Primaire de droite: François Fillon est-il le «candidat des catholiques»?

PRIMAIRE DE DROITE Arrivé en tête du premier tour de la primaire, Fillon a pu compter sur une partie de l’électorat catholique, mais cela n’explique pas sa percée…

Olivier Philippe-Viela

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François Fillon à Chassieu (Rhône), le 22 novembre 2016.
François Fillon à Chassieu (Rhône), le 22 novembre 2016. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Depuis dimanche, François Fillon et Alain Juppé, les deux candidats restants de la primaire de la droite et du centre, se livrent à un drôle de jeu pour séduire l’électorat catholique. En particulier le maire de Bordeaux, non pratiquant, qui se met à revendiquer sa culture religieuse dans des proportions qu’on ne lui connaissait pas : « Je dis à mes coreligionnaires catholiques que moi, je suis plus proche de la parole du Pape François que de la Manif pour tous ! », a-t-il lancé dès lundi sur France 2.

Cette cristallisation du débat autour des valeurs catholiques est bien sûr due à la percée de François Fillon au premier tour. Ses positions sociétales, sa foi affichée et le soutien qu’il a reçu de Sens commun, émanation politique de la Manif pour tous au sein des Républicains, l’ont fait passer pour « le candidat des catholiques ». Dimanche soir, l’hebdomadaire confessionnel La Vie titrait « Pourquoi la stratégie de François Fillon a payé auprès des catholiques ».

Le vote catholique semblable aux scores généraux

Il est vrai que les personnes de confession catholique qui ont voté dimanche ont surtout choisi François Fillon. Ce qui ne veut pas dire que « les catholiques » ont fait gagner l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy.

Le lendemain du premier tour, lundi, l’institut de sondages OpinionWay a publié une étude sociologique des électeurs. Premier point, les personnes sondées se déclarant catholiques (pratiquants ou pas) ont voté quasiment dans les mêmes proportions pour chacun des trois premiers candidats que l’ensemble des électeurs du scrutin : 45 % pour Fillon (44,1 % en tout), 28,9 % pour Juppé (28,6 % en tout), 21,3 % pour Sarkozy (20,7 % en tout).

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« C’est totalement abusif de dire que les catholiques ont fait gagner Fillon. C’est une construction politique de ceux qui cherchent à le discréditer, et une manoeuvre de Sens commun aussi pour surévaluer son poids dans ce scrutin », s’agace Yann Raison du Cleuziou, maître de conférences à l’université de Bordeaux et spécialiste de l’histoire contemporaine du catholicisme. Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay, confirme le biais : « Le vote catholique n’est pas ce qui a fait basculer l’élection vu l’écart entre les deux premiers. Les catholiques pratiquants réguliers ont certes majoritairement voté Fillon, à 53,6 %. C’est plus que son score, mais ce n’est pas délirant. »

D’autant que ce corps électoral des catholiques pratiquants réguliers pèse à peu près 8 % des votants de dimanche. Du coup, « ça ne représente qu’environ 4 % des électeurs de Fillon, souligne Bruno Jeanbart. Il y a même, en part d’électorat, moins de catholiques pratiquants réguliers chez Fillon que chez Juppé ! »

Beaucoup de catholiques penchent pour Juppé

On ne peut pas dire qu’ils ont fait gagner le député parisien, même s’il a très clairement attiré cet électorat-là, explique Yann Raison du Cleuziou : « François Fillon a mobilisé les catholiques observants, c’est-à-dire 30 % des catholiques pratiquants hebdomadaires, une frange plutôt bourgeoise, hermétique au Front national, attachée à la fois à la défense des positions du magistère catholique sur la famille et à une certaine orthodoxie libérale. »

La carte du vote Fillon ne correspond d’ailleurs pas exactement à la géographie du catholicisme français présentée par l’Ifop (similaire à celle du prêtre Fernand Boulard, pionnier de la sociologie catholique). On retrouve un ancrage dans l’Ouest, en Bretagne notamment, mais aussi dans la Sarthe, ce qui s’explique plus par le fait qu’il s’agit du bastion politique de l’ancien Premier ministre. Mais d’autres bassins traditionnellement catholiques lui ont accordé moins de voix en moyenne qu’au niveau national, comme les Pyrénées-Orientales et le sud du Massif central. Alain Juppé y fait des scores équivalents voire meilleurs. Pourquoi ? Parce que le maire de Bordeaux a lui aussi son électorat croyant.

Une religion marquée à droite

« Il ne faut pas oublier que les catholiques sont aussi centristes, parfois de gauche. Parmi les pratiquants réguliers, il y en a évidemment qui soutiennent le mariage homosexuel par exemple. Probablement que Juppé a récupéré cette frange centriste des catholiques, et Fillon la partie la plus traditionnelle », analyse le responsable d’OpinionWay. Ce qui expliquerait cette inversion dans les préférences des catholiques pratiquants occasionnels : 54,1 % ont choisi Juppé, 22,8 % seulement Fillon. « Il a aussi mobilisé un vote de catholiques pratiquants, car ce n’est pas un univers homogène, il y a des sensibilités clivées. Juppé a des convergences avec la récente lettre des évêques de France. Il essaye de récupérer une fracture interne au catholicisme », précise le politologue de l’université de Bordeaux.

Cette fracture est entre un courant identitaire, que Fillon a séduit, et un courant démocrate-chrétien, plus proche de Juppé et François Bayrou, explique le sociologue Philippe Portier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études. Selon lui, « cette primaire montre que le catholicisme reste un marqueur de la droite, mais être catholique n’a pas joué en tant que tel dans le résultat final, car ce ne sont pas des familles unifiées idéologiquement ».

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