, alors qu’ils ne sont pas plus membre de la BAP… C’est une primaire à la gueule du client en fait. C’est Cuba sans le soleil ! », s’agace-t-il à Public Sénat.

«En considérant que les représentants des formations politiques autres que la sienne sont des "duchmol", Monsieur Témal insulte tous les gens anonymes des classes populaires. L'appareil politique du PS semble donc définitivement tourner le dos aux citoyens modestes ou dans la souffrance», a réagi par la suite Sébastien Nadot.

Pierre Larrouturou a lui déposé un recours au siège de la Haute autorité des primaires citoyennes. « Ils vont accepter un Jean-Luc Bennahmias qui a créé un parti il y a trois mois, et nous refuser alors que 550.000 personnes ont voté pour Nouvelle donne aux Européennes ? ». La Haute autorité devrait se prononcer dans les 24 heures.