Primaire à droite: «Ça m'a atteint»... Comment les équipes de campagne gèrent le blues

LES REPUBLICAINS Les petites (et grandes) mains des candidats déçus de la primaire à droite doivent se remettre d’un résultat qu’ils n’avaient pour la plupart pas imaginé…

Olivier Philippe-Viela

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Des militants pro-Sarkozy au siège des Républicains à Lille, le 20 novembre 2016.
Des militants pro-Sarkozy au siège des Républicains à Lille, le 20 novembre 2016. — Sarah ALCALAY/SIPA

La campagne a duré quelques mois pour certains, plusieurs années pour d’autres. Au soir du premier tour de la primaire de la droite et du centre, le 20 novembre, cinq des sept équipes de campagne des candidats ont dû interrompre leur travail ou le réorienter en faveur d’Alain Juppé ou François Fillon. La victoire du second dimanche dernier, de même que son score sept jours plus tôt, a pris de court les soutiens logistiques des favoris au départ  Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Ceux qui ont du mal à encaisser, et ceux qui rebondissent

Certains avaient mis leur carrière professionnelle entre parenthèses le temps de la campagne. D’autres misaient tout sur leur champion. Les militants de Nicolas Sarkozy notamment, qui n’avaient pas prévu dans leur plan quinquennal une élimination dès le premier tour. « La chute est brutale, en l’espace d’une heure, on se retrouve sans emploi », témoigne Sacha Straub-Kahn, community manager de « NouS les jeunes ». Le jeune homme de 22 ans a consacré cinq mois à la campagne de l’ancien chef de l’Etat, depuis fin juin : « C’est plus qu’un boulot à plein-temps, c’est une vie à plein-temps, surtout pour un candidat de ce type. Peu importe ce que l’on pense de lui, Nicolas Sarkozy est une personnalité extrêmement motivante. »

Les réactions ont été variables suivant les équipes de campagne. Si les sarkozystes ont mis, et mettront encore un peu de temps à s’en remettre (cf les cartes d’adhérents LR découpées), les soutiens de Bruno Le Maire n’ont pas vraiment connu de période de flou. Le score de leur candidat a été bien inférieur à ce qu’ils espéraient (2,4 %), mais l’ancien ministre de l’Agriculture s’est rapidement rallié à François Fillon, de quoi remobiliser tout le monde pendant la semaine de l’entre deux-tours, et au-delà. Robin Freret, responsable de sa communication numérique, n’a pas soufflé depuis deux ans : « Nous étions en campagne sans s’arrêter depuis 2014. Le lendemain du premier tour, il y avait le risque de se retrouver les bras ballants. Il fallait vite trouver quelque chose à faire, donc nous nous sommes tout de suite remis au travail avec l’équipe de François Fillon. C’est ce qui nous a évité une petite dépression post-campagne. »

« Contre mauvaise fortune bon cœur »

Au soir du premier tour, l’équipe de Nicolas Sarkozy, la plus surprise et déçue par le résultat, a eu sa propre méthode pour repousser le blues : faire la fête. « On n’aurait pas pu se le permettre si on avait été au second tour. On a fait contre mauvaise fortune bon cœur, il ne restait que ça », explique Sacha Straub-Kahn. Manière aussi de se rassembler entre membres du staff, après plusieurs mois de travail commun, confirme Robin Freret : « L’aventure humaine compte énormément. La campagne pour la présidence de l’UMP en 2014 avait créé un socle soudé autour de Bruno Le Maire, une émulation collective qui nous a permis de mieux négocier les virages, y compris les plus difficiles comme après le premier tour. Ce lien au sein des équipes de campagne ne s’éteint pas du jour au lendemain. »

Mais si Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire n’ont pas eu des scores aussi élevés qu’espérés, le grand perdant de la primaire reste Alain Juppé, en tête des sondages pendant presque toute la course. Dans son staff de campagne aussi, il y a ceux qui avaient une solution de repli, et ceux qui n’avaient pas anticipé l’échec. Charles Hufnagel, chargé de la communication du candidat à partir de juillet, n’a pas eu de souci professionnellement, puisqu’il est retourné à la direction de la com’de Saint-Gobain, le géant des matériaux de construction, où il avait été nommé en janvier : « Il y a sans doute une baisse d’adrénaline. Mais j’ai la chance de reprendre immédiatement une activité professionnelle. Je retrouve mes collègues, les équipes, donc je n’ai pas le temps de cogiter. C’est sans doute beaucoup plus dur pour mes amis pour qui tout s’est arrêté brutalement et qui doivent rebondir. »

Le directeur de campagne de Juppé touché

Comme les soutiens de Bruno Le Maire, une partie de l’équipe Juppé s’est déjà mise en ordre de marche pour la campagne de François Fillon. Matthieu Ellerbach, responsable des « Jeunes avec Juppé », après deux ans de travail pour soutenir l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, concède un blues passager, vite balayé par le calendrier politique : « La déception est là, mais il faut aller de l’avant. Nous connaissions les règles de la primaire, nous les avions acceptées. » L’équipe de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’était rangée derrière Alain Juppé après le premier tour, a choisi la même approche. Grégoire de Lasteyrie, qui gérait la campagne de la députée de l’Essonne, abonde : « Ce qui nous rassemble est plus grand que ce qui nous divise. Nous participerons de la manière dont François Fillon le souhaitera pour faire gagner la droite en 2017. »

Le directeur de campagne du maire de Bordeaux, Gilles Boyer, se fait en revanche très discret depuis dimanche. « Il n’est pas en pleine forme, mais il travaille sur l’après », juge un membre de l’équipe Juppé. Celui qui se décrivait dans un portrait du Monde comme « introverti » et « antinomique » avec le monde politique s’est contenté depuis de trois tweets : un premier pour saluer la victoire de François Fillon et l’organisation de la primaire (dimanche soir) ; un deuxième, très second degré, pour soutenir Alain Juppé en vue de 2022 (lundi matin) ; et un troisième, ce mercredi, montrant une affiche promotionnelle d’un roman sur un conseiller d’un candidat à la présidentielle qu’il a co-écrit, avec cette accroche qui surplombe le livre : « Le patron allait être élu. Tout avait été préparé. Et puis… ». « Et puis… », répète et souligne Gilles Boyer en légende de l’image.

Le conseiller d’Alain Juppé, qui n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes, a déclaré pendant l’entre deux-tours, à propos du résultat surprise du premier, que « ça m’a atteint, cela fait deux ans que l’on fait la course en tête. Ce retournement spectaculaire est arrivé à un moment où, dans une élection normale, il aurait été impossible que cela se produise. » Charles Hufnagel résume le moral des troupes : « Ça m’étonnerait que je sois le seul de l’équipe Juppé à mal dormir. »