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ELECTIONSFillon, le «Thatcher de la Sarthe» qui revient de (très) loin

Primaire à droite: Fillon, le «Thatcher de la Sarthe» qui revient de (très) loin

ELECTIONSArrivé premier dimanche soir, l'ancien Premier ministre revient de loin...
Fillon, 2016
Fillon, 2016 - JEFF PACHOUD / AFP
Thibaut Le Gal

Thibaut Le Gal

Le parcours des hommes politiques se construit parfois sur des revanches personnelles. est de ces hommes là. Le « Thatcher de la Sarthe » a créé la surprise dimanche soir en arrivant largement en tête au . L’ancien « collaborateur » humilié par , pourrait finalement tenir le premier rôle de la droite en 2017. Enterré politiquement il y a encore quelques mois, le député de 62 ans revient de loin.

Humilié pendant le quinquennat Sarkozy

En mai 2012, François Fillon quitte Matignon en morceaux. « Ce sportif, adepte de la course à pied et des rallyes automobiles, en a tellement plein le dos qu’il peut à peine bouger. Perclus de douleurs, il se meut difficilement, sanglé dans une ceinture de maintien », . Après cinq années passées sous la présidence Sarkozy, l’ancien Premier ministre est cassé moralement et physiquement. L’homme de la Sarthe a exercé le pouvoir dans l’ombre de l’hyperprésident, qui le désignera comme un simple « collaborateur » trois mois après sa nomination.

L’ancien séguiniste patiente, fait le dos rond, et reste accroché à son poste malgré les rumeurs. Il sortira de Matignon avec une popularité plus forte que son président. « Le personnage de Fillon est sympathique aux gens. Ce n’est pas le genre à tomber dans les oubliettes, il n’a jamais raté l’occasion de les éviter », . De quoi nourrir son ambition pour prendre la tête de l’UMP.

Egratigné par la guerre contre Jean-François Copé

Après la défaite de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012, le nouveau député de Paris souhaite prendre les rennes de l’UMP. L’ancien chef du gouvernement en est persuadé : ce sera une formalité. Jean-François Copé l’entraîne pourtant dans une guerre fratricide. François Fillon s’offusque de la tournure prise par la campagne. « On veut faire de moi un mou face à Copé. Mais le mou c’est qui, le dur c’est qui ? J’ai été en première ligne de toutes les réformes difficiles depuis dix ans. Où était-il M. Copé ? », s’agacera-t-il dans .

Au soir de l’élection, les deux candidats revendiquent la victoire, chacun accusant l’autre de triche. Le parti est proche de l’implosion. François Fillon crée un groupe parlementaire (l’éphémère « R-UMP ») distinct à l’Assemblée… avant de rentrer dans le rang. Le cruel surnom « Courage Fillon » lui colle désormais aux basques. Ses adversaires lui reprochent son manque de gnac. Le député s’isole, perd de nombreux soutiens comme François Baroin, Eric Ciotti, Laurent Wauquiez ou plus récemment Valérie Pécresse.

Une campagne patiemment construite

S’il échoue à prendre le parti, François Fillon ne perd pas tout. Il obtient une promesse devenue salutaire quatre ans plus tard : l’organisation d’une primaire pour désigner le candidat de la droite en 2017. Dès mai 2013, il est candidat, « quoi qu’il arrive ».

L’éternel second est certain que son temps est venu. Il construit patiemment sa campagne autour d’un projet sérieux, tel le petit poucet posant les cailloux blancs sur son chemin. Le candidat laboure le terrain sans se soucier des mauvais sondages, cultive son image d’homme sérieux, constant et honnête. Même ne semble jamais l’affecter. « Depuis des mois et des mois, je trace mon sillon calmement, sérieusement, avec un projet précis et puissant. Je ne dévie pas dans ma marche », professait-il dimanche soir.

Il n’hésite pas non plus à sortir la boîte à gifles, ponctuellement, pour rappeler que lui aussi a le cuir tanné. En 2012, : « Je n’ai jamais appartenu à la catégorie des jeunes gens pressés qui savent à 17 ans qu’ils seront président. J’ai pris la vie politique comme elle arrivait, en essayant d’en tirer le meilleur parti. Mais peut-être aussi ai-je un peu manqué de confiance en moi ». Depuis dimanche, la tient sa revanche.

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