François Fillon, vrai ami de Vladimir Poutine ou simple relation de travail?

DIPLOMATIE Le favori de la primaire de la droite connaît bien le président russe, qu’il voit comme un partenaire…

Olivier Philippe-Viela

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François Fillon et Vladimir Poutine à Moscou le 19 septembre 2013
François Fillon et Vladimir Poutine à Moscou le 19 septembre 2013 — Michael Klimentyev / RIA NOVOSTI / AFP

Début mai 2012, au lendemain de l’élection de François Hollande, le Premier ministre François Fillon recevait un coup de téléphone de Vladimir Poutine, venu aux nouvelles, et à qui il confiait son projet pour rebondir. « Je vais prendre le parti », la présidence de l’UMP, avait-il détaillé, comme le racontait L’Express. Quatre ans après, le président russe doit se frotter les mains devant le résultat du premier tour de la primaire de la droite, qui a placé le plus « poutinophile » des politiques français largement en tête des suffrages.

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La presse russe salue depuis dimanche la percée d’un « candidat pro-russe », selon le quotidien économique Vedomosti, de « l’ami François », écrit même l’hebdomadaire Ekspert. Proches, Vladimir Poutine et François Fillon le sont effectivement. « Il cultive une vraie amitié avec le président russe, ils se tutoient, et cela aura des conséquences sur la politique étrangère » si Fillon est le futur chef de l’Etat français, assurait à 20 Minutes le journaliste Nicolas Hénin, auteur de La France russe. Vraiment ?

Invité à de multiples reprises en Russie

Au cours de sa campagne, le député de Paris a pris le contre-pied d’Alain Juppé sur la relation à avoir avec la Russie, et in fine, sur la question syrienne. François Fillon veut d’une diplomatie française bien plus en accord avec les vues de Vladimir Poutine, c’est-à-dire un soutien au régime de Bachar Al-Assad et la levée des sanctions de l’UE contre la Russie imposées depuis la crise ukrainienne.

Hervé Mariton, russophone contrairement à Fillon, vice-président du groupe d’amitié franco-russe à l’Assemblée nationale et soutien d’Alain Juppé, a une tout autre conception des rapports à entretenir avec Vladimir Poutine : « On peut être aimable et en bons termes avec la Russie sur le plan des échanges culturels, scientifiques, etc. mais ce n’est pas parce qu’on a des différends avec la diplomatie américaine qu’il faut revoir nos stratégies d’alliance. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis. D’ailleurs Daesh n’a pas toujours été la priorité de Bachar Al-Assad. »

L’ancien Premier ministre, régulièrement invité en Russie où il a rendu visite à Poutine pour une partie de billard à Sotchi, ou dans sa datcha près de Moscou, déclarait pourtant dans Valeurs actuelles en juin 2015, au sujet de la stratégie russe en Syrie : « Il faut se féliciter qu’elle soit intervenue. Sinon, nous aurions sans doute en face de nous un État islamique encore plus puissant. » En septembre 2013, il agaçait François Hollande en déclarant à Valdaï, lors d’un forum international pro-russe, que la France devait retrouver « son indépendance et sa liberté de jugement et d’action qui seules lui confèrent une autorité dans cette crise » syrienne.

Des mots prononcés en présence de Poutine, ce « cher Vladimir » avec qui il s’amusait à cette occasion de leurs candidatures aux présidentielles respectives de leurs pays.

Des intérêts économiques français en jeu

Mais en dépit de toutes ces marques d’affection mutuelles (quand François Fillon avait perdu sa mère, Vladimir Poutine lui avait offert une bouteille de vin datée de son année de naissance, 1931), le député parisien continue d’affirmer, comme sur France Inter début novembre, qu’il n’a « aucune relation personnelle » avec le président russe. « Fillon n’a pas de fascination particulière pour Poutine, c’est une relation de travail », décrit Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe à Moscou. Les deux hommes ont été chefs de leurs gouvernements respectifs à la même période (2008-2012 pour Poutine) et « ce sont eux qui ont relancé les relations économiques franco-russes », ajoute-t-il.

Vladimir Poutine et François Fillon, les Premiers ministres russe et français, ont insisté ensemble vendredi sur la nécessité de
Vladimir Poutine et François Fillon, les Premiers ministres russe et français, ont insisté ensemble vendredi sur la nécessité de - Alexey Nikolsky AFP/Ria/pool

Fillon serait-il un pragmatique qui flatterait son partenaire d’affaires juste pour les intérêts économiques hexagonaux ? « La France est le premier investisseur européen en Russie, la Russie est le troisième marché pour les exportations françaises hors UE, et les groupes français [surtout Auchan, Ndlr] sont les premiers employeurs étrangers en Russie », liste Arnaud Dubien. L’argument économique est une des raisons évidentes de ce lien Poutine-Fillon, mais il y a bien une proximité affective, assure Thierry Mariani, député LR des Français de l’étranger pour la Russie et soutien de longue date de François Fillon dans la course à l’investiture républicaine : « Le courant est passé, il y a une estime réciproque. Je me souviens d’une réunion à Moscou où j’avais attendu 1h30 de plus que la durée prévue de leur rencontre. Ils ont parlé pendant 3h. Je ne vois pas Vladimir Poutine accorder plus d’une heure à quelqu’un pour qui il n’a pas d’estime. »

Une image gaulliste en Russie

« En Russie, que ce soit dans les cercles dirigeants ou dans la population, François Fillon a une image de gaulliste, c’est-à-dire fidèle à une diplomatie moins bipolaire, à une image continentale de l’Europe, "de l’Atlantique à l’Oural" pour reprendre les mots de De Gaulle », souligne Arnaud Dubien, qui rappelle la visite du général en URSS en 1966, quelques mois après le retrait du commandement intégré de l’Otan.

Thierry Mariani confirme l’image gaulliste de Fillon dans l’opinion russe : « Il a toujours eu des positions constantes et il est perçu comme l’héritier de De Gaulle, parce qu’il est dans cette tradition française d’une politique occidentale mais pas hostile à la Russie, et les Russes se disent qu’il y a enfin quelqu’un pour les écouter. »

Le nouveau favori de la primaire de la droite chercherait donc un point d’équilibre - il souhaite d’ailleurs une alliance Trump-Poutine - et ne passerait pas tout à son homologue, « un bouledogue [avec] un côté chaleureux et sensible » comme il le décrivait dans L’Express, et à qui il avait un jour demandé « pourquoi tu soutiens ce salopard de Bachar ? ». Réponse de Poutine : « Tu sais, toi, ce qu’il y a en face ? Moi, non, et tant que je ne saurai pas, je ne céderai pas. »

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