Primaire à droite : Alain Juppé ou l’éternel revenant de Bordeaux

HISTOIRE SANS FIN Défait au second tour de la primaire, le maire Les Républicains de Bordeaux va une nouvelle fois revenir sur les seules terres qui ne l’ont pas trahi…

Armelle Le Goff

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Le 27 novembre 2016, Alain Juppé et sa femme Isabelle devant le bureau de vote de Bordeaux Caudéran pour le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre
Le 27 novembre 2016, Alain Juppé et sa femme Isabelle devant le bureau de vote de Bordeaux Caudéran pour le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre — M.Bosredon/20Minutes

Retour au bercail. Une nouvelle fois. Bordeaux l’avait accueilli après sa condamnation en justice et l’exil québécois. C’est là qu’Alain Juppé devrait revenir à la politique après sa défaite au second tour de la primaire à droite.

Ex-Premier ministre, ex-ministre des Affaires étrangères, « le meilleur d’entre nous », ainsi que le qualifiait affectueusement Jacques Chirac, a donc raté son pari face à François Fillon.

 

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Le gagnant a perdu

Il devait pourtant gagner haut la main. Tous les sondages et autres enquêtes d’opinion l’avaient placé en tête des candidats à la primaire de la droite pendant des mois. On imagine donc combien la chute fut rude au soir du premier tour, le 20 novembre, lorsque les électeurs ne le placèrent que 16 points derrière François Fillon, avec 28,6 % des voix contre 44,1 %.

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Du coup, l’entre-deux-tours le vit attaquer son adversaire tous azimuts au point d’agacer les électeurs de sa famille politique. Il a notamment dénoncé le programme économique brutal de son rival ou, dans les colonnes, de 20 Minutes : « [ses] positions tournées vers le passé plutôt que vers l’avenir. Ma conception de la femme dans la société est plus moderne. Il a dit, par exemple, qu’il était contre l’IVG à titre personnel. J’ai toujours considéré que c’est un droit fondamental. Enfin, je ne suis pas soutenu par Sens commun, un mouvement politique qui a une vision réactionnaire de la société. Revenir sur le mariage pour tous constitue un débat inutile. »

Jeudi soir néanmoins, lors du débat de l’entre-deux-tours, Alain Juppé a évité toute prise de bec avec François Fillon.

Une campagne « ignominieuse » qui ne passe pas

Mais il n’aura pas su convaincre. Ses positions sur l’Islam et la société et sa notion d'« identité heureuse » ont échoué à être entendues de son électorat : « Le rôle d’un président est de donner de l’espoir, je n’en démordrai pas. Il existe une France malheureuse, qui souffre, et une autre plus optimiste. Je souhaite rapprocher ces deux France, pas les dresser l’une contre l’autre », rappelait-il aussi dans l’interview qu’il accordée à 20 Minutes le mardi 22 novembre. Avant de dénoncer la campagne « ignominieuse » dont il aurait été victime et qui trahit son incompréhension face au résultat des urnes : « On m’a accusé d’avoir construit à Bordeaux une gigantesque mosquée à coups d’argent public. Elle n’existe pas. J’ai aussi été baptisé “Ali Juppé” et “le grand mufti de Bordeaux” ».

« Faire barrage au Front national »

Il l’a dit, même en cas d’échec, Alain Juppé continuera à prôner le rassemblement pour sa famille politique Les Républicains. « Je crois plus que jamais que le peuple de France a besoin de se rassembler pour tourner la page d’un quinquennat désastreux qui a abaissé notre pays et pour faire barrage au Front national qui nous entraînerait dans la pire des aventures » a-t-il déclaré. Seule inconnue, la stratégie qu’adoptera François Bayrou, qui n’excluait pas de concourir à l’Elysée en cas de défaite de son champion Alain Juppé.