Primaire de droite: Syrie, Russie, Trump... Que réservent Juppé et Fillon sur les questions diplomatiques?

COMPARATIF (6/7) «20 Minutes » passe au crible les propositions des deux candidats au second tour de la primaire de droite…

Olivier Philippe-Viela

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Alain Juppé et François Fillon s'affronteront au second tour de la primaire de la droite le 27 novembre 2016.
Alain Juppé et François Fillon s'affronteront au second tour de la primaire de la droite le 27 novembre 2016. — Martin BUREAU Thomas SAMSON / AFP

Les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre, François Fillon et Alain Juppé, ont certains points communs en matière d’économie et de justice par exemple, mais aussi de nettes divergences, en particulier sur la politique étrangère que la France devrait adopter selon eux après l’élection présidentielle 2017. Sur les grandes interrogations internationales actuelles, les deux ex-chefs du gouvernement ont des points de vue qui diffèrent. 20 Minutes résume leurs positions.

La stratégie en Syrie et les relations avec la Russie comme principales différences

Fillon le « poutinophile »

La question syrienne est liée à la position que comptent adopter les deux candidats restants vis-à-vis de la Russie. Sur ce point, François Fillon est très clair, il veut une alliance avec Vladimir Poutine. C’est même l’un des axes forts de sa campagne. L’ancien Premier ministre avait noué des liens avec le président russe lors de son passage à Matignon, explique à 20 Minutes le journaliste Nicolas Hénin, auteur de La France russe (Fayard) : « François Fillon est un poutinophile, pas un russophile, contrairement à un Hervé Mariton [soutien de Juppé] par exemple, qui parle le russe, admire la culture, etc... Il cultive une vraie amitié avec Vladimir Poutine, ils se tutoient, et cela aura des conséquences sur la politique étrangère, car il veut s’aligner sur la politique russe, sachant que le régime de Poutine n’a pour seul objectif que de soutenir le régime d’Assad et de récupérer Alep, pendant que l’Occident se focalise sur Daesh. J’espère que la question d’Alep sera posée clairement à Fillon pendant la semaine, car il se contente systématiquement de faire défection en renvoyant à la situation au Yémen. » La ligne Fillon n’a pas bougé, alors qu’il a rendu plusieurs visites à Poutine depuis 2012, et qu’il affirmait déjà en 2015 qu’« il faut aider le régime de Bachar Al-Assad, qui, avec tous les défauts qui sont les siens, est sur le point de tomber ».

Juppé refuse l’envoi de troupes au sol

Pour Alain Juppé, au contraire, « il n’y aura pas de retour à la paix en Syrie avec Bachar al-Assad ». L’ancien chef de la diplomatie française (2011-2012) est effectivement aligné sur la politique actuelle de la coalition occidentale : « Nous avons une priorité, combattre Daech, expliquait-il lors d’un discours devant l’Institut Montaigne le 17 octobre. Mais ce ne peut être une raison pour, comme le fait la Russie en voulant liquider toute opposition respectable au régime, s’allier avec Assad, qui est responsable de la mort d’au moins 300 000 de ses compatriotes. Attendre encore et bombarder toujours, avec l’illusion d’une victoire totale, c’est se rendre complices de crimes de guerre. » On l’a compris, le gros point d’achoppement est là, l’un veut une alliance franco-russe, l’autre met un veto temporaire et refuse catégoriquement une intervention française au sol.

Mais Alain Juppé réclame aussi, comme François Fillon, la fin des sanctions contre la Russie à la suite de la crise ukrainienne, et s’est dit prêt à tendre la main à Poutine : « Je ne suis pour ma part ni poutinolâtre, ni poutinophobe. Je défends les intérêts de la France et de la paix. Mon message à la Russie est simple : notre dialogue politique doit reprendre. La Russie fait partie de la famille des Etats européens. Mais il lui appartient aussi de tourner la page de l’après-guerre froide, de renoncer aux nostalgies passéistes et aux divisions d’autrefois, et de respecter les accords internationaux qui fondent la paix européenne. »

L’élection de Donald Trump n’a pas été accueillie de la même manière

Fillon veut s’émanciper des Etats-Unis

François Fillon veut un axe franco-russe renforcé, mais il pousse aussi pour un rapprochement entre le président américain élu Donald Trump, qui prendra ses fonctions en janvier, et le pouvoir russe. « Non seulement je ne redoute pas [cette alliance], mais je la souhaite », commentait-il sur Europe 1 le 10 novembre. Le gagnant du premier tour a fustigé dans la même interview la politique américaine « désastreuse » vis-à-vis de la Russie sous Obama. Le député de Paris se verrait bien au sein d’un trident Trump-Poutine-Fillon. L’accession à la Maison blanche du milliardaire républicain est l’occasion « de dire stop et de convaincre les Européens de mettre en place une relation transatlantique beaucoup plus équilibrée », expliquait-il lors du dernier débat avant le premier tour.

Juppé dans l’expectative

Alain Juppé ne s’est pas encore positionné vis-à-vis de Trump, préférant attendre pour voir. Mais le discours est froid : « Personne ne sait aujourd’hui quelles seront les initiatives de Donald Trump. Il n’a aucune expérience internationale. Sa vision de l’Europe et de la France est inquiétante. Ses propos sur notre pays ne révèlent pas une très forte connaissance de la réalité ». Pas fan du milliardaire, le maire de Bordeaux. Cependant, il tient plus au lien franco-américain que son adversaire et tenterait de le maintenir malgré les menaces isolationnistes du nouveau président américain : « L’alliance transatlantique avec les Etats-Unis demeure irremplaçable car nous partageons des valeurs et des intérêts communs. Nous avons aussi des différences, en particulier au plan commercial ou en matière culturelle. Le protectionnisme est un danger tant économique que politique. »

Des partisans du dialogue avec les autres puissances du Moyen-Orient

Juppé renvoie Iraniens et Saoudiens dos-à-dos

Voilà un point sur lequel Juppé et Fillon ont des mots proches. Le premier n’aime pas vraiment l’Arabie saoudite, monarchie wahhabite opposée à Bachar al-Assad et qui mène une coalition arabe contre la rébellion chiite au Yémen, ni l’Iran, puissance chiite qui soutient le président syrien et la rébellion yéménite : « Je n’ai aucune sympathie pour le régime saoudien, le traitement qu’il réserve à la femme, l’application systématique de la peine de mort… Et je n’ai pas davantage de sympathie pour le régime iranien qui joue un rôle très déstabilisateur dans la région, en soutenant les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak, et également le régime de Bachar al-Assad en Syrie », disait-il début novembre, précisant qu’« il faudra leur dire très clairement ce que nous attendons : leur implication dans la lutte contre l’État islamique ».

Fillon a des mots durs sur l’Arabie saoudite

François Fillon s’en est également pris à l’Arabie saoudite. Le Sarthois parle peu de l’Iran en revanche, où il s’est discrètement rendu en mars pendant 3 jours pour rencontrer des figures politiques iraniennes. Lors de son passage sur France 2 fin octobre, interrogé par l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic sur les liens à avoir avec la monarchie du Golfe persique, Fillon a eu un discours semblable sur le fond à celui d’Alain Juppé, mais bien plus dur sur la forme : « L’Arabie saoudite n’est certainement pas notre alliée. Je considère qu’elle est, pour une part, à l’origine de la montée de l’intégrisme au sein de l’ensemble de la communauté musulmane mondiale avec le wahhabisme [et qu’elle] abrite encore en son sein des prêcheurs, des théologiens qui viennent nourrir cet intégrisme ».

Comme son rival du second tour, le député de Paris n’appelle pas pour autant à la fin des échanges diplomatiques, plutôt à un équilibre dans les négociations, surtout par rapport au grand adversaire du pouvoir saoudien, l’Iran : « Moi, je veux qu’on parle avec tout le monde, je ne veux pas qu’on arrête de parler avec les Saoudiens mais en même temps qu’on leur parle en connaissance de cause et en les mettant devant leurs responsabilités. »

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