Primaire à droite: «Le discours anti-médias n'a rien de nouveau à droite»

INTERVIEW Le troisième débat de la primaire de la droite a parfois viré au procès des médias sur France 2 jeudi...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Les pupitres des journalistes pour le troisième débat de la primaire de la droite et du centre.
Les pupitres des journalistes pour le troisième débat de la primaire de la droite et du centre. — ARCHAMBAULT-POOL/SIPA Ville : PARIS

Nicolas Sarkozy outré par une question, Bruno Le Maire furieux contre une remarque, Alain Juppé et François Fillon agacé par les règles du débat… A trois jours du premier tour de la primaire de la droite et du centre, le dernier grand oral a donné lieu à des échanges parfois musclés entre les sept candidats et les journalistes, accusés de caricaturer, d’interrompre ou de poser de mauvaises questions.

C’est Nicolas Sarkozy qui a ouvert le bal des festivités pour les journalistes. Refusant de répondre à une question sur les révélations de Ziad Takieddine, il a demandé à David Pujadas, auteur de la question : « Nous sommes sur le service public, vous n’avez pas honte ? » Il ne sera pas relancé par le journaliste.

Puis Bruno Le Maire s’est énervé contre Jean-Pierre Elkabbach, qui s’était permis de lui lancer « On en reparlera lundi matin » au sujet de son score au premier tour de la primaire. Plus tôt, le chantre du « renouveau politique » avait opposé « une France des sondages, une France des commentateurs, une France des journalistes » à « la France des Français ». Dans la même veine, François Fillon a lancé aux téléspectateurs dans sa conclusion : « N’ayez pas peur de contredire les sondages et les médias, qui avaient déjà tout arrangé à votre place. »

20 Minutes a interrogé Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique et chercheur associé au Laboratoire Communication et Politique du CNRS, sur la persistance du discours « anti-médias » dans ce troisième débat.

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Les candidats ont tous dit leur agacement quant aux règles du débat, François Fillon a même essayé de court-circuiter le conducteur. Que penser de ces critiques ?

Sur le fond, il n’a pas tort : avec sept candidats, le dispositif du débat ne permet pas d’avoir un vrai débat, mais plutôt sept monologues. A l’instar de NKM, les candidats ont exprimé une frustration face à un dispositif contraignant, notamment à cause du nombre de candidats et des règles du CSA. Il y a sûrement un agacement sincère et un jeu de posture, la volonté d’affirmer « Je suis capable d’avoir un regard critique sur le débat ».

La critique de l’organisation du débat a souvent dérivé vers un discours anti-médias présent chez de nombreux candidats. Faut-il y voir un « effet Trump » ?

Le discours anti-médias existe depuis longtemps à droite, c’est une vieille recette. Aux Etats-Unis, la critique du liberal bias des médias [«biais libéral », l’adjectif libéral signifiant « de gauche » outre-Atlantique] est apparue après le scandale du Watergate dans les années 1970. En France, ce discours anti-médias a été relayé par la classe politique dès les années 1990, donc bien avant l’élection de Donald Trump, même si cette actualité est toujours bonne à prendre pour les personnalités politiques.

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Ce discours touche-t-il toutes les catégories de l’électorat français ?

Il flatte plutôt un électorat populaire, majoritairement, mais également des diplômés. Cela traverse toutes les couches sociales, comme le montre le baromètre sur la confiance des Français dans les médias [réalisé tous les ans par TNS Sofres pour La Croix]. Il y a une défiance par rapport aux médias, beaucoup de Français pensent que les choses ne se passent pas comme les médias les racontent. Cela peut donc être exploité par les candidats. Avec une particularité pour Nicolas Sarkozy, c’est qu’il utilise ce discours pour solidariser son électorat autour de l’idée qu’il serait la victime d’un complot médiatique.

Quant à la réaction de Bruno Le Maire, je trouve qu’avec sa remarque ironique, Jean-Pierre Elkabbach a franchi la ligne jaune.

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Finalement, un débat où l’on passe autant de temps à critiquer l’organisation du débat, qu’est-ce que cela nous révèle sur cette primaire ?

A sept, l’exercice est impossible. Cela ne rime à rien, le dispositif du débat télévise ne s’y prête pas. Les organisateurs de la primaire de la gauche vont-ils en tirer un enseignement pour leurs débats si les candidats sont six ou plus ?

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