Primaire à droite: «En matière d'élections, l'avenir est aux seniors, pas au jeunes»

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, au sujet de la surparticipation des seniors à la primaire de la droite, comme dans toutes les élections…

Propos recueillis par Laure Cometti
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Le bureau de vote Liberté à Rennes, ici au second tour de la primaire de la droite et du centre.
Le bureau de vote Liberté à Rennes, ici au second tour de la primaire de la droite et du centre. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Les seniors ont-ils fait la primaire de la droite ? Selon un sondage, les Français âgés de 65 ans et plus auraient représenté 39 % des votants, alors qu’ils comptent pour 18,6 % de la population totale selon l’Insee. Cette tranche d’âge a donc eu un poids prépondérant dans l’élection du champion de la droite, cohérent avec la surparticipation électorale générale des seniors. 20 Minutes a interrogé Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et auteur d’une note du Cevipof intitulée « Les seniors au centre de l’élection présidentielle de 2017 », parue en avril 2016.

Comment expliquer la surparticipation des seniors lors de la primaire de la droite ?

D’une manière générale, le taux de participation des personnes âgées de 65 ans et plus a toujours été beaucoup plus élevé que celui des jeunes, qui s’est écroulé, en tout cas depuis que l’on est capable de les mesurer, depuis la fin des années 1970. De plus, le niveau de culture politique des seniors est plus élevé que celui des jeunes, y compris les jeunes diplômés.

En outre, cet électorat s’oriente très majoritairement vers la droite parlementaire. Si l’on compare tous les seconds tours des élections présidentielles depuis 1965, il choisit toujours le candidat conservateur. Cela peut donc expliquer sa forte mobilisation à la primaire de la droite.

Les seniors ont donc un poids prépondérant dans toute élection ?

En suffrages exprimés, ils représentent un tiers de l’électorat, 13 à 14 millions de voix. C’est donc un phénomène démographique très important, et ce poids va augmenter à cause du vieillissement de la population française. En matière d’élections, l’avenir est aux seniors, pas aux jeunes.

Cet électorat a-t-il pesé sur le résultat de la primaire ?

L’offre politique de François Fillon est en symbiose avec la demande des seniors, qui aspirent à un conservatisme moral et un libéralisme économique. Ils veulent un Etat fort. Ils préfèrent des politiques de réduction des déficits pour préserver leur patrimoine dans l’optique de la succession, et par peur du déclassement de leurs successeurs. C’est le candidat dont le programme est le plus en adéquation avec les demandes des seniors qui a gagné cette primaire. Cela n’est pas vraiment un inconvénient pour la suite car les seniors se mobiliseront à nouveau lors de la présidentielle. Il y a globalement un grand mouvement de fond vers le conservatisme moral et culturel, qui touche l’ensemble de l’électorat. Et qui s’accentue lorsque l’on scrute les électeurs de droite et les plus âgés.

Les seniors soutiendront-ils François Fillon à la présidentielle ?

La volonté de réduire les moyens hospitaliers et les dépenses publiques pourrait susciter des réactions négatives chez les seniors, très attachés aux services publics, surtout les retraités modestes. Le Front national, qui a effectué une poussée au sein de cet électorat, l’a bien compris en se positionnant comme le parti défenseur des services publics.

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