Primaire à droite : Pourquoi les sondages n’ont pas anticipé la volatilité des électeurs (et l’écrasante avance de Fillon)

ELECTION Les instituts de sondage ont été confrontés pour la première fois à une primaire de la droite ouverte à tous les Français…

Laure Cometti

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Dépouillement à Lille le 20 novembre 2016 pour le premier tour de la primaire de droite.
Dépouillement à Lille le 20 novembre 2016 pour le premier tour de la primaire de droite. — Mikael Libert/20Minutes

Surprise ! François Fillon est arrivé largement en tête du premier tour de la primaire de la droite dimanche, réunissant plus de 44 % des suffrages exprimés, loin devant Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Si les derniers sondages publiés vendredi montraient que l’écart s’était resserré entre les trois candidats, un sondage Ipsos donnant François Fillon vainqueur au premier tour, aucun n’avait prévu un tel score pour le député de Paris. Pourquoi donc ?

1. Les sondages ne sont pas prédictifs et ils comportent une marge d’erreur 

Cela paraît évident, mais il n’est pas inutile de le rappeler, et de souligner que la marge d’erreur est proportionnelle à la taille de l’échantillon. Cela étant dit, mesurer les intentions de vote des Français pour une primaire ouverte s’avère plus difficile que pour une élection, et ce pour trois principales raisons que détaille Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof, interrogé par 20 Minutes.

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2. Un (gros) problème d’échantillon

Pour sonder les Français, les instituts constituent des échantillons, dont le nombre de personnes varie. En général, ils pondèrent les résultats de manière à constituer un échantillon « représentatif de la population française ». Dans le cas d’une primaire organisée par un parti, mais ouverte à tous, il était difficile d’obtenir un échantillon fiable, explique Daniel Boy. Certains instituts indiquaient avoir restreint leur échantillon aux « sympathisants de droite et du centre », aux « personnes tout à fait certaines d’aller voter » ou encore aux « personnes comptant aller voter ». Mais cela ne repose que sur du déclaratif.

« Est-ce que les sondages ont bien porté sur les personnes certaines d’aller voter ? Celles qui ont affirmé aux sondeurs qu’elles voteraient l’ont-elles vraiment fait ? » s’interroge le chercheur qui souligne que, contrairement à d’autres sondages sur les élections, qui sont redressés en fonction des résultats de scrutins antérieurs, les sondages sur la primaire de la droite et du centre n’ont pas pu être redressés du fait du caractère inédit de cet événement.

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3. Une volatilité plus importante que pour d’autres scrutins

Autre problème : les sondages indiquent des intentions de vote, mais ces intentions peuvent changer, et c’est ce qui s’est passé avant le premier tour de la primaire, « avec une rapidité impressionnante », selon Daniel Boy. Les sondages ne se sont pas trompés sur les « tendances » : à la hausse pour François Fillon, à la baisse pour Alain Juppé et dans une moindre mesure pour Nicolas Sarkozy.

Mais ils ont sous-estimé la rapidité de ces évolutions. Et pour cause : « une telle rapidité dans les évolutions des intentions de vote, c’est du jamais-vu », insiste Daniel Boy. Le chercheur juge qu’un élément a été « sous-estimé » : « La volatilité des électeurs est bien plus forte au sein d’un même parti, d’une même famille politique. » Autrement dit, un électeur bascule plus facilement et plus rapidement d’un candidat à un autre lors d’une primaire que lors d’une élection opposant des candidats issus de différents partis. « Cette volatilité est très difficile à mesurer », poursuit le chercheur.

Un avis partagé par Jean-Daniel Levy, directeur du département Politique & Opinion d’Harris Interactive :

4. La sous-déclaration

Enfin, un autre facteur a pu jouer : la sous-déclaration. « La sous-déclaration est en général expliquée par la désirabilité sociale. Ainsi, le vote communiste a été caché dans les années 1950, comme le vote Front national dans les années 1990. On croyait avoir atténué la sous-déclaration avec les sondages effectués par Internet, les sondés n’étant plus face à un enquêteur. Mais apparemment ce n’est pas le cas », explique Daniel Boy. Ce phénomène a aussi été observé aux Etats-Unis au sein de l’électorat de Donald Trump.

« Même les sondages sortis des urnes sont nettement éloignés du résultat », s’étonne le chercheur. Ce qui signifie que tous les électeurs ayant voté à la primaire de la droite n’ont pas accepté de dire pour qui ils avaient voté au sortir de l’isoloir. « On n’a pas encore trouvé le système pour bien évaluer la primaire », reconnaît le politologue et spécialiste des sondages et enquêtes d’opinion.

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La prudence s’impose donc face aux chiffres des sondages, en attendant le second tour de la primaire, dimanche 27 novembre. Même s’il « est plus facile d’évaluer deux candidats que sept », nuance Daniel Boy.

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