Primaire à droite: La stupeur et les larmes au QG de Nicolas Sarkozy

REPORTAGE L'ancien chef de l'Etat a été éliminé dès le premier tour de la primaire...

Thibaut Le Gal

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Nicolas Sarkozy au soir du premier tour de la primaire à droite, le 20 novembre 2016 à Paris
Nicolas Sarkozy au soir du premier tour de la primaire à droite, le 20 novembre 2016 à Paris — Ian Langsdon/AP/SIPA

Comme un symbole, le buffet du soir est déserté. Il n’est pas encore 21h, les résultats officiels ne sont toujours pas tombés. Au QG de Nicolas Sarkozy, dans le 7e arrondissement de Paris, les militants ont le regard rivé sur leur téléphone. Les yeux dans le vague, ils peinent à y croire. L’ancien chef d’Etat a raté son pari. Il ne sera pas au second tour de la primaire de la droite et du centre. Il ne pourra pas prendre la revanche qu’il souhaitait tant, sur la présidentielle de 2012.

Dans cette atmosphère étrange de défaite pas encore actée, aucun proche de l’ancien président ne descend voir les militants ou la presse. Marie-Agnès Kikano, responsable des jeunes sarkozystes à Paris, parle déjà de la campagne au passé. « C’est cruel… On a fait une super campagne. Ce n’est vraiment pas facile. Nicolas Sarkozy nous a portés pendant des semaines. Il s’est battu, c’est une immense déception ». Elle tente de trouver des explications. « Nicolas Sarkozy a accepté une primaire ouverte car il voulait une grande légitimité », avant d’accuser les électeurs de gauche d’avoir volé le résultat.

Nicolas Sarkozy reconnaît sa défaite

A côté d’elle, des militants quittent déjà le QG morose. Deux vieilles dames partent, en larmes. « Ça ne sert à rien de rester, c’est foutu ». Guillaume, 27 ans, reconnaît lui aussi l’échec de son champion. « C’est cuit. Personne n’avait vu venir François Fillon ». Le militant est sonné. « Difficile de faire une analyse à chaud. On craignait depuis le début un rejet de Nicolas Sarkozy, on sait tous que c’est un personnage clivant. Après 40 années passées au service de la France, c’est un échec terrible. Cela ne doit pas être simple pour lui, là-haut dans son bureau ».

L’ancien chef de l’Etat restera enfermé longtemps avec sa garde rapprochée au deuxième étage. Dans la salle de presse, les militants qui n’ont pas déserté l’attendent dans un silence pesant. Sur la gauche, un écran de télévision montre, cruel, les images de liesse de François Fillon. « Les journalistes dehors ! Car ils ont tous voté à gauche. Traîtres à la France ! », lance une militante, électrique.

Soudain, la salle s’agite. Nicolas Sarkozy surgit sous les applaudissements, la mine défaite. « Comme je l’ai toujours fait, j’ai défendu mes valeurs, j’ai défendu mes convictions, avec ardeur, avec passion, et le souci exclusif de la France », lance-t-il, les traits tirés, avant de reconnaître sa défaite. « Je ne suis pas parvenu à convaincre une majorité d’électeurs. Je respecte et je comprends la volonté de choisir d’autres candidats que moi », admet-il, avant d’indiquer sa préférence pour François Fillon au second tour.

« Je n’ai aucune amertume, je n’ai aucune tristesse », lâche-t-il, pourtant très ému, avant de se tourner vers son épouse. « Ce n’est pas facile de vivre avec un homme qui suscite parfois autant de passion… ». Après un dernier « au revoir », l’ancien chef de l’Etat quitte les lieux. L’effet de blast annoncé n’aura jamais eu lieu. Au contraire, un souffle de plus de trois millions de voix aura balayé les espoirs de l’ancien président. Au fond de la salle, Kevin a les yeux humides. « Qu’est ce qu’il va faire maintenant ? Avec toute cette énergie, il risque de s’ennuyer ».