Primaire à droite: Famille, immigration, laïcité... Les idées de Juppé et Fillon sur les sujets de société

COMPARATIF (3/7) « 20 Minutes » passe au crible les propositions des deux candidats au second tour de la primaire de droite…

Delphine Bancaud

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Fillon et Juppe,les candidats à la primaire de droite. / AFP PHOTO / LOIC VENANCE AND JEAN-FRANCOIS MONIER
Fillon et Juppe,les candidats à la primaire de droite. / AFP PHOTO / LOIC VENANCE AND JEAN-FRANCOIS MONIER — AFP

En matière économique, leur constat et leurs propositions se ressemblent. Mais concernant les questions de société, les positions d’ Alain Juppé et François Fillon qui s’affronteront dimanche lors du second tour de la primaire à droite, diffèrent souvent. 20 Minutes revient sur les déclarations et les projets des deux candidats dans ce domaine.

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Mariage pour tous, PMA, GPA, pas la même idéologie

« François Fillon est dans la défense des valeurs familiales traditionnelles et affiche une idéologie catholique rétrograde sur les sujets de société », estime le politologueThomas Guénolé. De fait, l’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy se dit « hostile au  mariage pour tous », mais ne veut pas revenir dessus ce « qui ne ferait que dresser un peu plus les Français les uns contre les autres », indique-t-il au Parisien. Il plaide néanmoins pour une réécriture de la loi Taubira pour affirmer que la filiation ne peut être établie qu’à l’égard de parents de sexes différents et que l’adoption plénière doit être réservée aux couples hétérosexuels. « L’adoption sera toujours possible, mais elle ne pourra plus être plénière. En clair, la loi ne permettra pas de considérer qu’un enfant est de manière exclusive fils ou fille de deux parents du même sexe », précise-t-il au Parisien.

Dans le même esprit, il estime dans Le Parisien que « la procréation médicalement assistée doit, elle, être strictement réservée pour raison médicale, aux couples hétérosexuels » et il entend abroger la circulaire Taubira, qui facilite la transcription en France de l’état civil des enfants conçus à l’étranger par gestation pour autrui (GPA). Des propositions qui lui ont valu le soutien du microparti  « Sens commun » (l’émanation de la Manif pour tous au sein du parti Les Républicains). « Via ces positions, François Fillon crée une hiérarchisation des parents. Il veut affirmer l’idée d’une supériorité de la famille hétérosexuelle dans la société à laquelle il croit », commente Thomas Guenolé. Une idéologie qu’il avait déjà défendue dans son ouvrage Croire : « Il n’y a pas de droit à l’enfant. Cette notion est profondément malsaine. Elle procède d’un incroyable égoïsme qui fait de l’enfant un simple instrument du bonheur de ses parents ».

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De son côté, Alain Juppé souhaite garder la loi Taubira intacte, se dit ouvert à l’adoption par des couples homosexuels, mais rejoint François Fillon sur la PMA et la GPA. « Après avoir bien entendu vérifié que les conditions d’épanouissement de l’enfant sont réunies, je suis favorable à l’adoption par les couples de même sexe. Ma position est aussi d’une extrême clarté et d’une fermeté absolue sur la procréation médicalement assistée qui doit être strictement réservée aux couples hétérosexuels stériles en âge de procréer, et je suis radicalement hostile à la gestation pour autrui », a-t-il indiqué dans La Croix en juillet.

Ils veulent soutenir financièrement les familles

Sous le quinquennat Hollande, les allocations familiales des familles les plus aisées ont été amputées et le quotient familial a été baissé. Bien décidés à rétablir l’universalité des allocations familiale, François Fillon et Alain Juppé veulent tout d’abord relever le plafond du quotient familial par demi-part supplémentaire, pour toutes les familles, à 3.000 euros pour le premier et 2.500 euros pour le second.

Ils veulent plus ou moins durement restreindre l’immigration

Les deux proposent des quotas d’immigration et une réforme duregroupement familial. François Fillon propose que le droit du sol (un jeune étranger né et élevé en France devient Français à sa majorité) ne soit plus automatique : la nationalité ne serait accordée qu’à la demande du jeune. Il veut aussi rendre plus sévères les conditions du regroupement familial, notamment en termes de ressources et de maîtrise de la langue française. Il souhaite aussi que les prestations sociales aux étrangers en situation régulière ne soient versées qu’après deux ans de présence légale sur notre sol.

Juppé maintient le « droit du sol » automatique si au moins un des parents était en situation régulière à la naissance de l’enfant. Il souhaite aussi conditionner le regroupement familial à l’exercice d’un emploi,

Leurs positions sur l’aide médicale d’Etat (AME), destinée aux étrangers sans papiers, diffèrent aussi. François Fillon veut la supprimer alors qu’Alain Juppé veut la limiter aux cas d’urgence. « Tous deux surfent sur l’idée que les immigrés profitent du système qui est assez répandue chez leur électorat », estime Thomas Guenolé.

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Ils n’ont pas la même conception de la laïcité

François Fillon ne souhaite pas interdire le port de signes religieux dans l’espace public. « Je refuse une France où l’on ne pourrait plus porter une croix dans la rue, un t-shirt à l’effigie du pape, une kippa, un turban ou un voile ! », a-t-il affirmé dans un entretien au Figaro. Juppé veut de son côté créer un code de la laïcité « qui rassemblera les règles non négociables qui s’imposent à tous et à toutes les religions, pour donner des bases fermes à ceux qui font appliquer la laïcité au quotidien », explique-t-il sur son site. Il veut aussi créer un délit d’entrave à la laïcité dans les services publics « pour mettre fin aux dérives et aux incidents qui se multiplient dans les services publics ».

« Selon l’Observatoire de la laïcité, les entraves à la laïcité sont très rares. De même les cas de port de burkini ne sont pas nombreux. Les mesures proposées par Juppé et Fillon sont donc clairement de l’affichage pour rassurer leur électorat », commente Thomas Guenolé. Les deux anciens Premier ministres divergent sur le Burkini. François Fillon est favorable à une loi l’interdisant, quand Alain Juppé ne veut pas de « loi de circonstance ».

Ils n’ont pas la même appréhension de l’Islam

« François Fillon veut réaffirmer l’identité chrétienne de la France, alors qu’Alain Juppé plaide pour une identité heureuse, prônant l’intégration des étrangers et la tolérance », expliqueThomas Guenolé. Une idéologie qui se retrouve dans leurs propositons sur les sujets religieux.

Sur l’Islam en particulier, leur discours n’est pas dans la même tonalité. « il n’y a pas de problème religieux en France. Il y a un problème lié à l’Islam », a ainsi déclaré François Fillon dans Le Figaro. Des propos répétés aussi dans son essai Vaincre le totalitarisme islamique. Il souhaite créer « une instance de concertation entre l’Etat et l’Islam en France », qui soit différente du CFCM. Selon lui cet organisme devra être dirigé par « des théologiens, des hommes et des femmes respectés qui puissent servir d’intermédiaire ». Sur le financement du culte, François Fillon souhaite interdire les fonds étrangers mais sans recourir à de l’argent public, estimant que « les musulmans sont suffisamment nombreux en France pour financer leur culte ».

Alain Juppé souhaite quant à lui, créer un conseil national des cultes, réglementer le recrutement des imams, exiger la transparence des financements des lieux de culte et expulser les imams qui prônent la violence.

 

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