Hollande renonce: Service rendu à la gauche ou cadeau empoisonné?

PRIMAIRE SOCIALISTE L’abandon de François Hollande dans la course à l’élection présidentielle multiplie les possibilités de candidature au Parti socialiste…

Olivier Philippe-Viela
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François Hollande a annoncé qu'il ne présenterait pas à sa succession en 2017, le 1er décembre 2017
François Hollande a annoncé qu'il ne présenterait pas à sa succession en 2017, le 1er décembre 2017 — Lionel Bonaventure/AP/SIPA

« Comme socialiste, je ne peux accepter, je ne peux me résoudre à la dispersion de la gauche, à son éclatement parce qu’elle priverait de tout espoir de l’emporter face au conservatisme, et pire encore, face à l’extrémisme. » Lors de sa courte allocution télévisée jeudi soir, François Hollande a justifié son renoncement par la nécessité de ne pas aggraver les divisions au sein de sa famille politique.

Mais cet abandon, qui laisse la place à une candidature de son Premier ministre Manuel Valls, est contraire à l’esprit très monarchique de la Ve République. Le président sortant a toujours été le candidat naturel de son camp (sauf pour MM. Mitterrand et Chirac au terme de leurs seconds mandats, pour des raisons de santé).

« Il est encore en situation de rassembler la plupart de son camp, ce qui n’est pas le cas de tous », jugeait mi-octobre le chef du PS Jean-Christophe Cambadélis. En rompant avec cette logique, François Hollande soulage le Parti socialiste d’une candidature particulièrement impopulaire dans l’opinion publique, mais ouvre la porte à toutes les ambitions pour la primaire de la gauche qui doit normalement se tenir les 22 et 29 janvier 2017. Et, entre les candidatures certaines et les folles rumeurs, l’annonce du président a mis tout le monde en ébullition.

Sont déjà dans les starting blocks :

Jean-Luc Bennahmias

Gérard Filoche

Arnaud Montebourg

Marie-Noëlle Lienemann

François de Rugy

Benoît Hamon

Pierre Larrouturou

Devrait rejoindre la ligne de départ :

Manuel Valls

Sont évoqués en vrac :

Najat Vallaud-Belkacem (par Le Figaro)

Ségolène Royal (par le JDD)

Bernard Cazeneuve (par Le Monde)

Marisol Touraine (par Le Point)

Christiane Taubira (par une pétition)

En somme, une dizaine de possibilités plus ou moins farfelues, et un joyeux bazar accentué par l’annonce d’un président qui assurait vouloir éviter « la dispersion de la gauche ». Même si tous les noms évoqués plus haut ne seront pas au rendez-vous (y compris parmi les candidats déclarés qui doivent encore recueillir les parrainages nécessaires), la liste des aspirants offre un large nuancier des tendances au sein de la gauche dite modérée.

« Assumer le conflit profond et ouvert avec la gauche du parti »

« Il a pris une décision sage, réaliste, lucide et hautement respectable qui permet à la gauche de préparer son avenir », a réagi dès l’annonce Arnaud Montebourg. La gauche oui, mais laquelle parmi ses multiples tendances ? Car plusieurs gauches aux « positions irréconciliables », disait encore début 2016 Manuel Valls, cohabitent dans la galaxie PS. Peu de points communs entre les projets politiques du Premier ministre et de Gérard Filoche par exemple.

La probable candidature de Manuel Valls, qui représente l’aile droite des socialistes, risque d’accentuer la division idéologique du mouvement. « Dans cette primaire, il sera obligé d’assumer le conflit profond et ouvert avec la gauche du parti », explique Gérard Grunberg, politologue à Sciences Po et ancien membre du Parti socialiste tendance Michel Rocard. « Mais le centre du PS en revanche ne veut pas que ce soit Valls, et ils ne veulent pas non plus des frondeurs et de Montebourg. Sauf qu’ils ne trouvent pas de candidat. » François Hollande, qui cultivait son image de synthèse des gauches, aurait pu jouer ce rôle.